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L'influence humaine sur le climat, de Mojib Latif

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Le climat est-il prévisible ?

Dans quelle mesure des système chaotiques comme le climat réagissent-ils à l'influence de l'homme? Peut-on en général évaluer cette dernière? Le mieux est de comparer cette influence avec celle d'un dé pipé. Le trucage, en l'occurrence, consiste dans l'augmentation des températures par dégagement de certains gaz climatiquement efficaces. De même qu'avec le dé pipé on sort plus de six, il y a plus de phénomènes climatiques extrêmes. Mais nous ne pouvons pas dire quand exactement le prochain six sortira, car la série des nombres reste aléatoire. De même pour les phénomènes climatiques extrêmes: nous pouvons établir une statistique et affirmer par exemple qu'ils vont se multiplier en raison du réchauffement planétaire, mais nous ne savons pas quand, précisément, ils vont se produire. Ce qui explique aussi pourquoi des prévisions climatologiques sur une assez longue durée sont possibles, bien qu'elles soient en principe limitées aux périodes brèves.

L'exemple du dé pipé montre aussi que l'observation d'un événement précis n'autorise pas à formuler quelque conclusion que ce soit sur les propriétés du dé: on avait déjà sorti des six avant trucage. Appliqué au temps, cela veut dire qu'une grave inondation ou une période de sécheresse continue observée n'impliquent pas nécessairement des changements statistiques.

De fait: les cent dernières années ont été le théâtre d'une multiplication des phénomènes climatiques extrêmes à la surface de la planète prévisible à partir des modèles. C'est précisément cette multiplication des phénomènes climatiques extrêmes que l'on peut attribuer au réchauffement planétaire. Mais toujours par analogie avec le dé pipé: il est fondamentalement impossible de ramener des phénomènes climatiques extrêmes comme l'inondation de l'Elbe en 2002 ou bien la sécheresse record de 2003 au réchauffement planétaire; tout aussi impossible que d'attribuer la sortie d'un six au trucage du dé. Ce sont les statistiques des faits, disons le nombre de phénomènes climatiques extrêmes sur une durée assez longue, qu'il faut prendre en compte, si nous voulons éclairer le rapport entre eux et le réchauffement.

Les conséquences en termes climatiques peuvent être évalués à l'aide de simulations par ordinateur. Des modèles planétaires ont été élaborés à cet effet avec présentation quantitative des effets réciproques entre processus physiques dans l'atmosphère, de même que sur les océans, la banquise et les étendues continentales. Un modèle développé au Max-Planck-Institut für Meteorologie a permis de simuler l'évolution du climat de 1860 à la fin du XXIe siècle. On a ce faisant tenu compte des principaux gaz à effet de serre et aérosols soufrés, y compris de leur influence sur la formation des nuages. Les concentrations et émissions de 1860 au temps présent, donc, sont décrites; et on suppose que les tendances observées aujourd'hui vont se poursuivre sans changement. La simulation calcule un réchauffement planétaire d'environ 0,8° Celsius depuis la fin du XXIe siècle, ce qui correspond aux observations effectuées. On aurait un réchauffement planétaire de quelque 0,9° Celsius pour l'écart des valeurs décennales entre les phases 2040-2049 et 1990-1999. Le réchauffement des continents est de 1,4° Celsius, donc deux fois plus important que celui des océans. D'ici 2010 le réchauffement planétaire s'élévera en valeurs globales jusqu'à 4° Celsius selon les simulations. Si l'on ajoute les 0,8° Celsius observés aujourd'hui, cela correspond à l'écart de température entre la dernière période glaciaire et aujourd'hui. Pour l'humanité une transformation planétaire unique par son rythme fulgurant et sans exemple pendant le dernier million d'années.

Le réchauffement planétaire a encore pour conséquence une augmentation de la vapeur d'eau dans l'atmosphère et un déplacement accru de la vapeur d'eau des océans vers les continents, donc un accroissement des précipitations sur les territoires continentaux. Avec des écarts régionaux cependant très considérables. On observe des précipitations plus importantes dans les hautes latitudes et dans certaines parties des Tropiques, alors que les zones subtropicales, à faible pluviosité, vont encore s'assécher. Les écarts entre climats humides et secs sur la planète s'accusant.

Un constat qui vaut aussi pour le climat de l'Europe. En tenant compte évidemment d'un écart considérable dans les précipitations entre les mois d'hiver et d'été. En Europe, les précipitations diminuent presque partout en été, alors qu'en hiver on peut prévoir un décalage Nord-Sud, avec une diminution au Sud à faible pluviosité et une augmentation au Centre comme au Nord à forte pluviosité. Cette augmentation correspond à une activité de tempêtes plus intenses durant l'hiver au-dessus de l'Atlantique-Nord-Est et à des vents d'Ouest plus forts qui transfèrent l'air humide de l'Atlantique. Ce qui frappe, c'est une multiplication des précipitations de forte intensité en hiver comme en été et donc une probabilité plus élevée d'inondations. Le nombre des journées de frimas va nettement diminuer alors que celui des journées de chaleur (au-dessus de 30° Celsius) va grimper fortement d'environ 30 unités. D'après les estimations les plus récentes à partir de modèles régionaux à forte résolution, il aura en Europe une probabilité dramatiquement élevée d'étés très secs et très chaux. Des étés de grande chaleur comme celui de 2003 se produiraient autour de 2070 tous les deux ans en valeur moyenne.

Malgré ce réchauffement nous n'allons pas connaître chez nous de cyclones tropicaux. La raison en est qu'une température d'au moins 26,5° Celsius est nécessaire à la formation d'ouragans ou de typhons. On ne peut s'attendre à semblables températures dans l'Atlantique-Nord.

 

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