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Magazine / Politique / L'UE et l'OTAN / Article | 08.11.2007

Alliance de défense en évolution – l'OTAN, de Bernard von Plate

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Evolution dans l'autocompréhension

D'une part, les membres de l'Alliance soulignent qu'ils ne veulent pas remplacer la fonction centrale de l'Otan, donc la défense de ses membres, par une nouvelle alliance de sécurité nationale. De ce point de vue, l'Otan ressemble à une compagnie d'assurance. Elle prend des dispositions en cas d'attaque, ce qui est certes improbable vues les conditions, sans toutefois pouvoir être exclu – un aspect auquel surtout les nouveaux membres venus d'Europe centrale et de l'Est accordent beaucoup d'importance.

D'autre part, l'Otan ne s'appréhende pas du tout soi-même comme ne devant conserver que ce qui est ancien. A la fin du conflit Est-Ouest, l'Otan a dû faire face à de nouveaux défis. Pendant presque cinquante ans, des guerres virulentes avaient pu être évitées dans et entre des Etats européens, et voilà que maintenant – comme en Yougoslavie – elles étaient redevenues une amère réalité. Il ne s'agissait plus ici de victoire ou de défaite entre deux grands blocs mais, comme dans les Balkans, de cohabitation entre personnes de religion et d'origine ethnique différentes.

Des mesures nécessaires au maintien de la paix

Ce qui aurait été inconcevable dans les conditions du conflit Est-Ouest est pratiqué à des fins très diversifiées depuis l'achèvement de ce même conflit : l'Otan dans des interventions nécessaires au maintien de la paix dans des Etats et des régions d'Europe et en dehors. Dans les années 1990, l'Otan a surveillé l'interdiction de survoler la Yougoslavie avec un mandat des Nations Unies. En Bosnie-Herzégovine, elle a assuré jusqu'à fin 2004 la cohabitation pacifique des différentes ethnies et a été remplacée par un commando européen à l'exception d'un petit contingent.

Au Kosovo, l'Otan remplit toujours cette tâche (« Kosovo Force »). Toutefois, en mars 2004, elle a subi ici un grave échec en ne pouvant pas empêcher des conflits entre la majorité albanaise de la province et la minorité serbe. Lors des conflits violents en Macédoine durant l'été 2001, le gouvernement de Skopje tout comme les rebelles albanais de l'UÇK (« Armée de libération du Kosovo ») ont demandé expressément à l'Otan d'intervenir dans la surveillance du conflit entre la population majoritaire slave de Macédoine et la minorité albanaise.

C'est aussi sur un mandat des Nations Unies que repose une intervention de l'Otan qui a lieu aussi bien hors des limites de l'Alliance qu'hors des frontières européennes. Depuis 2003, elle conduit une mission en Afghanistan dans le but de protéger le gouvernement de Kaboul contre les forces du régime taliban renversé et d'aider à la reconstruction civile du pays avec de petites unités (Provincial Reconstruction Teams). L'Allemagne dispose ici du plus gros contingent de troupes avec 2 470 soldats. Le gouvernement nord-américain presse l'Otan de s'engager plus fortement en Irak dans la formation de soldats et de policiers. Le gouvernement allemand a certes donné foncièrement son accord à une aide de formation pour l'Irak mais ne le fait pas sur le sol irakien.

La guerre des Balkans

Au printemps 1999, l'Otan a fait la guerre pour la première fois de son histoire – en bombardant la Yougoslavie. Une intervention déclenchée par les horreurs commises contre la population albanaise dans la province serbe du Kosovo. A cela est venu s'ajouter côté allemand le problème d'endiguer les flux de réfugiés tentant de fuir les persécutions au Kosovo. La guerre s'est achevée certes au bout de deux mois avec la défaite du régime dictatorial de Belgrade, mais a laissé des traces considérables de destruction en Yougoslavie.

