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Magazine / Politique / Les lois anti-terroriste / Article | 27.07.2007
La connexion en réseau, nouveau mythe pour la sécurité intérieure, de Peter Stegmaier, Thomas Feltes
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Crise de la sécurité et de l'information
Derrière la tendance à la réticularisation, il y a l'hypothèse que les services de sécurité, tels qu'ils se présentent dans leur structure traditionnelle, ne fournissent plus un contrepoids adéquat et efficace à l'organisation réticulaire du crime mondialisé : associations et cartels du terrorisme international, criminalité organisée (par exemple les « réseaux de criminels en branche organisée », les « réseaux de criminalité économique organisée »,[1] ou encore sous forme évidemment moins dramatique le monde des bandes de voyous. Même si subsiste tout à fait la possibilité embryonnaire de rechercher les causes du terrorisme international au niveau local .
[2]
À l'« ère de l'incertitude » (John Kenneth Galbraith) et au sein de la « société de risque planétaire » (Ulrich Beck), le champ de la « sécurité intérieure » s'étend toujours plus au-delà de ses limites.[3] Il n'y a plus de marge clairement évaluable de suspicion, de prévention, d'intervention, de répression, de risque et de danger. Sur ce terrain, les fondements du savoir sont subordonnés à des processus multiples de définition, d'exploration et de négociation.[4] Le partage du savoir et de l'ignorance – par exemple en ce qui concerne l'état des lieux, les décisions et les solutions aux problèmes – fait dans la même mesure l'objet d'âpres discussions que les conséquences politiques et pratiques afférentes, tout comme précédemment les causes. Des attentats que personne ne pouvait anticiper, perpétrés par des groupes ou des individus (comme les poseurs de « valises piégées ») que personne ne connaissait auparavant, sont autant de facteurs qu'on ne peut interpréter comme des risques (calculables, sur lesquels on peut trancher), mais en tant que dangers ( par définition impossibles à apprécier).
Dans une pareille situation le mythe du contrôle par l'État-nation centralisé de la modernité vole également en éclats du point de vue de la « sécurité intérieure ». Les institutions censées garantir la sécurité étant en même temps réorganisées à partir de « nouveaux modèles de commande » - promesse d'efficience et d'efficacité toujours accrue sous réserve d'une capacité au moins limitée à piloter les processus sociaux. Il y a une contradiction quotidienne frappante entre l'ignorance et l'absence de prévisions, d'une part, la volonté de commande et le besoin d'organisation d'autre part. Ce qui ne signifie pas pour autant une paralysie de l'État ; celui-ci dispose de réserves institutionnelles non négligeables d'adaptation, il a toujours la possibilité d'exploiter des instruments de pilotage nouveaux et celle de mobiliser des coopérations obligées.
Il n'empêche, outre ce diagnostic, qu'il est toujours plus difficile d'obtenir des informations sur des rapports sociaux de plus en plus complexes et qu'il y a de moins en moins de possibilités d'avoir à disposition un savoir assuré. D'où le développement des situations opaques, indécidables ou difficilement décidables – tant dans le domaine de la science que celui de la politique. Une crise du savoir dont les politiques intérieure et sécuritaire ne sont pas exemptes. Voilà pourquoi le président du Bundesnachrichtendienst renvoie « aux potentiels de menace actuels et en perspective [...] avec une complexité et une multiplicité énormément accrues » les caractérisant et que l'on ne pourra maîtriser selon lui sauf à satisfaire « les nouveaux besoins d'information » et à améliorer les coopérations nationale et internationale par le biais de méthodes de travail « intégrées et interdisciplinaires ». Ce qui ferait nécessité, c'est une « pensée politique sécuritaire mondiale ».[5]
On peut donc établir un rapport réciproque entre le problème et l'approche, ou en d'autres termes l'organisation du savoir et celle des acteurs de la sécurité. Pour reprendre les catégories classiques – public vs. privé, sécurité intérieure vs. extérieure, criminalité organisée vs. terrorisme, commande politique vs. contrôle limité voire inexistant sur le flux des événements, événement spectaculaire politique vs. sportif, etc. – des phénomènes (désormais) insaisissables exigent aussi bien des stratégies du savoir nouvelles que d'autres stratégies dans l'organisation de l'action. Voilà pour les deux faces de la complexité des tâches en matière de sécurité.
