L'Afghanistan, cinq ans après le retour des talibans
Le 15 août 2021, les talibans revenaient au pouvoir en Afghanistan. Un anniversaire que le régime a commémoré par une cérémonie devant l'ex-ambassade des Etats-Unis à Kaboul. La situation du pays est préoccupante : des millions de personnes souffrent de la faim, et les femmes sont systématiquement exclues de la vie publique et de l'éducation – il leur est même interdit de chanter. Pourtant, plusieurs Etats de l'UE n'hésitent plus à renvoyer les demandeurs d'asile afghans vers le pays.
Abandonné à son sort
Dans The Guardian, la journaliste afghane Nelufar Hedayat commente :
«Il y a cinq ans aujourd'hui, la paix ténue d'une démocratie nouvelle et fragile était ébranlée par le retrait des organisations militaires, diplomatiques et humanitaires occidentales, qui présidaient aux destinées du pays depuis 2001. Du jour au lendemain, le dimanche 15 août 2021, l'Afghanistan était démantelé et abandonné à son sort. … Nous savions tous ce qu'il adviendrait, même si le reste du monde semblait ne pas en prendre la mesure. … Il y a si peu de choses à faire aujourd'hui, la marge de manœuvre est si infime que presque toutes les personnes auxquelles je parle en Afghanistan semblent étouffer. Il n'y a ni dérivatif ni soulagement aux souffrances abjectes que subit le peuple afghan au quotidien.»
Courtisés par Bruxelles
L'UE a une part de responsabilité dans la domination des talibans, fait valoir El País :
«Le gouvernement taliban opprime impitoyablement la moitié de la société et ne se soucie pas non plus de la misère dans laquelle il a plongé tout le pays, conséquence notamment de sa politique absurde de persécution des ONG, qui aidaient une population paupérisée par des décennies de guerre. Or les dirigeants islamistes n'en payent pas vraiment le prix fort. En plus de jouir d'un niveau de vie qu'ils refusent au reste de la population, ils ont aussi été récemment courtisés par les gouvernements occidentaux et par l'UE elle-même, qui les a accueillis à Bruxelles pour aborder le retour des réfugiés afghans expulsés.»
Permettre l'immigration légale des femmes
Der Spiegel appelle l'Allemagne à tendre la main aux femmes du pays :
«Les Afghanes pourraient postuler en ligne, apprendre la langue sur Internet et passer des accords avec des employeurs allemands pour pouvoir venir ensuite légalement dans le pays. Il leur faudra néanmoins trouver le moyen de contourner certains usages : leur frère ne pourra bien entendu pas les accompagner, comme c'est devenu la règle, en tant que 'parent responsable'. Elles devraient aussi décevoir l'attente des proches qui seraient désireux de les rejoindre. … Un programme allemand auquel les femmes afghanes pourraient postuler à des places d'étudiantes et d'apprenties, à des emplois concrets, pour venir ensuite en Allemagne par des canaux sécurisés, représenterait un investissement bénéfique pour l'économie allemande – et une forme de réparation partielle pour une promesse que l'Occident n'a pas tenue.»