Renouvellement de la Douma : les Russes ont-ils le choix ?

Les élections législatives ont débuté vendredi en Russie. Pendant trois jours, les électeurs sont appelés à désigner les 450 députés de la Douma, à renouveler 39 parlements régionaux et à élire onze gouverneurs. Le parti au pouvoir, Russie unie, fait d'ores et déjà figure de vainqueur assuré. Jabloko, seul parti à critiquer ouvertement la guerre menée par la Russie en Ukraine, a été exclu du scrutin.

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The Moscow Times (RU) /

Sans le moindre débat ni concurrence électorale

Pour The Moscow Times, ce scrutin n'a rien à voir avec la démocratie :

«La campagne des élections à la Douma de 2026 a montré que le système étatique russe avait perdu toute souplesse et que, face à la moindre incertitude, il resserrait toujours davantage la vis au lieu de recourir à des stratégies politiques. Il contraint la population russe à faire comme si elle ne voyait pas l'éléphant au milieu de la pièce [la guerre]. … Le système s'est à ce point coupé du débat et de la concurrence qu'il n'a même pas jugé nécessaire de donner l'illusion de ces deux composantes du processus électoral. … La guerre est redevenue le problème numéro un pour les Russes. Or, le seul parti politique qui ait osé inscrire un projet antimilitariste à son programme a été exclu du scrutin à l'échelon fédéral.»

TVNet (LV) /

Prendre la mesure de l'apathie

TVNet s'interroge :

«A quoi bon organiser des 'élections' en Russie si le résultat souhaité est de toute façon joué d'avance ? Leur tenue permet notamment au Kremlin de mesurer le taux de participation réel. Une mobilisation très faible témoigne de l'apathie de la population, or une population apathique peut constituer une menace pour le système politique du régime de Poutine. Ces 'élections' lui permettent ainsi de créer l'illusion de sa légitimité.»

Sergueï Medvedev (RU) /

Un spectacle rituel

Le politologue Sergueï Medvedev explique sur Facebook :

«Les élections permettent aux régimes autoritaires de donner l'illusion de bénéficier d'un soutien, elles montrent à la population et aux élites la puissance du dictateur ainsi que sa capacité à mobiliser des ressources. … Mais, en Russie, où règne un mode traditionnel d'exercice du pouvoir, elles remplissent une fonction supplémentaire : elles constituent un rituel qui impose un rythme de vie familier, normalise les événements – qu'il s'agisse de la guerre, de la famine ou de la répression – et confère au pouvoir un 'mandat du ciel', comme on disait dans la Chine impériale. … Aujourd'hui, la Russie a renoué avec son passé soviétique : les élections sont un spectacle rituel qui joue un rôle important dans la légitimation du pouvoir.»

La Stampa (IT) /

Vers un Parlement de guerre

La Stampa prédit une militarisation de la Douma:

«Le parti vainqueur, 'Russie unie', celui du président, était déjà connu avant même que la date du scrutin ne soit fixée. … Ce qui devrait ressortir de ces trois journées électorales est un Parlement de guerre qui, à l'instar de la Douma sortante, adoptera sans débat toute loi répressive et toute augmentation des dépenses militaires, mais qui sera aussi composé en grande partie d'hommes en uniforme. … Un Parlement qui marquera également une métamorphose de la classe politique russe elle-même, du moins dans les intentions du Kremlin, et dont la principale mission consistera à accompagner la militarisation complète de la société et de l'économie, à commencer par une mobilisation générale que de nombreux commentateurs russes et occidentaux jugent imminente.»

Vladislav Inosemtsev (RU) /

Quoi que l'on fasse, cela ne sert à rien

L'économiste Vladislav Inozemtsev écrit sur Facebook :

«Demain commencera en Russie une 'opération électorale' destinée à légitimer une nouvelle fois le régime de Poutine et à montrer au monde que la population le soutient. Plus ce spectacle approche, plus le débat entre les opposants au président sur la manière d'exprimer leur protestation contre la politique du Kremlin devient virulent et, comme toujours dans nos milieux, sans concession. Certains proposent de boycotter l'opération, d'autres appellent à voter pour n'importe quel parti autre que 'Russie unie', d'autres encore estiment qu'il faut déposer un bulletin nul. Selon moi, aucune de ces options ne produira le moindre effet : elles se valent donc toutes.»