La France sur le point d'autoriser l'aide à mourir

Après de longs débats, l'Assemblée nationale française a adopté une loi autorisant, sous certaines conditions, l'aide à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie incurable. Une commission pluridisciplinaire, composée notamment de médecins, devra examiner la demande des personnes concernées. Le Sénat ayant rejeté le texte à plusieurs reprises, le Premier ministre Sébastien Lecornu entend encore le soumettre au Conseil constitutionnel.

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L'Opinion (FR) /

Une rhétorique lénifiante

Gauthier Vaillant, rédacteur en chef de L'Opinion, estime que la réalité a été trop édulcorée :

«A toutes les étapes de ce débat, la vérité aura été maltraitée. A l'image de l'effacement des termes "euthanasie" et "suicide assisté", absents du texte, ou de l'assimilation de ces décès à une mort naturelle, les défenseurs de la loi n'ont eu de cesse d'édulcorer la réalité : donner la mort va devenir légal en France. Sous des conditions "extrêmement strictes", selon le mantra répété à l'infini ? Au contraire, le modèle français s'annonce comme l'un des plus permissifs qui soient : flou sur le pronostic vital ; ersatz de collégialité dans lequel un seul médecin aura vu le patient ; délai de réflexion de deux jours, quand il en faut dix pour contracter un crédit immobilier. Quant à la liberté de choix, où est-elle quand l'accès aux soins palliatifs n'est pas garanti pour la moitié des patients éligibles ?»

Libération (FR) /

Les réactionnaires attendent leur tour

Libération salue cette décision comme une avancée :

«Enfin ! … Ce fut long, ce fut compliqué mais il faut évidemment saluer ce progrès sociétal adopté avec l'assentiment des Français. … Se réjouir n'empêche pas d'évoquer un bémol. Depuis des années, à chaque progrès sociétal adopté, force a été de constater que les partis conservateurs mobilisés contre sont rarement revenus en arrière. Mais l'air du temps est désormais plus réac que jamais. ... La présidentielle en France aura lieu en avril et mai prochains. Cela laisse peu de temps à la loi pour s'installer et infuser. Dommage.»

taz, die tageszeitung (DE) /

Paris sait encore faire des réformes

Rudolf Balmer, correspondant de taz en France, se félicite de cette avancée :

«De nombreuses familles, qui espéraient ardemment que leurs proches en proie à de grandes souffrances puissent bénéficier d'une aide médicale pour mettre un terme à une fin de vie devenue insupportable, peuvent enfin souffler. Il en va de même pour les médecins et les soignants, qui se sentaient jusque-là impuissants face à de telles situations. ... Comme lors de la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, les adversaires conservateurs et réactionnaires de l'aide à mourir ne désarmeront pas. ... La mise en œuvre concrète de la réforme donnera lieu à des nouvelles batailles. ... On peut toutefois se réjouir que la France soit encore capable de mener des réformes sur des questions de société. Ces dernières années, cela était loin d'aller de soi.»

Le Temps (CH) /

Un nouveau chapitre s'ouvre sans éclat

Malgré la crise, la démocratie a réussi à s'imposer, fait valoir Paul Ackermann, correspondant de Le Temps en France :

«L'aspect intime et émotionnel du sujet aura été respecté. La liberté de vote est restée totale dans tous les groupes politiques. Chacun a pu voter en conscience. Malgré un contexte de débat public à la limite de la guerre culturelle, la démocratie française aura réussi à faire aboutir une évolution attendue par un grand nombre de citoyens. … La levée de boucliers populaires n'a pas du tout eu lieu, le pourrissement du débat n'a pas pris. Les Français sont prêts et leurs parlementaires l'ont compris. Comme quoi cette démocratie en pleine crise fonctionne encore. Une dignité qu'il serait sain d'appliquer à d'autres sujets.»

La Stampa (IT) /

Le courage d'ouvrir le débat

La France a au moins le mérite de ne pas détourner le regard, salue La Stampa :

«Pendant trois ans, les députés français se sont penchés sur l'une des questions les plus fondamentales de notre époque et en ont débattu. … Leurs échanges ont naturellement été relayés par la presse, la télévision et les réseaux sociaux, nourrissant ainsi le débat public. Les citoyennes et citoyens ont été encouragés à exprimer librement leur opinion. Peut-être qu'un large consensus ne se dégagera jamais et que la loi devra encore être adaptée à l'avenir. Mais c'est précisément ainsi qu'un pays progresse : en se mettant en quête d'une solution et en affrontant les questions essentielles.»