Canicule et sécheresse en Europe : que faire ?
Suite aux températures record, à la sécheresse et aux feux de forêts qui frappent l'Europe, les appels à prendre des mesures concrètes contre un changement climatique de plus en plus tangible se font entendre. En Tchéquie, le plan national de lutte contre la sécheresse a été redéployé, et le Premier ministre Andrej Babiš a annoncé la construction de 20 nouveaux barrages. Berlin discute de la mise en oeuvre d'un plan d'action national, prévoyant notamment la protection des travailleurs et des séniors contre les effets de la canicule.
Poussé à l'action par des citoyens
Český rozhlas salue les mesures annoncées par le Premier ministre tchèque :
«Il a enfin remarqué que la Tchéquie souffrait d'une sécheresse sans pareille. Il affirme vouloir résoudre la crise et prendre des mesures pour y remédier. Ce sont de bonnes nouvelles. ... La vidéo de Babiš est clairement une réaction aux lettres de personnes que cette aridité et cette chaleur effraient. Ils ont compris que nous nous trouvions dans une crise climatique. Dans le même temps, ils voient que le Parti des automobilistes, membre de la coalition au pouvoir, minimise la gravité du changement climatique et nie la présence d'une crise. Quand les puits tarissent et que les ruisseaux sont à sec, on prend subitement conscience du fait que l'heure n'est plus aux querelles idéologiques et aux plaisanteries. Il faut passer à l'action.»
Pas de quartier pour les pollueurs-payeurs
WOZ montre du doigt le premier responsable :
«Quelque 180 groupes publics et privés sont responsables de 70 pour cent environ des émissions résultant de la combustion de carburants fossiles et de la production de ciment, rejetées dans l'atmosphère depuis le début de l'industrialisation, autour de 1750. … La situation est somme toute claire comme de l'eau de roche : les groupes doivent enfin endosser la responsabilité des dégâts qu'ils ont occasionnés. … Il faut par ailleurs que les groupes s'acquittent des compensations appropriées pour les émissions de gaz à effet de serre à venir, pour couvrir les dommages futurs. Cela changerait du tout au tout leur manière de faire des affaires, puisque le principe pollueur-payeur les obligerait à payer les coûts qu'ils entraînent. ... Bien que tout cela découle d'une logique cartésienne, une mise en application est peu probable, voire complètement utopique.»
Le retour au charbon est une impasse
Suite à l'arrêt de la centrale nucléaire de Cernavodă en raison du trop faible étiage du Danube pour refroidir les réacteurs, les sociaux-démocrates (PSD) et les populistes de droite (AUR) ont promulgué des mesures repoussant la date prévue pour la fermeture de certaines centrales à charbon. Le service roumain de Deutsche Welle tire la sonnette d'alarme :
«Le retour au charbon n'apportera pas l'indépendance vantée par le PSD et l'AUR. Au contraire, c'est une option polluante pour l'environnement et dangereuse pour la santé. … L'énergie provenant du charbon n'est donc ni bon marché ni patriotique, quoi qu'en disent les souverainistes de ces deux partis. La loi sur le retour au charbon voulue par le PSD et l'AUR laisse en outre un grand flou artistique sur les 2,14 milliards d'euros que la Roumanie touche de l'UE pour la sortie progressive du charbon, et qui font d'elle la troisième bénéficiaire d'aides [à la transition climatique et énergétique] au sein de l'UE.»
Comprendre que la prévention est un investissement rentable
Sur le portail The opinion, le spécialiste des forêts et de l'environnement Nikitas Mazis propose la réflexion suivante :
«Si la Grèce n'a pas le pouvoir de contrôler le climat, elle a en revanche une emprise sur les moyens de se prémunir. La prévention n'est pas un facteur de coût parmi d'autres mais un investissement, le plus efficace qui soit pour la protection des ressources naturelles du pays. La somme des expériences met en évidence un modèle récurrent : les grandes catastrophes sont rarement à mettre sur le compte d'une seule erreur au moment de l'incendie. Elles sont la résultante d'une chaîne de décisions en cascade – ou de décisions non prises en temps voulu – chaîne qui commence loin avant les faits. Le véritable combat pour la protection des forêts grecques commencera avant la première étincelle.»
Les limites de l'adaptation
Les êtres vivants peuvent s'adapter aux changements, mais pas lorsque ceux-ci surviennent trop rapidement, fait remarquer le géologue et journaliste scientifique Mario Tozzi dans La Stampa :
«A quel scénario voulons-nous nous adapter ? [Lors de la COP21] en 2015 à Paris, il a été décidé qu'une hausse des températures mondiales moyennes de 1,5 degrés Celsius était la barre fatidique à ne pas dépasser, autrement dit le seuil que les scientifiques déconseillent de franchir, faute de quoi une limite biologique serait dépassée. ... Or nous dépassons ces limites physiques et biologiques pour les sapiens et autres êtres vivants à une vitesse telle que personne se sera en mesure de s'adapter, pas même ceux qui disposent de technologies exceptionnelles.»