La Syrie, théâtre de l'affrontement israélo-iranien

Les spécialistes du Proche-Orient redoutent une escalade militaire entre Israël et l'Iran. L'Etat hébreu a indiqué avoir abattu un drone iranien qui survolait son territoire et attaqué des objectifs iraniens dans la Syrie voisine. Un avion de combat israélien a ensuite été abattu par la défense antiaérienne syrienne. Les journalistes évoquent les conséquences de cet affrontement pour la Russie et pour l'Europe.

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Neue Zürcher Zeitung (CH) / 13 février 2018

Avec ou contre Israël ? Le dilemme de Moscou

L'intervention militaire israélienne en Syrie est un casse-tête pour la Russie, analyse Neue Zürcher Zeitung :

«Israël a indiqué avoir attaqué des bases iraniennes permanentes en Syrie. Une initiative qui place la Russie dans l'impasse, elle qui s'était jusqu'à maintenant attachée à ménager l'Etat hébreu. Poutine lui avait notamment garanti qu'aucun soldat iranien ne serait stationné à proximité du plateau du Golan, à la frontière avec Israël. Or l'administration israélienne n'est visiblement pas convaincue que l'influence du Kremlin suffira à contenir les velléités iraniennes en Syrie. Une opération militaire israélienne majeure en Syrie contraindrait par ailleurs Moscou à des choix particulièrement difficiles : être avec ou contre Israël ? Avec ou contre l'Iran ? Avec ou contre Assad ?»

The Times (GB) / 12 février 2018

Recadrer l'Iran

The Times reproche à l'UE d'attiser l'agressivité de l'Iran avec sa politique conciliatrice :

«Israël ne cherche pas la surenchère, mais il se pourrait que ce soit le cas de l'Iran, et une erreur ou une erreur d'interprétation, d'un côté ou de l'autre, pourrait mettre le feu aux poudres et déclencher une guerre ouverte. ... La Grande-Bretagne ou l'UE pourraient contribuer à contenir l'agression iranienne, mais elles ont choisi de répondre par l'apaisement. Au lieu de sanctionner l'Iran et de soutenir Israël, elles moulinent des platitudes sur la retenue que les deux camps devraient observer, ce qui ne fait qu'enhardir Téhéran. Il leur importe plus de sauver un accord nucléaire voué à l'échec - mais qui fournit une couverture aux liens commerciaux amoraux qu'elles entretiennent avec Téhéran - que de sauver des vies innocentes. »

El Periódico de Catalunya (ES) / 13 février 2018

L'Europe doit appuyer Téhéran

De son côté, El Periódico de Catalunya appelle l'UE à soutenir coûte que coûte l'accord sur le nucléaire iranien :

«L'Europe peut favoriser la politique réformiste de Rohani en soutenant la réintégration du pays dans la communauté internationale. ... L'annulation de l'accord sur le nucléaire iranien serait une catastrophe pour un Proche-Orient marqué par le chaos de la guerre syrienne et la décision provocatrice de Donald Trump. ... Sans cet accord, l'Iran mais aussi l'Arabie saoudite pourraient développer leur propre arsenal atomique. La région la plus instable de la planète pourrait ainsi se retrouver du jour au lendemain avec trois Etats disposant d'armes nucléaires, car même s'il ne le reconnaît pas officiellement, l'Etat hébreu en possède aussi. ... L'Europe devrait être fière de ce qui constitue l'un des principaux succès de sa diplomatie et esquisser une stratégie qui convainque les Etats-Unis de la nécessité de respecter l'accord. Si Trump s'obstine, il faudra que l'Europe prenne ses responsabilités et impose ses intérêts face à un partenaire qui la traite comme si elle était une de ses colonies.»

Gândul (RO) / 11 février 2018

Assad table-t-il sur une guerre avec Israël ?

Avec les frappes israéliennes contres des objectifs en Syrie, les hostilités pourraient monter d'un cran, souligne Gândul :

«Ce n'est pas la première attaque israélienne en Syrie. Depuis six ans, il y a eu plus d'une centaine d'opérations de ce type, justifiées la plupart du temps par la nécessité d'attaquer des convois iraniens livrant des armes au Hezbollah libanais. L'armée d'Assad n'avait jamais réagi ; le gouvernement syrien s'était limité à envoyer des requêtes indignées aux organisations internationales. Cette riposte militaire pourrait être le signe néfaste qu'Assad et ses alliés (Iran, Hezbollah) ont choisi la guerre.»

La Repubblica (IT) / 12 février 2018

Trump jette de l'huile sur le feu

Federico Rampini, correspondant de La Repubblica aux Etats-Unis, fait part de ses inquiétudes et se demande jusqu'où Washington, principal allié d'Israël, est prêt à aller :

«La politique extérieure de Trump dans la région tourne autour de la certitude que l'Iran est l'ennemi numéro un et qu'il faut tout faire pour le mettre à terre. Sur ce point, la ligne de l'administration américaine concorde avec les convictions de Nétanyahou mais aussi avec la stratégie de l'Arabie saoudite. L'Amérique d'Obama avait cherché à apaiser les faucons israéliens et saoudiens. Celle de Trump pourrait-elle aller jusqu'à donner un blanc-seing à ceux qui désirent attaquer Téhéran, ou du moins les bases iraniennes en Syrie et au Liban ? Aaron David Miller, responsable du département Proche-Orient de l'institut de recherche Woodrow Wilson Center, a prévenu sur Twitter : Trump pousse à la guerre contre l'Iran.»

Der Standard (AT) / 12 février 2018

Israël ne veut pas de cette guerre

Une guerre entre Israël et les groupes affiliés à l'Iran en Syrie serait difficilement contrôlable, analyse Der Standard :

«Nombreux sont les Arabes anti-iraniens à souhaiter cette guerre : une raison de plus pour l'establishment sécuritaire israélien d'envisager la situation à tête reposée et de bien soupeser les conséquences, malgré les intérêts stratégiques communs avec les nouveaux amis arabes. Bilan : Israël ne veut pas de cette guerre. Au plus tard quand les missiles du Hezbollah pleuvront sur les villes israéliennes, il ne pourra que difficilement la 'contenir'. La perte d'un premier avion de combat depuis 1982, qui met en lumière la vulnérabilité d’Israël, renforcera encore cette position.»

Ria Nowosti (RU) / 11 février 2018

Moscou, intermédiaire incontournable

Ria Novosti appelle également Israël à la retenue :

«La meilleure option pour l'Etat hébreu consiste à prendre acte des réalités. Après la fin de la guerre civile, l'Iran restera présent en Syrie. La seule chose qu'Israël puisse faire, c'est de veiller à ce que le rôle de premier plan joué par Téhéran dans l'espace syrien ne se transforme pas en hégémonie. Pour y parvenir, il faudra négocier, en premier lieu avec Moscou. ... Après l'incident, Poutine s'est entretenu avec Nétanyahou. Le niveau de confiance relativement élevé entre les deux leaders n'en a donc pas pâti. S'il met à profit cette confiance, Israël pourra, avec le soutien et les garanties de Moscou, imposer certaines conditions dans la Syrie d'après-guerre et contribuer à limiter le nombre des infrastructures militaires iraniennes.»

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