La France réagit aux attaques terroristes

Après les attaques terroristes de Paris, l'enquête bat son plein. L'armée de l'air française a bombardé par ailleurs des positions du groupe terroriste Daech en Syrie, où les attentats auraient été planifiés, selon les informations du gouvernement français. Il faut répondre par plus de surveillance et une intervention militaire plus marquée, affirment certains commentateurs. D'autres craignent qu'il ne soit impossible de remporter la guerre contre l'idéologie fondamentaliste.

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The Irish Times (IE) /

Le renforcement de la surveillance décuple le terrorisme

Le renforcement de la surveillance de l'Etat dans les sociétés occidentales ne fera qu'aider les terroristes islamistes à recruter des jeunes, prévient le quotidien de centre-gauche The Irish Times : "La Grande-Bretagne et la France sont actuellement en plein débat pour accroître la surveillance en ligne. Elles cherchent indubitablement à accorder de nouveaux pouvoirs à la police. Il pourrait être difficile de s'opposer politiquement aujourd'hui à l'adoption d'un tel arsenal de mesures et de nouveaux outils. Or celui-ci sera une aubaine pour les cadres de Daech qui cherchent à recruter parmi les jeunes migrants fortement marginalisés des banlieues de Paris. … Ces attaques risquent également de renforcer considérablement l'extrême droite, notamment le Front National. Il faut que les partis traditionnels résistent à la tentation de reproduire les slogans simplistes de l'extrême droite."

On ne peut gagner une guerre contre une idéologie

La lutte antiterroriste est une guerre que l'on ne peut pas gagner car l'ennemi est une idéologie, analyse le portail d'information 444.hu : "Depuis au moins 14 ans, depuis les attentats terroristes du 11 septembre à New York, le monde occidental est en guerre contre l'islam radical. On a assisté vendredi soir à Paris à la dernière bataille en date de cette guerre, qui a commencé dans les monts afghans pour se poursuivre dans le désert syrien et gagner les banlieues françaises, avec une intensité variable. C'est une guerre que l'Occident ne saurait remporter, l'ennemi étant en effet non pas une armée que l'on puisse vaincre sur le champ de bataille, tuer ou faire prisonnier, mais une idéologie. On ne peut jamais gagner complètement une guerre contre une idéologie. Le meilleur exemple que nous fournit l'histoire est le dernier combat idéologique mené par l'Occident : la guerre froide. Une fumée continue de s'élever au dessus des ruines de la guerre froide ; c'est en Ukraine orientale qu'on le voit le plus clairement."

15min (LT) /

Seule la guerre permettra de triompher du terrorisme

Après les attaques terroristes de Paris, la communauté internationale doit enfin hausser le ton contre Daech, préconise Paulius Gritėnas, journaliste du portail 15min : "C'est regrettable, mais [après les attaques contre Charlie Hebdo] la France et le monde avaient manifestement besoin d'un autre avertissement macabre pour se réunir et décider de ne pas confier seulement à l'armée irakienne désorientée ou aux groupes syriens épars la lutte contre Daech. … J'espère vraiment qu'ils mèneront enfin la guerre. Les islamistes radicaux l'ont mérité. Ils méritent de connaître le même sort que celui qu'ils infligent à leurs victimes. … Non Mesdames et Messieurs, un accord comme celui de Minsk ou des négociations polies ne seront d'aucun secours ici. L'islam radical pose un défi après l'autre à la planète, et si vous voulez connaître ma réponse, elle est simple : la guerre, seulement la guerre."

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Renforcer la police, les services secrets et l'armée

Une intensification de la surveillance et de l'engagement militaire au Proche-Orient : telle est la réponse à apporter au terrorisme islamiste, écrit le quotidien libéral-conservateur Neue Zürcher Zeitung : "La France, qui dispose déjà d'une des législations aux compétences les plus étendues en matière de lutte antiterroriste, renforcera encore ses services de renseignements et de police. Mais à elle seule, cette mesure ne suffira pas. Etant donné que les attentats perpétrés en Europe sont le fait de réseaux internationaux, certains Etats, notamment l'Allemagne et la Suisse, méfiants envers leurs services de sécurité et ne leur accordant que du bout des lèvres de nouvelles compétences, vont eux aussi devoir redoubler d'efforts. De plus, l'Europe devrait mener la lutte contre les commanditaires du terrorisme dans leur pays même et s'engager militairement au Proche-Orient avec une grande fermeté pour anéantir Daech. A l'ère du djihad mondial, c'est l'étroite collaboration entre la police, les services de renseignements et l'armée qui fournira les meilleurs résultats. C'est ainsi que les Etat-Unis ont démantelé Al-Qaida."

