France : Le Pen reste candidate malgré sa condamnation

Une cour d'appel a confirmé la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Sa peine d'inéligibilité a été réduite, ce qui lui permet de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Les trois ans de prison requis comprennent deux ans avec sursis et un an ferme avec bracelet électronique. La vétérane du RN a indiqué vouloir se pourvoir en cassation et a annoncé vouloir faire campagne "sans bracelet électronique".

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Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

L'Europe doit se préparer

Pour Frankfurter Allgemeine Zeitung, la situation financière de la France est d'ores et déjà préoccupante :

«Dans ce contexte, il semble peu probable que ce soit Le Pen qui lance de grandes réformes structurelles, réconcilie les Français et améliore la santé des finances publiques. Au contraire, des promesses populistes telles que la retraite à 62 ans laissent craindre le pire. Cela aurait des conséquences considérables, et pas seulement pour la France. Avec ses revendications radicales sur des sujets tels que l'immigration et la bureaucratie bruxelloise, Le Pen touche certes une corde sensible profitable, mais l'Europe risque d'être en proie à des conflits sans fin. Berlin et Paris pourront-ils encore coopérer en toute confiance, notamment en matière de sécurité et de défense ? Le Pen s'attaquera-t-elle au marché européen de l'électricité et à l'indépendance de la BCE ? En Europe, on ferait bien de se préparer à toutes sortes d'épreuves difficiles.»

Hotnews (RO) /

La justice ne suffit pas

La politologue Alina Mungiu-Pippidi fait remarquer sur Hotnews :

«Si la lutte contre la corruption est devenue l'arme de prédilection contre l'extrême droite, deux mises en garde s'imposent. Premièrement : si nous n'appliquons la lutte anticorruption qu'aux figures de proue de l'extrême droite, autant y renoncer complètement. Car l'idéal est de l'appliquer à tous, de manière visible et cohérente. … Deuxièmement : il est risqué de surestimer le rôle des tribunaux. Si l'extrême droite est plus douée que le centre politique pour remporter des voix, elle l'emportera de toute façon. Et nous ne devrions pas saper nos démocraties en essayant de l'en empêcher. Mieux vaut redoubler d'efforts et la vaincre en convainquant les électeurs de nous suivre.»

Ewropeiska Prawda (UA) /

Non sans risque pour Kyiv

Une victoire de Le Pen à l'élection présidentielle française ne serait pas une bonne nouvelle pour l'Ukraine, met en garde Ewropeiska Prawda :

«Bien que l'extrême droite française n'ose plus soutenir publiquement le dictateur russe Vladimir Poutine depuis 2022 – en réaction au début de l'invasion à grande échelle de la Russie –, la victoire de la représentante du Rassemblement national à l'élection présidentielle entraînerait non seulement une réduction de l'aide militaire à Kyiv, mais très probablement aussi un blocage des aides financières européennes. Cela s'accompagnerait bien sûr d'un discours sur la nécessité de mettre fin à la guerre par la voie diplomatique. Sans compter que, sous un gouvernement d'extrême droite, la France deviendrait opposée à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.»

Der Spiegel (DE) /

Le bracelet électronique pour se victimiser

La condamnation ne sera pas un inconvénient pour la campagne, fait valoir Leo Klimm, correspondant du magazine Der Spiegel à Paris :

«Sur le plan politique, Le Pen prendre la décision de la cour d'appel parisienne à la légère, car au fond, elle sait que beaucoup de ses soutiens n'ont que faire de ce verdict, même si les preuves de fraude sont incontestables. En réalité, les électeurs du RN l'apprécient justement pour le fait qu'elle joue selon ses propres règles. Qu'elle promette de jeter le 'système' par dessus bord. … Le bracelet qu'elle devra porter au pied pourrait même devenir son atout le plus précieux lors de la campagne. Il symboliserait le fait qu'une justice politisée empêche par tous les moyens la candidate la plus populaire du pays d'accéder au pouvoir : difficile de faire mieux en matière de narratif populiste.»

The Irish Times (IE) /

Un mauvais calcul ?

The Irish Times doute que la victimisation puisse opérer :

«De toute évidence, Le Pen table sur le scénario suivant : en se présentant comme la victime d'une persécution, ses soutiens vont être galvanisés. Et il se peut qu'elle ait raison. Mais les sondages d'opinion montrent que la plupart des électeurs français considèrent sa condamnation comme justifiée, et les conservateurs modérés dont elle a besoin pour l'emporter au second tour sont précisément ceux qu'une croisade contre la justice en mode trumpiste pourrait refroidir. … Selon certains sondages, son jeune collègue du même parti aurait été un candidat plus redoutable.»

El Periódico de Catalunya (ES) /

Sa victoire affaiblirait la France et l'Europe

El Periodico de Catalunya fait part de ses inquiétudes :

«Le problème pour la France, c'est qu'une victoire de Le Pen diviserait davantage un pays déjà à la dérive. La priorité nationale et l'expulsion d'immigrés, qu'elle propose dans son programme, ouvriraient la porte de l'inconnu. En outre, sa politique économique erratique, mêlant revendications sociales (âge de la retraite à 62 ans) et satisfaction des grands patrons, pourrait faire en sorte que la France dépende de l'aide du FMI, avec une prime de risque encore plus importante que la Grèce. … Et l'Europe dans tout ça ? Le Pen - et Meloni - n'envisage certes plus de sortir de la zone euro, mais son nationalisme implique de tourner le dos à l'Europe. Ainsi, l'UE perdrait chaque jour en importance dans un monde dominé par l'Amérique et la Chine.»

