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Magazine / Histoire / Narrating the Nation / Article | 06.05.2008
Le communisme dans les histoires nationales d'Europe de l'Est, de Attila Pók
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Hongrie : la République couronnée de succès
La période de la « République des conseils » entre le 21 mars et le premier août 1919 a joué un rôle clé dans les représentations communistes officielles et semi-officielles de l'Histoire hongroise du vingtième siècle. Après la chute de la dynastie des Habsbourg, le bref épisode qui a suivi une République démocratique, le pouvoir a été repris en Hongrie par une coalition communiste social-démocrate dominée par les communistes. Selon la lecture communiste des évènements, cela a été à l'origine du profond enracinement du communisme en Hongrie. Dans la mémoire collective hongroise, cet évènement était et est plutôt lié aux très fortes pertes territoriales qu'a subi le pays après la Première Guerre mondiale (environ deux tiers de l'ancien territoire).
Il est aujourd'hui admis que les puissances victorieuses n'ont sanctionné la Hongrie de morcellement que parce qu'elles craignaient l'expansion du communisme. Sans les communistes au pouvoir, elles auraient été beaucoup plus tolérantes et généreuses. Aucune source historique ne le confirme, mais le mythe de la terre perdue par les communistes survivait et réapparaissait avec une force particulière dans les années 1989/91. Beaucoup de fonctionnaires communistes en 1919 étaient d'origine juive. Ainsi, la rhétorique anticommuniste prenait une tournure antisémite. Dans les disputes politiques des premiers temps de l'ère post-communiste, les libéraux, souvent enfants d'anciens fonctionnaires communistes, étaient présentés comme les héritiers de ceux qui avaient « perdu la terre ». Au début de 1990, par exemple, un journal d'extrême droite écrivait que les antisémites de la vieille Hongrie n'avaient pas détesté les hommes d'affaires capitalistes, mais les intellectuels francs maçons marxistes, qui auraient vendu la Transylvanie et invité les communistes [1].
Selon un sondage représentatif, 60 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale [2], la société hongroise était divisée en trois grands groupes en fonction de l'appréciation des évènements qui ont eu lieu à l'époque. Environ un tiers de la population pensait que, de fait, les Soviétiques avaient libéré les Hongrois, un autre tiers parlait d'occupation et pour le troisième groupe, ni libération ni occupation n'étaient les termes appropriés. Les résultats de ce sondage confirment l'hypothèse émise par un jeune politologue hongrois, basée sur 30 études de cas : dans la structure des sociétés post-communistes, les disparités économiques ont progressivement perdu de l'importance, au profit des origines communes et des mentalités héritées.[3] Les mécanismes de la mémoire collective influencent davantage la structure des sociétés post-communistes que celles d'Europe occidentale. Dans le comportement électoral hongrois, l'Histoire joue un rôle important : dans le sondage en question, 43 pour cent des principaux partis de la coalition au pouvoir, les Socialistes, et jusqu'à 51 pour cent des membres minoritaires de la coalition, les Libéraux, sont favorables à la thèse de la libération par l'Armée rouge ; à l'inverse, 41 pour cent du parti conservateur de l'opposition Jeunes Démocrates (FIDESZ) sont favorables à celle de l'occupation.
La difficulté à traiter du passé communiste est visible dans le cadre de la discussion autour de la destinée de la couronne sacrée hongroise. La couronne, qui depuis le onzième siècle est un symbole de la souveraineté hongroise, a atterri à Fort Knox aux États-Unis vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Début 1978, malgré la protestation de la majorité des exilés politiques hongrois, les Américains ont rendu à l'État hongrois ce symbole infiniment précieux de l'identité nationale hongroise comme pour marquer la détente. C'est au parlement hongrois, un édifice construit entre la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième siècle, que la couronne a été remise par la délégation emmenée par le Secrétaire d'État américain Cyrus Vance aux représentants de l'État hongrois gouverné par les Communistes. Même si l'accord prévoyait que le premier secrétaire du Parti communiste hongrois, János Kádár, serait absent des festivités, ce geste signifiait une reconnaissance de la part des américains de la légitimité du pouvoir communiste en Hongrie.
La couronne a été conservée avec d'autres insignes royaux au Musée national hongrois jusqu'à la fin de 1999. L'année 2000 a été très importante pour la politisation de cette tradition. Cette année là, on fêtait le millénaire de l'adoption du Christianisme et de la création de l'État hongrois ; la fête nationale a ainsi pu être associée au grand jubilée chrétien. La coalition conservatrice au pouvoir disposait de très importantes ressources organisationnelles et financières pour les festivités du premier janvier 2000 au vingt août 2001, dans lesquelles le rôle principal a été donné à la Couronne Sacrée. Comme prélude aux festivités devant célébrer l'existence millénaire de l'État, le gouvernement chrétien nationaliste a fait déplacer en grande pompe la couronne dans l'édifice du parlement. Ce geste a été très critiqué par l'opposition des socialistes libéraux, car selon eux, la légitimité de l'État hongrois d'aujourd'hui trouvait ses racines non pas dans la couronne attribuée par le Pape, mais dans la souveraineté populaire symbolisée par la Constitution.
[1] Cf. Szent Korona du 21.2.1990, P. 6f, cité après László Karsai, Kirekesztök , Budapest 1992, P. 150 et suiv.
[2] Cf. Népszabadság du 2.4.2005, P. 5.
[3] Cf. Richárd László, Posztkommunista társadalom és kollektív emlékezet (Société post-communiste et mémoire collective), in: Valóság, 42 (1999) 2, P 1 - 18.
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