Entrevue Witkoff-Poutine : une avancée pour l'Ukraine ?

Le président russe, Vladimir Poutine, a rencontré Steve Witkoff, négociateur en chef de Trump pour l'Ukraine, mercredi, à Saint-Pétersbourg. Selon Moscou, une reprise des discussions trilatérales Russie - Ukraine - Etats-Unis aurait été décidée. Witkoff avait auparavant rencontré les représentants de l'Europe et Volodymyr Zelensky à Oslo. Face à la ligne dure de Trump vis-à-vis de l'Ukraine, les médias s'interrogent sur les chances d'aboutir à un accord de paix.

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The Spectator (GB) /

Le Kremlin n'est pas disposé à négocier

Les rencontres futures ne devraient pas produire de résultats tangibles, assure The Spectator :

«Rien n'indique jusque-là que le président russe est véritablement prêt à conclure un accord ou à lâcher du lest au niveau de ses objectifs de guerre. … Confronté à la perspective d'un résultat catastrophique des républicains aux Midterms dans deux semaines, Trump a désespérément besoin d'un succès sur la question russe. Poutine le sait et en profite pour gagner du temps avant l'hiver, lors duquel il espère accomplir des progrès majeurs dans la mise au pas de l'Ukraine. Une fois de plus, c'est Zelensky qui est contraint de se montrer flexible et prévenant, dans l'espoir de préserver son pays d'un accord vicié entre un ennemi et un prétendu allié.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Un nouvel embrasement est possible

Le cap emprunté par Washington ces dernières semaines a des conséquences réelles, souligne Frankfurter Allgemeine Zeitung :

«Poutine et son entourage sont convaincus que dans la guerre contre l'Ukraine et dans leur lutte contre l'Occident, ils ont le bras plus long et ils sont en capacité de monter les Américains et les Européens les uns contre les autres. Tout ce que les dirigeants américains ont entrepris ces dernières semaines les conforte dans cette opinion. Et ne fait qu'éloigner un peu plus l'hypothèse d'un cessez-le-feu, voire d'une paix en Ukraine. Le Kremlin devrait plutôt se sentir encouragé à déclencher une nouvelle escalade. Selon le ministre des Affaires étrangères de Poutine, le 'rétablissement de la justice pour les Russes a lieu avant tout sur le champ de bataille'.»

Corriere della Sera (IT) /

Moscou joue la montre

Contrairement à Trump, Poutine ne veut pas précipiter les choses, assure Corriere della Sera :

«Depuis cinq ans maintenant, Vladimir Poutine semble appliquer le vieil adage russe 'doucement mais sûrement' à une guerre dont il pensait au départ qu'elle ne devait durer que deux semaines maximum. … Poutine continue d'attendre les évènements et les élections aux Etats-Unis et en Europe, récoltant ce qu'il peut sans faire la moindre concession. Il a l'occasion d'obtenir à Washington ce que le front lui refuse ; mais il sait aussi que cette fenêtre d'opportunité peut se refermer tout aussi vite, avec un post nocturne [sur les réseaux]. … Le président russe cherchera à savoir si la route qui s'étend devant Trump sera suffisamment longue.»

Dagens Nyheter (SE) /

Trump a toujours voulu la victoire de la Russie

La ligne prétendument nouvelle du président américain n'a en réalité jamais changé, fait valoir Dagens Nyheter :

«Certains observateurs y voient un revirement des Etats-Unis vis-à-vis de l'Ukraine, et il est logique que Zelensky se sente trahi. Mais ce développement n'a rien de nouveau. La seule différence, c'est que Trump ne cache plus ce qu'il a toujours voulu : que la Russie et son allié Vladimir Poutine remportent la guerre. … Le zèle de Trump à aider Poutine est particulièrement apprécié au Kremlin. La Russie est en difficulté, aussi bien sur le front que sur son propre territoire, où ses dépôts de carburant brûlent. Pour elle, avoir un allié à la Maison-Blanche est tout à fait bénéfique.»

Ilta-Sanomat (FI) /

Que se passe-t-il donc dans cette tête ?

La politique ukrainienne du président américain continuera d'accaparer les analystes pendant de longues années encore, estime Ilta-Sanomat :

«Derrière les déclarations délirantes de Trump sur l'Ukraine et la Russie, on entrevoit une intention claire. Il aimerait se voir attribuer le mérite de la paix. Mais peut-on vraiment croire qu'il serait en mesure de produire un tel résultat ? Peut-on encore se fier à la parole de Trump, notamment sur la question des garanties de sécurité à l'Ukraine, qui constituent un point crucial de la paix ? … Lorsque la guerre en Ukraine s'arrêtera un jour, et que Trump ne sera plus président, on écrira beaucoup de choses sur les évènements actuels. In fine, il s'agira surtout de savoir ce qu'il se passait dans la tête de Trump. Et ce ne sera pas une lecture agréable.»