Serbie : pourquoi le président démissionne-t-il ?
Le président serbe, Aleksandar Vučić, a annoncé sa démission, en même temps que la tenu d'élections anticipées – législatives et présidentielles. Son second et ultime mandat devait s'achever fin mai 2027. Vučić a proposé de prêter main forte à son parti, le SNS, aux élections. Les chroniqueurs se demandent quelles sont les considérations stratégiques susceptibles de motiver son choix.
Un saut dans l'inconnu
Une alternative à Vučić peut-elle se dessiner ? C'est ce que se demande le politologue Răzvan Munteanu, sur Adevărul :
«Ce qui est sûr, c'est que s'annonce pour la Serbie une période incertaine dans laquelle, pour la première fois depuis des années, le politique le plus influent du pays ne sera plus président. Les élections à venir ne décideront pas seulement du futur chef de l'Etat ou de la composition du nouveau Parlement, elles montreront aussi si la vague de contestation née du drame de Novi Sad peut devenir une alternative politique, ou si Aleksandar Vučić parviendra encore à rester l'acteur principal de la politique serbe, et ce même s'il occupait un nouveau poste [celui de Premier ministre].»
Poutine comme mentor
Vučić veut partir pour mieux rester, assure Der Standard :
«Il faut s'attendre à ce que l'homme qui forge un régime autocratique depuis 2014 souhaite rester au pouvoir en tant que Premier ministre. Le fait qu'il reste aux commandes, quel que soit son poste, montre que la séparation des pouvoirs en Serbie est depuis longtemps inopérante. Vučić a par ailleurs annoncé que la liste avec laquelle il comptait se présenter aux élections s'appellerait 'Serbie unie' – nom qui fait écho au parti 'Russie unie' du dictateur russe Vladimir Poutine. Poutine a lui aussi alterné entre les fonctions de Premier ministre et de président. … La société serbe aurait pourtant besoin d'autre chose : d'une séparation claire entre le parti et l'Etat ; d'institutions qui soient au service des citoyennes et des citoyens, et non du parti.»
L'avènement d'un rival ?
Večer détaille la suite possible des évènements :
«Si Vučić devait réellement démissionner, c'est la présidente du Parlement, Ana Brnabić, qui, conformément à la Constitution, le remplacerait en tant que présidente intérimaire – en attendant l'organisation d'un scrutin présidentiel, auquel elle pourrait être elle-même candidate. … Le doyen de l'université de Belgrade, Vladan Đokić, est devenu le symbole de la résistance étudiante. Contrairement à d'autres directeurs d'université, il soutient les étudiants depuis le début. ... Il est perçu comme un rival potentiel à Vučić. Il est donc possible qu'il présente une liste aux législatives, ou bien qu'il candidate lui-même à l'office présidentiel. Parvenir à l'alternance politique ne sera cependant pas chose facile. Vučić passe pour un tacticien habile et un maître ès manipulation politique.»