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Magazine / Société / Roumanie et Bulgarie / Article | 12.02.2007

La Roumanie et la Bulgarie avant l'adhésion à l'UE, de Olaf Leiße

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Défis politiques

La Commission européenne atteste aux deux pays une démocratie qui fonctionne et le respect des principes de l'État de droit. La Roumanie a fait de gros progrès en matière de liberté des médias, de restitution de la propriété, de protection des minorités et des enfants. De même que la situation dans les orphelinats dont les images terrifiantes avaient frappé les opinions publiques, en Europe, après la chute du régime de Ceaucescu, a été nettement améliorée. La réforme fait encore nécessité dans la lutte contre le trafic d'êtres humains (la Roumanie est considérée comme pays de transit) et l'endiguement des violences policières, en particulier à l'endroit de la minorité Rom. Une évaluation partagée par des rapports d'Amnesty International.[1] La question du travail des enfants restant problématique : en gros 5% selon les statistiques officielles du ministère du Travail. Mais le plus grand défi consiste dans la garantie d'indépendance de l'appareil judiciaire. Le changement des mentalités, après des décennies de contrôle absolu de la politique sur la justice, demeure particulièrement ardu. Le ministre de la Justice, Monica Macovei, qui travaillait avant d'entrer en fonctions comme avocate dans le domaine des droits de l'homme, œuvre à un nouveau départ en procédant à un remplacement assez radical du personnel, ce qui lui vaut une approbation expresse de l'UE.

Les défis auxquels est confrontée la Bulgarie sont comparables. L'UE salue bien les efforts accomplis en matière de modification des normes depuis que la réforme de la justice a été initiée en 2002, mais fait porter sa critique sur la force d'inertie du système judiciaire en général. Malgré toutes les réformes, la justice laisserait à désirer du point de vue de la rapidité d'exécution, de la spécialisation et de la professionnalisation. En Bulgarie aussi il faut améliorer le contact avec les minorités, la lutte contre le trafic des êtres humains, la situation en garde à vue et dans les prisons.

Problème majeur dans les deux pays, une corruption endémique. Pauvreté omniprésente qui touche jusqu'à un tiers de la population, prévarications de la bureaucratie en rapport avec des domaines de compétence mal circonscrits et des attributions parallèles, salaires trop bas dans l'administration, déficit de culture politique qui se traduit dans une mentalité d'accaparement chez les élites politiques et économiques, autant de facteurs qui ont conféré des dimensions gigantesques à la corruption, en Roumanie comme en Bulgarie. Cette mentalité du « bakchich » a pénétré tous les secteurs de la vie publique et elle ignore les barrières sociales. 80% des Roumains ont avoué lors d'un sondage avoir déjà graissé la patte.[2] La Commission veut surtout veiller à ce que les fonds de l'UE ne disparaissent pas, dans le cadre de l'adhésion, par le biais de la corruption et des détournements.

Dès octobre 2001 le gouvernement roumain a mis en place un Plan national et un Programme national de prévention de la corruption. Il s'agissait chaque fois de préciser la situation législative et d'élaborer des stratégies de lutte contre la corruption. D'abord le Parquet général anti-corruption (NAPO), puis à partir de 2002 l'Office national de lutte contre la corruption. La démission, en octobre 2003, de trois ministres accusés de corruption a fait des remous. Le NAPO a annoncé qu'il poursuivrait les contrôles sur l'armée et qu'il continuerait à lutter avec une énergie redoublée contre les irrégularités au sein de l'appareil judiciaire. Le nouveau gouvernement de fin 2004 a frappé l'opinion en remplaçant les fonctionnaires. La nouvelle Direction générale anti-corruption (DGA), créée fin octobre 2005 au ministère à l'Administration et à l'Intérieur, travaille en particulier dans le secteur public. L'opinion attend cependant toujours que des affaires spectaculaires soient élucidées.

De même en Bulgarie où ce sont moins les stratégies et les programmes d'action qui font défaut que la poursuite inexistante quand il s'agit de cas haut placés. Depuis octobre 2001 il y a cependant une stratégie nationale anti-corruption, complétée en février 2005 par le conseil des ministres avec des mesures anti-corruption au plus haut niveau. Au niveau moyen, les programmes de prévention et de formation à la lutte anti-corruption sont des mesures judicieuses. En particulier dans le bâtiment, à la douane, dans la santé et à la police où de telles mesures pourraient prendre. L'intégrité des fonctionnaires devrait faire l'objet d'un contrôle régulier. Objectifs les plus urgents de l'UE : la lutte contre la « grande » et la « petite » corruption ; celle qui vise le phénomène des bandes qui s'enrichissent avec le trafic d'êtres humains, les « contrats » et la contrebande dans de multiples domaines.

Sur l'index de perception élaboré par Transparency International en 2005 à partir de 158 pays de la planète, la Bulgarie figure en 55ème position, à égalité avec la Colombie. La Roumanie était ex æquo au 85ème rang avec la République dominicaine et la Mongolie.[3] La Roumanie arrivant donc en tête des positions négatives parmi les États d'Europe centrale et orientale. Les combines de la classe politique n'échappent pas à la population : fin 2002 43% croyaient que la corruption avait augmenté les années qui précédaient contre seulement 11% d'un avis qu'elle avait baissé ; 36% pensant qu'elle était restée au même niveau. Les trois quarts des sondés allaient jusqu'à avancer qu'il y avait même eu hausse de la corruption par rapport aux quatre dernières années de Ceausescu.[4]

[1] Cf. Amnesty International, Bericht EUR 02/001/2005, du 1er octobre 2005, www.amnesty.org

[2] Cf. Allgemeine Deutsche Zeitung (Bucarest) du 29 avril 2005.

[3] Cf. Transparency International, Corruption Perceptions Index 2005, www.transparency.org

[4] Cf. Allgemeine Zeitung du 19 novembre 2002.

 

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