Espagne : vers des élections anticipées

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé ce lundi des élections anticipées pour le 29 novembre. Vendredi, son gouvernement minoritaire, formé par le PSOE et des partis de gauche, n'était pas parvenu à trouver une majorité pour ses décrets sur la protection des locataires. La presse s'interroge sur la stratégie de campagne de Sánchez, les chances de l'opposition et les conséquences de ce scrutin sur les rapports de force politiques en Europe.

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Jyllands-Posten (DK) /

L'ultime bastion

Jyllands-Posten évoque un scrutin vital pour toute l'Europe :

«Après huit ans au pouvoir, Sánchez est devenu l'un des exemples européens les plus marquants de la volonté de vaincre la droite nationaliste sans pour autant reprendre ses idées. … En novembre, la mise à l'épreuve aura lieu dans les urnes. Selon les sondages, le PP (conservateur) est nettement en tête, tandis que Vox [extrême droite] est plus fort que lors du scrutin de 2023. … Sánchez a déjà réussi, par le passé, à survivre à des défaites politiques. Mais cette fois-ci, l'enjeu est bien plus important : si le PSOE est contraint de céder le pouvoir, le camp de centre-gauche en Europe perdra l'un de ses exemples les plus emblématiques, qui montrait jusque-là qu'une autre voie était possible.»

Ilta-Sanomat (FI) /

Une manoeuvre judicieuse

C'est une bonne décision du PSOE, estime Ilta-Sanomat :

«Le sort des socialistes dépend désormais surtout de la capacité du gouvernement à faire de la crise du logement le thème principal de la campagne et à montrer que l'opposition de droite est responsable de l'échec des mesures envisagées. L'opposition, de son côté, a l'intention d'arriver au pouvoir en mettant l'accent sur les échecs des socialistes et les allégations de corruption, qui se rapprochent de plus en plus de Sánchez. … Dans ce contexte difficile, le parti estime que celui-ci a pris une décision avisée en convoquant rapidement des élections anticipées. Repousser le scrutin aurait aggravé une situation déjà délicate pour les socialistes, car le soutien parlementaire au gouvernement s'est effrité, la droite est en tête dans les sondages et les affaires de corruption entachent la réputation du parti.»

eldiario.es (ES) /

Jouer la carte de l'espoir plutôt que celle de la peur

Sur le site eldiario.es, la politologue Anna López livre quelques conseils à Sánchez :

« Sánchez ne doit pas réduire ces élections uniquement à un référendum sur son bilan (maigre, du reste, en ce qui concerne le logement). Il doit montrer aux électeurs ce qu'il est encore capable de faire pour amener les Espagnols à voter non pas contre quelqu'un, mais pour un projet. … L'argument consistant à se servir de la peur du PP et de Vox ne fonctionne plus. … Sánchez doit jouer la carte de l'espoir et proposer aux électeurs des mesures susceptibles d'améliorer leur quotidien. … Ces élections seront aussi une bataille s'articulant autour des émotions amenées à s'imposer au final : peur, colère et rejet, ou bien des attentes raisonnables, voire même l'espoir.»

The Spectator (GB) /

Sánchez en route vers la défaite

The Spectator ne croit pas que Sánchez pourra redresser la barre :

«Les sondages laissent penser que la défaite est de loin le résultat le plus probable. Une simulation électorale publiée par El País ce week-end donne une confortable majorité commune aux conservateurs du PP et aux nationalistes de Vox. Sánchez a certes déjà déjoué les prévisions par le passé, mais il lui faudrait cette fois accomplir un véritable exploit pour éviter la défaite. … Sánchez espère que la crainte des électeurs de voir un parti qu'il qualifie régulièrement d''extrême droite' arriver au pouvoir aura plus de poids que leur mécontentement quant à son propre bilan. A ce stade cependant, cet espoir semble fragile.»

