Espagne : quand la droite s'allie à l'extrême droite
Le Partido Popular (PP, conservateur) et le parti d'extrême droite Vox se sont mis d'accord sur des listes de candidats communes pour les élections sénatoriales, qui auront lieu en même temps que les législatives. Vox a fait une croix sur ses candidats dans 14 circonscriptions, plaçant des candidats indépendants sur les listes du PP. En contrepartie, le PP ne se portera pas candidat dans trois circonscriptions. L'objectif est d'obtenir une majorité à droite au Sénat.
Pour le PP, Vox n'est plus radioactif
Pour La Vanguardia, un changement de paradigme s'est opéré au sein du parti conservateur :
«[Le président du PP] Alberto Núñez Feijóo a tiré des conclusions de ce qu'il s'était passé en 2023 [il avait rejeté une coalition avec Vox et était entré dans l'opposition]. … Ce refus de collaborer s'est transformé en coopération très active avec le parti de Santiago Abascal. … Trois ans plus tard, le PP n'hésite pas à s'allier avec Vox, passé du statut de rival à celui d'allié, malgré le coût politique engendré, ce qui est révélateur. … Ces derniers mois, les accords conclus entre les deux partis dans plusieurs communautés autonomes sont devenus la norme, et une collaboration au sein du gouvernement espagnol se profile. C'est le constat le plus flagrant à tirer de l'accord d'hier.»
La représentation régionale détournée de sa fonction
El Periódico de Catalunya ne voit pas d'un bon œil le principe des alliances électorales, que ce soit à droite ou gauche :
«Pour les membres du PP, retirer les candidats aux sénatoriales dans trois provinces revient à entraver l'un des principes fondateurs du parti : se présenter dans toute l'Espagne sous la même bannière, à l'exception de [la communauté autonome de] Navarre. Mais ils feront ce sacrifice pour remporter le Sénat. ... La 'bonne entente' entre Vox et le PP au Sénat entre en résonance avec l'accord conclu entre le PSOE et [l'alliance de gauche] Frente Amplio pour présenter une candidature commune au Sénat dans 46 provinces le 29 novembre prochain. … Après près de 50 ans de démocratie, il semble que les partis tirent aujourd'hui profit de cette chambre, qui avait pour objectif initial de représenter les régions et la diversité de l'Espagne.»
Deux blocs politiques opposés
El País constate une véritable mutation du système politique espagnol :
«L'accord est une réaction à l'alliance électorale formée par le PSOE [social-démocrate] et la coalition de gauche 'Frente Amplio'. … Il cherche à normaliser un tandem électoral d'une manière encore inédite en Europe. Mais Vox n'est pas un parti comme un autre, car il refuse de souscrire à des consensus constitutionnels élémentaires en matière de droits civiques et politiques, ou de politiques territoriales. … L'Espagne est entrée dans une ère qui voit s'affronter deux blocs distincts, et cela ne correspond pas à ce qu'envisageaient les pères de la Constitution.»