Etats-Unis : des médias bannis de la Maison Blanche
Le président américain a interdit l'accès à la Maison Blanche à plusieurs médias. Sont concernés la chaîne télévisée CNN et le site d'information Politico, lequel appartient au groupe Springer. Le président a justifié sa décision en faisant valoir que ces médias diffusaient des "fake news" sur son travail. En réaction, les chaînes ABC, CBS, Fox News, NBC et CNN elle-même ont réduit leur couverture médiatique sur le président Trump.
Direction la dictature
En décidant d'exclure CNN et autres médias, Trump s'attaque non seulement à la liberté de la presse, mais aussi à la démocratie, s'inquiète The Independent :
«Il s'agit de l'inévitable dernière étape dans le glissement constant du régime de Trump vers la dictature ouverte. Il ne s'agit pas de l'ultime étape, mais simplement de la dernière en date, dans un projet anarchique visant à supprimer les garde-fous de la Constitution américaine au sens le plus large, qui ont été consignés par écrit et actualisés pour éviter le rétablissement de ce à quoi Trump semble vouloir aspirer le plus au monde : la monarchie. ... Le seul espoir des Etats-Unis réside dans la revitalisation de son contrat social et de sa démocratie à l'occasion des élections de mi-mandat en novembre. Mais ce scénario exige une presse libre.»
N'importe quelle rédaction peut être visée
La réaction solidaire de Fox News, proche de Trump, ne vient pas de nulle part, explique Frankfurter Allgemeine Zeitung :
«A l'automne 2009, l'administration de Barack Obama était en conflit avec Fox News. … Le ministère des Finances avait essayé d'exclure Fox News d'une série d'interviews avec Kenneth Feinberg, l'homme que le gouvernement avait envoyé payer les managers après la crise financière. A l'époque, les autres chaînes ne l'avaient pas entendu de cette oreille. CNN, ABC, CBS et NBC avaient pris parti pour Fox News, en refusant de participer à l'interview. L'administration Obama avait fini par céder. Ce qui avait été défendu à l'époque, ce n'était pas la ligne politique de la chaîne, mais la liberté de la presse. La réflexion était la suivante : ce qui touche aujourd'hui notre concurrent pourrait très bien nous toucher demain.»
Aucun pouvoir sans contestation sociale
A l'ère d'Internet, les chaînes n'ont pas assez de poids pour influer sur la politique, fait valoir Rzeczpospolita :
«Malheureusement, ce boycott d'une journée contre Trump s'apparente au chant du cygne des médias professionnels. Il intervient trop tard et ne s'adresse qu'à un cercle trop restreint pour avoir un impact. Le boycott est organisé par les chaînes de télévision, dans un monde dominé par Internet. … Comme nous l'avons démontré à plusieurs reprises en Pologne, les actions collectives des médias ne font effet que lorsqu'elles sont accompagnées de mouvements de contestation organisés contre les dérives autoritaires du gouvernement. … Encore faut-il que ces mouvements arrivent au bon moment et soient vraiment vastes. C'est alors que le 'quatrième pouvoir' est en mesure de changer le cours des évènements politiques.»