L'intervention de l'Otan a provoqué de violentes controverses chez beaucoup de personnes des Etats de l'Alliance et notamment aussi dans des pays qui, comme la Russie, ne font pas partie de l'Otan et la considère comme un instrument de domination du plus grand des membres de l'Alliance, les Etats-Unis. L'Otan avait-elle le droit d'engager une guerre qui ne servait pas à défendre l'un de ses membres contre une attaque armée ?

Intervention sans mandat UN

Les statuts UN stipulent que chaque Etat a le droit de se défendre seul contre une attaque ou au sein d'une Alliance avec d'autres. Mais que faire lorsque, comme en Macédoine ou dans la province yougoslave du Kosovo, une partie de la population se bat contre l'autre et qu'il ne s'agit donc pas d'une agression extérieure ? Du point de vue du droit des peuples, qu'un Etat demande expressément l'aide de l'Otan n'est pas un problème. C'était le cas en Macédoine, mais pas dans la guerre contre la Yougoslavie en réponse aux exactions commises au Kosovo.

Si donc l'Otan veut quand même régler un conflit par la force comme dans le cas de la Yougoslavie, il lui faut pour cela une légitimation particulière. Celle-ci ne peut être octroyée que par le Conseil de sécurité, le comité de décision central des Nations Unies. Y sont représentés en dehors des Etats-Unis, de l'Angleterre et de la France, également la Russie et la République populaire de Chine comme membres permanents. Chacun de ces cinq Etats a un droit de veto pour empêcher la décision en faveur d'une intervention par la force. Dans le cas du Kosovo, la Russie a fait usage de ce droit. L'Otan est passée outre.

Discussion autour d'une marge d'action plus grande

Le conflit balkanique a embrasé une discussion explosive. Il s'agit ici sur le fond de savoir si la guerre contre la Yougoslavie sans l'autorisation des Nations Unies fait figure d'exception ou de précédent et si à l'avenir, l'Otan risque d'intervenir même s'il ne s'agit pas de la défense d'un de ses membres. Les critiques de l'Otan qui considèrent l'Alliance comme une relique de la guerre froide se voient confirmés dans leur soupçon qu'elle est en passe de devenir un instrument d'intervention internationale sous la conduite des Etats-Unis. Notamment pour la Russie, le non respect de son droit de veto au sein du Conseil de sécurité a été une expérience amère qui a souligné une fois de plus sa perte de signification en tant que puissance politique depuis le début des années 1990. En contrepartie, d'autres revendiquent une plus grande liberté d'action pour l'Otan.
La guerre contre le régime taliban en Afghanistan n'est pas une aide de décision. Elle a joui du soutien de l'Otan parce que les attentats terroristes de New York et Washington ont été ressentis comme une agression envers les Etats-Unis, un membre de l'Alliance et – selon la décision du Conseil de sécurité UN un jour après les attentats – parce que le droit d'autodéfense individuelle ou collective avait été reconnu aux Etats-Unis.
Dans le concept stratégique de l'Otan sur lequel se sont mis d'accord les membres de l'Alliance en avril 1999 à l'occasion du cinquantième anniversaire de la signature du traité de Washington, deux passages notamment – même si ce n'est pas tout à fait clair – expriment l'évolution dans l'autocompréhension. Il y est dit que le « but permanent de l'Otan » est de garantir la liberté et la sécurité de tous ses membres. « La réalisation de ce but peut être mise en danger par des crises et conflits qui touchent la sécurité de l'espace euro-atlantique. L'Alliance garantit donc non seulement la défense de ses membres mais contribue aussi à la paix et à la stabilité dans cette région. »

En outre, on évoque la possibilité de procéder à des « interventions en réaction à des crises », si elles ne sont pas soumises « à l'Article 5 » (défense des membres de l'Alliance). La constatation que le Conseil de sécurité des Nations Unies porte la « responsabilité primaire » du maintien de la paix dans le monde et de la sécurité internationale n'exclut pas en tout cas une intervention militaire non sanctionnée par l'UN selon le Concept Stratégique de 1999.

 

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