Hongrie : le président bientôt destitué ?

Le Parlement hongrois a adopté lundi plusieurs révisions constitutionnelles. Ces modifications permettent notamment de destituer le chef d'Etat en cas de 'perte de confiance aggravée'. La majorité gouvernementale entend d'ailleurs s'appuyer immédiatement sur cette mesure pour écarter l'actuel président, Tamás Sulyok, réputé proche du Fidesz. Si ce dernier venait à ne pas valider cette décision, une procédure de destitution serait alors engagée, a prévenu le Premier ministre Péter Magyar. La presse, quant à elle, réagit avec scepticisme.

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Der Standard (AT) /

Une manœuvre épineuse

Pour le quotidien Der Standard, ces amendements constituent

«l'offensive la plus sensible jamais intentée contre le legs d'Orbán. … Le président Tamás Sulyok s'était certes révélé être un fidèle exécutant d'Orbán, mais il avait été légitimement élu par le Parlement en 2024 pour un mandat de cinq ans. Que son mandat soit désormais déclaré nul et non avenu par une simple reformulation apporte de l'eau au moulin du Fidesz, qui évoquait déjà au préalable 'la décision parlementaire la plus honteuse' depuis des décennies. La destitution de Péter Polt, le président de la Cour constitutionnelle, par le biais d'un abaissement de la limite d'âge, est tout aussi controversée. Orbán avait beau ne pas faire dans la dentelle en matière de méthodologie, se lancer dans un concours de 'subterfuges politiques' ne devrait pas pour autant être dans l'intérêt de Magyar.»

Népszava (HU) /

Tout dépendra de l'identité du successeur

Pour Népszava, les dés ne seront véritablement jetés qu'à partir de la destitution de Sulyok :

«D'une manière ou d'une autre, l'opposition en fera un angle d'attaque durable. Quant aux hautes sphères européennes, elles risquent de froncer les sourcils un certain temps, mais leurs rides finiront par s'estomper. Pour Péter Magyar, l'épreuve de vérité est encore à venir. Car de la personne qu'il désignera comme chef d'Etat pourrait bien dépendre son propre avenir politique. … Un choix judicieux propulserait sa popularité – déjà record – vers des sommets (renforçant ainsi la confiance dans la volonté du Tisza de changer de système), tandis qu'un mauvais choix pourrait lui infliger un sérieux revers et donner l'impression que 'ceux-là ne valent pas mieux'.»

Magyar Nemzet (HU) /

Un lundi noir

Le journal pro-Fidesz Magyar Nemzet craint que Péter Magyar puisse désormais faire ce qu'il veut :

«Il est fallacieux de prétendre que les électeurs auraient donné carte blanche à Péter Magyar pour démanteler le système actuel, et que cela serait uniquement possible en évinçant les 'marionnettes du Fidesz' des postes clés des institutions démocratiques. Car ce n'est pas ainsi qu'on élimine les dysfonctionnements de l'Etat de droit ; on se contente juste de nommer des 'marionnettes du Tisza' à la place de celles évincées du Fidesz. … Plus personne ne sera en sécurité dorénavant ; le fou furieux despotique fera ce qu'il veut – ni rien ni personne ne pourront plus l'entraver.»