Espagne : vers des élections anticipées

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé ce lundi des élections anticipées pour le 29 novembre. Vendredi, son gouvernement minoritaire, formé par le PSOE et des partis de gauche, n'était pas parvenu à trouver une majorité pour ses décrets sur la protection des locataires. Outre le PP (conservateur) et Vox (extrême droite), le parti Junts per Catalunya (séparatiste) avait aussi voté contre. Ces derniers jours, les médias jugeaient déjà inéluctable la perspective d'élections anticipées.

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La Stampa (IT) /

Pas viable

Les mesures envisagées dans les décrets n'auraient rien résolu, assure La Stampa :

«Plafonnement des hausses de loyers, prolongation obligatoire des baux pour des durées importantes, dédommagements et entraves lorsqu'un propriétaire cherche à récupérer son logement [pour son propre usage]. Tout ceci aurait certainement entraîné une sélection plus stricte des locataires potentiels, des cautions plus élevées, la volonté de vendre les biens immobiliers ou de les destiner à d'autres usages, ainsi qu'un tarissement des investissements. Ce sont surtout les jeunes, les travailleurs mobiles, les immigrés et les familles sans références solides qui auraient été désavantagés, c'est-à-dire précisément les personnes que la classe politique voulait aider. Sánchez est au pouvoir depuis huit ans et il n'a pas été en mesure de résoudre le problème ; or la réponse la plus logique consiste dans ce cas de figure à accroître l'offre, en rénovant et en construisant davantage de logements.»

La Repubblica (IT) /

Junts en quête de pouvoir

La Repubblica fustige le parti Junts et ses sept sièges au Parlement :

«En Espagne aujourd'hui, les séparatistes catalans, qui maintiennent en place le gouvernement Sánchez, votent contre le décret sur le logement, de concert avec les partis de droite qui veulent renverser le pouvoir socialiste. Pourquoi ? Car Junts – minoritaire dans les urnes, crucial au sein de l'alliance – fait un pari. Le parti veut peser davantage et avoir les cartes en main. Il joue avec la vie des citoyens. … Ce que veulent ces partis, qui obtiennent un, deux, voire zéro virgule quelques pour cent, c'est être décisifs pour la victoire : briguer des postes, des ministères, des offices, le pouvoir.»

La Vanguardia (ES) /

L'affaire de trop

Avant même l'annonce de Sánchez, La Vanguardia réclamait déjà des élections anticipées :

«La défaite que le gouvernement a essuyée au Parlement montre que le bloc qui avait soutenu la formation du gouvernement s'est fissuré. … Cette défaite est survenue sur un sujet majeur, celui du logement, ce qui accroît un peu plus la crise politique. … Il est donc logique que Pedro Sánchez ouvre un débat sur des élections anticipées. … Il faut interpréter correctement les signaux émis par la population. Le mécontentement est palpable aujourd'hui dans de larges pans de la société. … Les inégalités s'accroissent, les salaires ne suivent pas le rythme de l'inflation, et, par conséquent, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas acheter de logement. L'affaire Maricarmen Abascal a été celle de trop.»

El Mundo (ES) /

En échec depuis longtemps déjà

Avant l'annonce de Sánchez, El Mundo estimait que celui-ci ne pouvait escompter ni un succès à un scrutin anticipé, ni le maintien du statu quo :

«La question du logement est indéniablement l'un des grands défis auxquels l'Espagne est confrontée, mais la majorité se méfie de l'action de l'exécutif. La désaffection des électeurs, au profit des partis du centre et de droite, est une tendance qui se confirme. … On peut difficilement s'attendre à une réitération de la surprise qui avait porté Sánchez au pouvoir [il avait réussi à rester Premier ministre alors que son parti s'était classé second]. Pour mettre un terme à une législature qui a sombré depuis longtemps, le chef du gouvernement n'a plus le choix qu'entre deux options tout aussi mauvaises pour lui.»

El País (ES) /

Une opportunité

Dans El País, la politologue Cristina Monge prodigue ses conseils :

«Le mouvement contestataire peut être une opportunité pour la gauche, dans la mesure où il ne débouche pas sur une fronde antipolitique. … Si la gauche veut mobiliser les un million et demi d'électeurs qui s'abstiennent aujourd'hui, elle devra accomplir un travail de persuasion et faire des propositions concrètes pour favoriser la justice et la cohésion sociale. … L'échec des deux décrets sur la question du logement montre clairement que la coalition gouvernementale progressiste n'a plus de marge de manœuvre pour mener son action politique. En prendre acte et agir en conséquence pourrait permettre d'apporter soutien et confiance à ces personnes qui misaient jadis sur cette action politique, et qui sont aujourd'hui paralysées par le désenchantement et l'impuissance.»