Le mensonge politique bientôt passible de prison ?
Suite à la validation par le Parlement helvétique d'un crédit de près de 400 millions d'euros supplémentaires pour l'acquisition d'avions de chasse F-35 commandés aux Etats-Unis, le conseiller aux Etats socialiste Carlo Sommaruga réclame des peines allant jusqu'à trois ans de prison pour les mensonges politiques intentionnels de la part des responsables gouvernementaux. Le gouvernement et l'administration avaient affirmé pendant des années qu'il existait un prix fixe pour l'achat de ces avions de combat.
Nous n'avons plus les yeux en face des trous
La Tribune de Genève reproche à la classe politique de ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt :
«Sommaruga aurait suffi de jeter un coup d'œil aux journaux pour avoir compris depuis des années (des années !) qu'on nous disait n'importe quoi sur ces zincs. … Les mensonges prospèrent grâce à ceux qui les écoutent, paumés dans leurs réseaux. C'est le principe de la diversion, du débat qui ne sert à rien d'autre qu'à faire du bruit à côté du réel : … Nous mentir à nous-même est devenu notre punition collective de citoyens, refusant de voir que notre personnel politique, menteur ou pas, amateur surtout, ne sait plus où sont nos alliés ou amis, nos valeurs, nos libertés, ou nos avions de pacotille qu'on croit de combat.»
Une idée absurde
En France, Marine Tondelier, candidate des Verts à la présidentielle, propose également de sanctionner les mensonges politiques prémédités. La journaliste Peggy Sastre invite à la prudence :
«Comme toujours face à de telles pensées inabouties, il y a un test élémentaire à effectuer : est-ce qu'on aimerait toujours cette nouvelle arme politique si elle se retrouvait demain entre les mains de ses adversaires ? … J'ignore si elle goûterait avec le même enthousiasme une même loi sous une majorité RN, avec les mêmes magistrats chargés d'établir la fausseté, la connaissance de cette fausseté et l'intention de tromper. Cette petite expérience mentale a le gros avantage … de comprendre qu'une règle n'est libérale que si l'on accepte qu'elle protège aussi ses ennemis et puisse survivre à l'alternance.»