Peut-on adapter l'Odyssée d'Homère au cinéma ?
Le dernier film du célèbre cinéaste Christopher Nolan (trilogie Batman, Oppenheimer) sort en salle cette semaine. Cette adaptation d'une œuvre classique de plus de 2 500 ans donne ample matière à discussion : peut-on inscrire une épopée antique dans le monde fantastique des blockbusters et des effets spéciaux ? Les journaux grecs s'emparent de la question.
Une épopée sans compromis
Protagon fait le panégyrique du long-métrage :
«Cette Odyssée est un véritable triomphe pour le septième art, à une époque où les superproductions ressemblent de plus en plus à des projets de 'petite ou moyenne' envergure ou à de simples créations numériques. Nolan vient combler ce qui manquait aux scénarios des films depuis des dizaines d'année : les générations précédentes manquaient tout simplement de la technologie nécessaire pour capturer fidèlement l'aspect 'fantastique' du texte sans pour autant sacrifier le réalisme. Il a comblé ce vide avec une épopée sans concession. Portée par la bande originale envoûtante de Ludwig Göransson et par un ensemble d'acteurs au sommet de leur art, cette Odyssée rappelle ce qu'un réalisateur visionnaire peut accomplir lorsqu'il s'empare des clés du monde antique. C'est une œuvre brute, sombre et incontestablement grandiose.»
La réhabilitation d'un classique
Evguenia Manolidou, responsable de l'institut Elliniki Agogi pour l'enseignement du grec ancien, prend la plume dans Proto Thema :
«Le fait que le film suscite un engouement à travers le monde est assez ironique. … Il y a quelques années, alors que la 'cancel culture' battait son plein, une professeure américaine annonçait avec fierté avoir contribué à la suppression de l'Odyssée du programme. Aujourd'hui, on ne peut déjà plus réserver de billet pour aller voir le film alors que la première n'a même pas encore eu lieu. Je me demande ce qu'en pense cette professeure. L'adaptation cinématographique ne va pas nuire à Homère. Le seul danger, c'est que nous arrêtions de le lire, de le sentir et de l'interpréter. Alors allons voir ce film en toute connaissance de cause, en nous armant d'arguments et avec l'œuvre d'Homère sur les genoux.»