Le Point (FR) /

Peu à voir avec Meloni

Le Point estime que Marine Le Pen ne marchera pas dans les pas de la Première ministre italienne :

«Il en est … qui croient à la possibilité de ramener le RN vers une forme de pragmatisme, sur le modèle de Giorgia Meloni. Sauf que la comparaison n'a pas de sens. D'ailleurs, la présidente du Conseil italien n'a pas voulu du compagnonnage avec Marine Le Pen. … Elle a écouté attentivement les conseils de Mario Draghi, dont les conceptions sont à des années-lumière de celles du RN, et soutenu Kiev sans faiblir depuis le début de la guerre, alors que le parti de Marine Le Pen, qui a montré tant de complaisance pour le régime de Vladimir Poutine – malgré une évolution dans le langage – n'a jamais voté aucun plan d'aide à la démocratie ukrainienne.»

Libération (FR) /

Un vote pour ou contre l'Etat de droit

En confirmant sa candidature sur TF1 hier soir, la politique d'extrême droite a défié l'Etat de droit, analyse Libération :

«Le problème n'est évidemment pas que l'ancienne présidente du RN se pourvoie en cassation. Elle en a le droit. Mais il y avait dans la manière dont elle a justifié sa décision d'être candidate comme des accents de défis à cet Etat de droit dont elle venait précisément de bénéficier. Finalement, entre 14 heures au palais de justice de Paris et 20 heures devant leurs télés, la journée aura été d'une certaine manière une métaphore parfaite du choix qui pourrait être devant les électeurs au printemps 2027 : en faveur ou pas de l'Etat de droit.»

El País (ES) /

Une tendance américaine à proscrire

El País voit un parallèle avec Trump :

«Le jugement ne laisse aucun doute sur sa culpabilité. … Dans le même temps, la condamnation prévoit des peines aménagées qui n'excluraient pas sa candidature. … Ainsi, l'un des principaux arguments de Le Pen tombe à l'eau : il consistait à accuser la justice française d'interférer dans le processus démocratique et à soutenir qu'il existe un complot pour torpiller sa candidature à l'Elysée. Le message ne pouvait être plus clair : ce sont les magistrats qui jugent de la légalité d'un acte, mais ce sont les citoyens qui décident en fin de compte qui les gouvernera. … Un président condamné, voilà ce à quoi nous ont habitué les Etats-Unis. Nous ne devrions jamais laisser ce phénomène devenir la norme dans la République française et en Europe.»

Salzburger Nachrichten (AT) /

A haut risque

La candidature de Marine Le Pen pourrait être mise à mal par une poursuite de la procédure, fait observer Salzburger Nachrichten :

«D'une part, les potentiels électeurs et électrices du RN ne vont sûrement pas toutes et tous apprécier le fait que la tête de liste du RN soit une délinquante condamnée. D'autre part, sous l'effet d'un appel, une nouvelle procédure pourrait avoir lieu, dont la conséquence serait probablement l'allongement de la durée d'inéligibilité. ... Cette interdiction de candidater deviendrait alors irrévocable et forcerait le RN à se tourner vers un nouveau candidat alors même que la campagne battra son plein.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

En plein essor électoral

Le quotidien Neue Zürcher Zeitung commente :

«Les querelles juridiques ont eu pour effet indéniable de renforcer le RN. ... Bardella a profité de son statut de candidat de remplacement pour placer davantage le parti sur les rails de l'économie libérale en s'adressant à de nouvelles catégories d'électeurs. Dans les sondages, il a davantage la cote que Marine Le Pen. Cette dernière peut espérer tirer profit de la popularité de son poulain. … Le RN profite également d'évolutions dont il n'est pas responsable : aux extrémités de l'échiquier politique, des partis bien plus radicaux se sont formés. ... Et face à eux, le RN, notamment l'aile de Bardella, semble une alternative plutôt modérée.»

La Libre Belgique (BE) /

Un test pour le parti

On verra, après ce verdict, dans quelle mesure le RN est accepté au sein de la société, estime La Libre Belgique :

«Depuis quinze ans, la députée du Pas-de-Calais s'est attachée à transformer un parti extrémiste en une formation susceptible d'exercer le pouvoir. Elle l'a installé dans les territoires et l'a rendu fréquentable aux yeux d'une partie de l'opinion. Malgré les scandales, les contradictions, les flottements programmatiques, des casseroles judiciaires et désormais une lourde condamnation, le RN continue de progresser. ... En choisissant d'être candidate coûte que coûte, Marine Le Pen fait le pari que la normalisation et la popularité du RN sont désormais suffisamment avancées pour que son électorat lui pardonne d'avoir détourné des fonds publics… Rien que ça.»