Jutarnji list (HR) /

Le style de vie parisien était la cible

Les auteurs des attentats terroristes avaient la volonté de frapper la ville de Paris dans son esprit, pense le quotidien libéral Jutarnji list : "Paris incarne un monde et un style de vie que craignent tous ces fanatiques qui veulent que la société se soumette à leur loi, qu'il n'y ait que la vérité et la religion qu'ils tolèrent, celle qu'ils s'arrogent le droit d'interpréter et de juger légitime. Ils ont conscience que dans ce monde, personne n'embrassera leurs préceptes religieux, ce qui les rend furieux ; aussi furieux que quand ils voient des femmes qui s'habillent comme cela leur plaît, des filles qui vont à l'école et des couples qui se tiennent par la main et s'embrassent. C'est ce qu'écrivait Salman Rushdie il y a dix ans. C'est pourquoi ces fanatiques continueront de sévir, pour essayer de détruire ce monde - nous devons prendre conscience du danger pour le déjouer."

Libération (FR) /

Rejeter la tolérance serait faire offense aux victimes

Après les attentats, il faut défendre à tout prix la culture de la tolérance, préconise le quotidien de centre-gauche Libération : "[C]'est bien une culture, un mode de vie, décadent selon les islamistes, c'est-à-dire libre, que les tueurs ont voulu terroriser. Paradoxe de ces meurtres : comme à Charlie Hebdo, on a voulu atteindre des Français tolérants. C'est bien la tolérance qu'on vise autant que la France. Dans ces conditions, l'erreur cardinale serait de devenir intolérant soi-même. Autant personne ne comprendrait qu'une telle agression, ourdie par Daech, reste impunie, autant une rhétorique guerrière traditionnelle, alors que cette guerre échappe aux définitions classiques, est décalée par rapport à la réalité du conflit. Le discours de la fermeture, de plus en plus bruyant, ne rendra pas justice à des victimes qui vivaient quotidiennement dans des valeurs d'ouverture."

Corriere della Sera (IT) /

On aurait tort de sous-estimer le rôle de l'islam

Terrorisme et islam sont indissociables, écrit le quotidien libéral-conservateur Corriere della Sera : "Nous devons regarder les choses telles qu'elles sont : le terrorisme n'est pas étranger à la religion, bien au contraire. Premièrement parce que les terroristes sont de fervents islamistes animés par des motivations religieuses, mais aussi pour une autre raison importante : ce qui bride les mains à l'islam modéré et qui l'empêche de se faire entendre et de condamner des actes sanglants, c'est précisément ces attaches fortes que crée la communauté religieuse. … C'est précisément ces chaînes qui, dans l'opinion publique islamique, sans être une approbation tacite, rendent toutefois impossible de prendre ses distances et de prendre véritablement parti contre le terrorisme. … Mais si l'existence de ce vaste substrat culturel, formé et cimenté par le rôle si important accordé à la religion dans l'identité, est décisive pour l'existence du terrorisme, n'est-ce pas précisément à ce niveau que l'Occident devrait agir ?"

Yeni Şafak (TR) /

La stratégie de l'Occident contre Daech était erronée

Les puissances occidentales sont elles-mêmes responsables du renforcement du groupe terroriste Daech au Proche-Orient, estime le quotidien islamo-conservateur proche du gouvernement Yeni Şafak : "Elles ont crée les conditions qui ont permis la naissance de Daech ; elles ont regardé passivement Daech gagner un pouvoir énorme en Irak et en Syrie, tout en empêchant de mener un combat efficace contre l'organisation. La Turquie avait prévenu qu'on ne pourrait arrêter Daech par des frappes aériennes, mais personne ne l'a écoutée. Et quand on dit aux pays occidentaux que seule une intervention au sol est susceptible de stopper l'organisation terroriste, ils se montrent réticents. Ils refusent de décréter une zone de sécurité et d'interdiction aérienne en Syrie. Comme si le régime d'Assad ne suffisait pas, ils ont décidé d'impliquer l'Iran et même d'inviter la Russie. Tout cela pour verser des larmes de crocodile après les attentats de Paris. … Si l'on ne reconstruit pas l'Etat irakien, et si l'on ne fonde pas un Etat plus fort et plus libre sans Assad en Syrie, les attentats de Paris se produiront demain dans une autre capitale."