Comment réagir face au choc des prix à la pompe ?

La situation dans les détroits du Proche-Orient et la baisse des exportations russes due à la guerre ont mis le marché mondial du pétrole brut et des carburants sous pression. Le prix du gasoil est notamment monté en flèche. Les gouvernements européens tentent de nouveau de remédier à la situation par des baisses de taxes ou par des subventions : Berlin prévoit de diminuer le prix à la pompe de 17 centimes le litre à partir du 1er octobre. Que penser de ces mesures ?

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Delfi (EE) /

Ne pas céder au populisme

Delfi appelle le gouvernement estonien à ne pas opter pour une baisse de la taxe sur les carburants :

«Une malédiction s'abat actuellement sur les pays européens : dès que les premières difficultés pointent à l'horizon, les gouvernements s'empressent de prendre des mesures qui caressent dans le sens du poil les impulsions momentanées des électeurs. … Tout le monde sait à quel point il est difficile de revenir sur une décision populiste prise à un instant T. Même si la crise du détroit d'Ormuz devait se calmer dans un mois et que les prix rediminuaient peu à peu. Il y a quatre ans, on avait également cédé aux revendications populistes, mais les mesures n'avaient pris effet que lorsque le plus gros de la crise avait été surmonté. Conséquence : les budgets nationaux, dans toute l'Europe, avaient été plombés.»

Keskisuomalainen (FI) /

La baisse des prix à la pompe est contreproductive

Subventionner les prix de l'essence revient à ralentir la transition énergétique, observe Keskisuomalainen :

«Plus on accélèrera le passage aux voitures électriques, plus on augmentera la quantité d'énergie issue de nos propres sources. D'autre part, on fera ainsi baisser les dépenses des citoyens en matière de mobilité et les émissions de GES. … Le prix du pétrole restera très probablement élevé ces prochaines années. Même si la Suède subventionne le prix de l'essence d'environ 70 centimes par litre et l'Allemagne de 17 centimes lors des derniers mois de l'année, la Finlande doit s'empêcher de s'engager sur cette voie. Un pays fortement endetté ne peut pas se le permettre. En fin de compte, les prix élevés du pétrole accélèrent la transition électrique.»

Der Standard (AT) /

Rouler à l'essence doit être risqué

L'Autriche a décidé de subventionner les carburants à hauteur de 12 centimes par litre. Der Standard comprend la volonté du gouvernement de lutter contre l'inflation, mais ne cautionne pas la logique des subventions :

«L'inflation, lorsqu'elle est élevée, entraîne une forte hausse des salaires, ce qui met l'industrie et les sites de production en difficulté. … Mais la deuxième motivation à l'origine de cette initiative est plus contestable : car celles et ceux qui conduisent des véhicules à combustion alors qu'il existe des alternatives entièrement électriques sur le marché du neuf et de l'occasion doivent avoir conscience du risque de prix soudainement explosifs. En 2022, le coût de l'essence avait déjà explosé. Et pourtant, nombreux sont ceux qui continuent d'acheter des véhicules thermiques en refusant de passer à l'électrique. Ils en ont le droit, certes, mais la communauté n'a pas à subventionner ce choix.»

Der Standard (AT) /

Corriger le tir est essentiel

Der Standard salue la réactivation du bouclier tarifaire :

«A partir d'octobre, le diesel et l'essence devraient baisser de 12 centimes par litre. L'addition est payée en partie par les contribuables. ... Mais ne pas agir du tout serait une option bien pire. Les analyses du début de l'année menées jusqu'à présent montrent que le plafonnement remplit son objectif. Il est donc logique de mettre ce dispositif en place. L'invasion de l'Ukraine par la Russie nous a bien montré ce cercle vicieux : les prix sont montés en flèche, les salaires ont suivi et l'industrie soumise à la concurrence internationale s'est retrouvée en difficulté. Les conséquences de cette crise se font ressentir jusqu'à aujourd'hui. Il est donc essentiel d'inverser la tendance. Et l'Autriche n'a à opposer à la hausse des prix qu'un plafonnement modeste. Car les carburants restent chers.»