La Stampa (IT) /

Pas viable

Les mesures envisagées dans les décrets n'auraient rien résolu, assure La Stampa :

«Plafonnement des hausses de loyers, prolongation obligatoire des baux pour des durées importantes, dédommagements et entraves lorsqu'un propriétaire cherche à récupérer son logement [pour son propre usage]. Tout ceci aurait certainement entraîné une sélection plus stricte des locataires potentiels, des cautions plus élevées, la volonté de vendre les biens immobiliers ou de les destiner à d'autres usages, ainsi qu'un tarissement des investissements. Ce sont surtout les jeunes, les travailleurs mobiles, les immigrés et les familles sans références solides qui auraient été désavantagés, c'est-à-dire précisément les personnes que la classe politique voulait aider. Sánchez est au pouvoir depuis huit ans et il n'a pas été en mesure de résoudre le problème ; or la réponse la plus logique consiste dans ce cas de figure à accroître l'offre, en rénovant et en construisant davantage de logements.»

La Repubblica (IT) /

Junts en quête de pouvoir

La Repubblica fustige le parti Junts et ses sept sièges au Parlement :

«En Espagne aujourd'hui, les séparatistes catalans, qui maintiennent en place le gouvernement Sánchez, votent contre le décret sur le logement, de concert avec les partis de droite qui veulent renverser le pouvoir socialiste. Pourquoi ? Car Junts – minoritaire dans les urnes, crucial au sein de l'alliance – fait un pari. Le parti veut peser davantage et avoir les cartes en main. Il joue avec la vie des citoyens. … Ce que veulent ces partis, qui obtiennent un, deux, voire zéro virgule quelques pour cent, c'est être décisifs pour la victoire : briguer des postes, des ministères, des offices, le pouvoir.»

La Vanguardia (ES) /

L'affaire de trop

Avant même l'annonce de Sánchez, La Vanguardia réclamait déjà des élections anticipées :

«La défaite que le gouvernement a essuyée au Parlement montre que le bloc qui avait soutenu la formation du gouvernement s'est fissuré. … Cette défaite est survenue sur un sujet majeur, celui du logement, ce qui accroît un peu plus la crise politique. … Il est donc logique que Pedro Sánchez ouvre un débat sur des élections anticipées. … Il faut interpréter correctement les signaux émis par la population. Le mécontentement est palpable aujourd'hui dans de larges pans de la société. … Les inégalités s'accroissent, les salaires ne suivent pas le rythme de l'inflation, et, par conséquent, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas acheter de logement. L'affaire Maricarmen Abascal a été celle de trop.»

El Mundo (ES) /

En échec depuis longtemps déjà

Avant l'annonce de Sánchez, El Mundo estimait que celui-ci ne pouvait escompter ni un succès à un scrutin anticipé, ni le maintien du statu quo :

«La question du logement est indéniablement l'un des grands défis auxquels l'Espagne est confrontée, mais la majorité se méfie de l'action de l'exécutif. La désaffection des électeurs, au profit des partis du centre et de droite, est une tendance qui se confirme. … On peut difficilement s'attendre à une réitération de la surprise qui avait porté Sánchez au pouvoir [il avait réussi à rester Premier ministre alors que son parti s'était classé second]. Pour mettre un terme à une législature qui a sombré depuis longtemps, le chef du gouvernement n'a plus le choix qu'entre deux options tout aussi mauvaises pour lui.»

El País (ES) /

Une opportunité

Dans El País, la politologue Cristina Monge prodigue ses conseils :

«Le mouvement contestataire peut être une opportunité pour la gauche, dans la mesure où il ne débouche pas sur une fronde antipolitique. … Si la gauche veut mobiliser les un million et demi d'électeurs qui s'abstiennent aujourd'hui, elle devra accomplir un travail de persuasion et faire des propositions concrètes pour favoriser la justice et la cohésion sociale. … L'échec des deux décrets sur la question du logement montre clairement que la coalition gouvernementale progressiste n'a plus de marge de manœuvre pour mener son action politique. En prendre acte et agir en conséquence pourrait permettre d'apporter soutien et confiance à ces personnes qui misaient jadis sur cette action politique, et qui sont aujourd'hui paralysées par le désenchantement et l'impuissance.»