Ceuta : les ministres de l'Intérieur de l'UE solidaires

Lors d'une visioconférence sur les évènements de Ceuta, les ministres de l'Intérieur de l'UE ont réitéré leur soutien à l'Espagne. L'Union se tient aux côtés de l'Espagne et est prête à soutenir le pays, a déclaré le ministre irlandais de l'Immigration, Jim O'Callaghan, qui présidait la réunion. Réagissant à l'arrivée massive de plus de 70 000 migrants dans cette enclave espagnole en Afrique, 22 Etats de l'UE avaient pourtant vivement critiqué Madrid dans un premier temps, à l'initiative de l'Italie et du Danemark.

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La Repubblica (IT) /

Pour Meloni, un retour de bâton

Cette conférence a été un revers cinglant pour la Première ministre italienne, juge La Repubblica :

«Les Etats de l'UE ont témoigné leur solidarité unanime et entière à l'Espagne et félicité Madrid pour sa gestion de la crise migratoire à Ceuta. Le défi lancé par Meloni à Sánchez s'est soldé par un retour de bâton spectaculaire, l'Italie ayant dû signer la déclaration de solidarité en faveur du gouvernement espagnol lors de la visioconférence des ministres de l'Intérieur de l'UE. Et pour couronner le tout, la Commission européenne va désormais se pencher sur la 'proportionnalité' de la suspension unilatérale décrétée par Rome de l'application des accords de Schengen à l'égard de l'Espagne. Et la proposition italienne de mettre en place des centres de retour communs dans des pays tiers, inspirés du modèle défectueux tenté par Meloni en Albanie, a été rejetée.»

Financial Times (GB) /

Une vulnérabilité au grand jour

Financial Times fait le bilan :

«La crise de Ceuta a une nouvelle fois révélé la double vulnérabilité de l'Europe : d'une part, face aux pressions extérieures, certains Etats voisins utilisant les flux de migrants comme moyen de coercition ; de l'autre, face aux divisions politiques internes, avec la montée en puissance de partis nationalistes hostiles à l'immigration. … La crise de Ceuta montre à quel point l'UE, que ce soit les institutions de Bruxelles ou les Etats membres, a basculé à droite ces dernières années en matière de politique migratoire. Dans plusieurs Etats membres où se tiendront des scrutin dans les douze prochains mois, les partis d'extrême droite menacent de supplanter les dirigeants en place ; dès lors, la tentation de trouver des boucs émissaires ne fera qu'aller en grandissant.»

Liberal (GR) /

Quelle sagacité !

Liberal écrit :

«La visioconférence des ministres de l'Intérieur de l'UE, portant sur la question de l'arrivée massive d'environ 70 000 personnes à Ceuta, a davantage été une déclaration verbale de solidarité qu'une conférence visant à adopter des mesures de fond. … Plus de dix ans après la première crise migratoire sur le territoire européen, sous le gouvernement Tsipras, les ministres se sont prononcés en faveur d'un renforcement des systèmes d'alerte précoce et d'un meilleur échange d'informations. Le plus cocasse, c'est qu'ils ont décidé de surveiller aussi les réseaux sociaux pour être informés suffisamment tôt de tout mouvement migratoire à grande échelle (oui, il fallait beaucoup de sagesse pour en arriver là). … Mais à quoi servent donc les services de renseignement ?»

Le Monde (FR) /

Construire des opportunités plutôt que des clôtures

Dans Le Monde, l'économiste Jamal Bouoiyour appelle à donner de nouvelles perspectives à la société marocaine :

«Le Maroc n'a pas seulement besoin d'un nouveau plan de développement ; il a besoin d'un nouveau contrat social. Le précédent reposait sur le rattrapage ; le suivant devra reposer sur la qualité des institutions, la concurrence, le mérite, l'égalité des chances et la mobilité sociale. … On pourra construire des grillages, multiplier les drones et renforcer les contrôles. On ne bâtira jamais une politique migratoire durable sur une génération privée d'horizon. Ceuta n'est ni une submersion ni une simple défaillance de la frontière … . C'est le symptôme de l'épuisement d'un pacte de développement. Tant que celui-ci ne sera pas profondément refondé, d'autres Ceuta surgiront, au Maroc comme ailleurs.»

Tportal (HR) /

Deux visions peu convaincantes

Pour Tportal, la crise de Ceuta fait clairement apparaître les divergences en matière d'immigration :

«Ceuta ressemble plus à un miroir qu'à une porte. Pour l'Espagne, ce miroir reflète une économie qui a besoin des migrants ; pour le Maroc, un territoire symbolisant une décolonisation inachevée ; pour l'UE, le risque de voir se rejouer la crise de 2015 ; et enfin, pour Sánchez, le dernier grand sujet sur lequel il peut encore se poser en chef de file de la gauche européenne. … L'Afrique et l'Europe ne sont pas les seules à se heurter aux colonnes d'Hercule, deux visions de l'Europe se font face : ceux qui pensent qu'il suffit de dresser des murs pour délimiter l'avenir ; et ceux qui croient en une approche ouverte et souple. Ceuta a démontré que ni l'une ni l'autre n'a jusque-là donné de réponse convaincante.»