Mediapart (FR) /

Un secteur destructeur

Mediapart appele à freiner le pouvoir des grands groupes pétroliers :

«Profitant de l'enrayement des chaînes d'approvisionnement sur des marchés mondialisés, les groupes dominants chassent en meute et utilisent à plein leur pouvoir de marché, tant ils se savent indispensables. Ils fixent les prix comme ils veulent en agitant les risques de rupture et de pénurie. … Les autorités européennes de concurrence, si promptes parfois à agiter la menace de sanction, ne semblent même pas envisager d'examiner les politiques des raffineurs. Rien ne paraît entrepris pour s'opposer aux forces destructrices du marché, au risque de conduire les économies européennes au bord du précipice.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Laisser faire le marché

Le quotidien Neue Zürcher Zeitung se dit opposé à un plafonnement des prix à la pompe :

«Le rôle d'un prix est d'orienter le comportement. Les prix élevés ont vocation à freiner la demande – même pour le diesel et l'essence. L'accroissement de la demande est inéluctable : en raison de la situation précaire dans le golfe Persique, de la dangerosité des axes de transport au Proche-Orient et des dommages infligés aux raffineries russes, la demande en carburants est supérieure aux quantités disponibles sur le marché mondial. Les raffineries restantes, dans le monde entier, travaillent sans relâche. Retarder l'adaptation à la demande ne fera que prolonger le problème. Cela réduit les exhortations à privilégier une approche économe des carburants, et à investir dans l'efficacité énergétique ou dans des moteurs alternatifs.»

Népszava (HU) /

Les aides financières ne résolvent pas le problème

Népszava s'interroge sur les subventions accordées par le gouvernement hongrois aux propriétaires de véhicules diesel :

«Il y a quelque chose d'étonnant à ce qu'un gouvernement réagisse à un problème qui a son origine sur le marché mondial, en versant de l'argent aux propriétaires des véhicules concernés [environ 55 euros]. Comme si l'Etat devait passer en caisse à la moindre altération majeure des prix et compenser ce que le marché retire du porte-monnaie des citoyens. Bien entendu, le gouvernement hongrois ne peut résoudre seul la crise mondiale du diesel. … Il a toutefois une influence sur la manière de réagir du pays. Le gouvernement Tisza a opté pour des subventions directes. Si c'est indéniablement une aide pour ceux qui empochent l'argent, cela ne change toutefois rien aux causes du problème.»

Der Tagesspiegel (DE) /

Un recours cynique aux subventions

Le quotidien Tagesspiegel s'indigne du projet d'une nouvelle baisse des taxes de carburant en Allemagne :

«Ce nouveau projet coûtera probablement 2,5 milliards d'euros. Tout d'un coup, il y a de l'argent pour cela. Un constat cynique après un été où le gouvernement a amputé les avances sur pensions alimentaires pour les parents isolés, a reporté une hausse annoncée sur les bourses étudiantes et a supprimé des aides allouées à des associations jeunesse queers en invoquant la nécessité de faire des économies. Par ses subventions trop généreuses, l'Etat légitime les hausses de prix éhontées des compagnies pétrolières. … Il faut comprendre que l'ère fossile touche à sa fin. Les subventions n'y changeront rien. Il y a urgence à ce que le gouvernement cesse de telles pratiques.»

De Morgen (BE) /

Privilégier la transition vers des énergies propres

En Belgique, une intervention de l'Etat est demandée pour compenser les prix élevés du diesel. Une solution erronée, prévient De Morgen :

«Tout conducteur automobile qui troque son véhicule diesel contre un modèle plus propre, et chaque famille qui remplace le gaz naturel onéreux par une pompe à chaleur contribue à rendre notre société un peu moins dépendante des sources d'énergies fossiles, dont le contexte international sape la fiabilité. Les politiques devraient s'employer sans réserve à promouvoir cette transition, plutôt que de l'entraver. … Ces politiques qui appellent à sortir du diesel et a renoncer au gaz naturel, pour mieux solliciter le lendemain des compensations pour le diesel et le gaz trop chers, sont-ils vraiment conscients de ce qu'ils disent ?»

Vzglyad (RU) /

Bienvenue sur le champ de bataille pétrolier

Le portail Vzglyad explique les raisons de cette crise :

«Le marché pétrolier n'est plus un marché au sens classique. Il est devenu un champ de bataille où le prix n'est pas déterminé par l'offre et la demande, mais par la capacité – ou l'incapacité – d'un acheteur donné à atteindre un vendeur donné. L'OPEP a beaucoup perdu en influence, des contrats de longue durée font l'objet de renégociations spontanées et les prévisions des grands établissements d'investissement mondiaux cèdent la place à des bulletins d'actualité des scènes de conflit et à des analyses de la rhétorique contradictoire de Trump. … La grande crise du carburant ne fait que commencer, et la question décisive n'est pas de connaître le coût d'un baril, mais de savoir qui sera en mesure de l'obtenir physiquement.»