Le Nobel de la paix décerné à la juge Navi Pillay
Le prix Nobel de la paix a été remis cette année à la Sud-Africaine Navanethem "Navi" Pillay, juriste et avocate des droits humains. Elle a été juge de la Cour pénale internationale (CPI) de 2003 à 2008 à La Haye, et haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme jusqu'à 2014. Quelques heures après l'annonce du prix par le comité Nobel à Oslo vendredi, les Etats-Unis ont durci leurs sanctions contre la CPI.
Le droit contre la force
Dans El País, Javier Cremades, de l'ONG World Jurist Association, appelle à respecter davantage le droit :
«La polarisation politique croissante a multiplié les litiges sur des questions revêtant une importance publique considérable au sein des démocraties. Les juges sont tenus d'appliquer le droit dans des conditions de plus en plus complexes, et leurs décisions ne sont pas toujours acceptées. … Cette volonté constante de délégitimer les juges affaiblit le droit et la démocratie. … Par sa sérénité, son intégrité et sa force intellectuelle, Navi Pillay nous rappelle qu'il n'y a qu'une véritable alternative pour organiser la vie en société. … Soit être gouverné par un parti, par un leader – c'est-à-dire par la force –, soit être gouverné par le droit.»
Des motivations politiques
Die Welt critique la décision :
«Tous les défenseurs de la cause des droits humains rendent hommage à Pillay. Implicitement, ils alimentent un reproche contre Israël – allégation dont le degré de véracité est fortement controversé et fait actuellement l'objet d'une élucidation juridique : celle du génocide contre les Palestiniens à Gaza. … Elle avait été formulée par une commission de l'ONU présidée par Pillay l'an dernier. … En affirmant soutenir seulement l'idée contraignante du droit international, le comité Nobel prend tacitement position dans un litige, au profit d'un camp et à l'encontre d'un autre : l'Etat hébreu, membre de l'ONU. … Le droit international privilégie le recours au discours rationnel, qui attribue des droits et des responsabilités à tous les camps. Le comité Nobel fait en revanche de la politique, et c'est autre chose.»
Un soutien à l'ordre juridique international
NRC critique les nouvelles sanctions américaines contre la CPI après l'annonce du prix :
«[Les attaques de Trump] piétinent les compétences de la Cour pénale internationale et outrepassent le mandat d'un président américain. Ce qui est en jeu, ce sont les principes de la justice internationale elle-même : la conviction que les puissants doivent se conformer aux règles et que le droit, et non l'arbitraire, doit prévaloir dans le monde et être le critère de référence. … Le prix accordé [à Navi Pillay] est une confirmation pour toutes les institutions internationales qui forment l'édifice commun sur lequel repose l'ordre juridique mondial.»