Roumanie : un ex-agent de la Securitate au sommet de l'Etat
L'agence de renseignement SPP, responsable de la protection des hauts représentants de l'Etat roumain, est dirigée depuis plus de 20 ans par Lucian Pahonțu. Or le portail d'investigation Recorder vient de révéler que pendant la révolution de 1989, celui-ci appartenait à une unité de la Securitate, police politique de sinistre réputation qui avait participé à la sanglante répression de la contestation. Le président Nicușor Dan a défendu Pahonțu, affirmant ne pas voir ce qu'il y aurait de scandaleux dans cette révélation.
La loyauté a primé sur l'examen critique du passé
Pahonțu a été couvert toutes ces années par la classe politique, déplore le service roumain de Deutsche Welle :
«Lucian Pahonțu est issu directement des services secrets, et ce n'était un mystère pour aucun des [trois] présidents dont il a eu la charge : cela a au contraire semblé être, à leurs yeux, un gage de professionnalisme. Ses méthodes de travail, apprises lors de ses jeunes années et peaufinées lors de sa longue carrière, avaient convaincu chacun de ces présidents de la nécessité de ses services. Le fait qu'il ait pu rester au plus haut niveau de l'Etat, qu'il ait eu accès aux secrets les plus importants de la Roumanie, montre que toute lustration était impossible en Roumanie.»
Une occasion à saisir
Le portail magyarophone Foter.ro appelle la Roumanie à agir :
«En raison de l'affaire Pahonțu, on peut légitimement craindre que la thèse – qualifiée par beaucoup de théorie complotiste –, selon laquelle les services secrets piloteraient l'Etat en sous-main, se vérifie au moins en partie. Dorénavant, la Roumanie devra s'atteler à une seule tâche – car l'occasion ne reviendra pas de sitôt. Si elle veut vraiment être un pays européen, une démocratie et un Etat de droit, elle doit sortir de l'adolescence et réussir un test de maturité, et ébranler la puissance occulte de l'ex-Securitate.»
Impensable ailleurs
Un ex-agent des services secrets communistes ne serait jamais arrivé à un tel poste à responsabilité dans un autre pays, fustige le portail Hotnews :
«Dans les pays où les politiques de haut rang ne se laissent pas contrôler par des services militarisés, ce qui se passe actuellement en Roumanie serait inimaginable. On n'a vu ni en Allemagne ni en Pologne, 35 ans après la chute du communisme, un officier de la Stasi ou des anciens services secrets polonais occuper le poste suprême d'un service aussi important. … La confiance de la population dans les services de sécurité en 2026 n'est visiblement pas un critère de poids pour Nicușor Dan, comme on peut en juger par sa déclaration.»