Sur le terrain de la « sécurité intérieure », les fondements du savoir sont subordonnés à des processus multiples de définition et de négociation. Le partage du savoir et de l'ignorance – par exemple en ce qui concerne l'état policier des lieux, les décisions et les solutions aux problèmes – fait autant l'objet d'âpres discussions que les conséquences politiques et pratiques qui vont de pair, tout comme précédemment les causes.[6]
Ce ne sont pas seulement les conditions et les formes d'expression de la « sécurité » avec la charge sémantique prêtée au concept qui se modifient, mais les divisions du travail, les catégories de la perception et les méthodes d'élaboration et de maintien de la sécurité. On tiendra compte ici de trois dimensions du contenu : premièrement le besoin élémentaire d'assurance et de sûreté quant au comportement à venir de l'étranger ; deuxièmement l'exigence d'un ensemble suffisant de comportements à peu près satisfaisants à disposition sociale ; troisièmement la confiance dans le sens et les objectifs des procédures sociales d'habilitation, de contrôle et de stabilisation des modèles appliqués.[7] L'avenir nous dira dans quelle mesure les différentes institutions sécuritaires concrétisent, complètent ou bien réduisent ces dimensions au sein de leur coopération.
Wolfgang Bonss recommande depuis longtemps un changement de perspective tant au plan de la recherche que sur celui de la politique sécuritaire : dès lors qu'on ne peut plus soutenir les conceptions d'une sécurité arithmétique et absolument rationnelle, il n'est plus possible d'avancer comme prémisse le fait que les idéaux de rationalité absolue et de parfaite sécurité n'auraient pas encore été réalisés pour des raisons de temps, de finances ou autres ; mieux vaut fonder l'action sur une impossibilité de principe à les réaliser. Ce qui compterait, c'est d'examiner comment on produit réellement de la sécurité (attendue) au-delà des idéaux de rationalité et d'information, en particulier d'isoler les stratégies de réduction et autres procédures qui portent outre ces idéaux absolus.[8]
La sécurité en temps de crise de la sécurité et de savoir assuré se présente comme une tâche à résoudre de façon croissante par l'imagination créatrice des individus et en même temps plus que jamais dans la division du travail ; comme une tâche où il faut tenir sans garanties absolument fiables sur le parcours. Phénomène paradoxal en pareille situation, aussi bien certaines institutions que des membres isolés de la société doivent dans une mesure croissante s'en remettre à eux-mêmes. Mais il leur faut en même temps sortir de leur autonomie (à l'inverse gagnée par le biais d'une assurance réduite), coopérer avec d'autres dans la flexibilité et se transformer ce faisant de façon permanente.
[1] Cf. 2. Periodischer Sicherheitsbericht (résumé), ministère fédéral de l'Intérieur, Berlin, 2006, p.69.
[2] Cf. Thomas Feltes, « Kommunale Kriminalprävention gegen weltweiten Terrorismus ? », in Thomas Feltes, Christian Pfeiffer, Kriminalpolitik und ihre wissenschaftlichen Grundlagen, Heidelberg, 2006, p. 825-839.
[3] Cf. John Kenneth Galbraith, The Age of Uncertainty, Boston, 1977 ; Ulrich Beck, Risikogesellschaft, Francfort-sur-le-Main, 1986 ; id., « Weltrisikogesellschaft », Internationale Politik, 1995, 8, p.13-20.
[4] Cf. les contributions in Ronald Hitzler, Helge Peters (éd.), Inszenierung : Innere Sicherheit, Opladen, 1998.
[5] Cf. August Hanning, « Neue Herausforderungen für den Bundesnachrichtendienst », contribution à la conférence Nachrichtendienste und Sicherheitsbehörden im Zeitalter der Globalisierung, fondation Friedrich-Ebert, 21-22 mai 2001.
[6] Cf. entre autres Klaus P. Japp, « Zur Beobachtung von Nichtwissen », Soziale Systeme, 2, 1997, p. 289-312 ; Peter Wehling, « Jenseits des Wissens ? », Zeitschrift für Soziologie, 30, 2001, 6, p. 465-484.
[7] Cf. Udo Zelinka, « Sicherheit – ein Grundbedürfnis des Menschen ? », in Ekkehard Lippert, Andreas Prüfert, Günther Wachtler (éd.), Sicherheit in der unsicheren Gesellschaft, Opladen, 1997, p.43-45.
[8] Cf. Wolfgang Bonss, « Die gesellschaftliche Konstruktion von Sicherheit », in E. Lippert et alii (note 26), p. 21-23.
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