Semoncée par Bruxelles, Varsovie riposte

Suite à la décision de la Commission européenne d'ouvrir une procédure contre Varsovie, la Première ministre du pays, Beata Szydło, s'est attachée à défendre la politique de son gouvernement national-conservateur, en défendant la souveraineté des décisions polonaises. Les commentateurs espèrent que Varsovie et Bruxelles sauront régler ce litige, mais critiquent aussi le fait que l'UE se montre bien plus clémente avec la Pologne et la Hongrie qu'avec le candidat serbe.

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Novi list (HR) /

L'Europe a besoin de la Pologne

Le quotidien de centre-gauche Novi List explique l'enjeu que représente la Pologne en Europe : "L'Europe ne peut se permettre de perdre la Pologne et d'assister sans rien faire à la contagion de Varsovie par le virus antidémocratique venu de Budapest, car la Pologne n'est pas la Hongrie. Avec plus de 40 millions d'habitants, la Pologne est le pays le plus grand et le plus prospère parmi les nouveaux membres de l'UE ; un pays qui, par sa politique européenne constructive, joue un rôle de leader au sein de la jeune Europe. Depuis deux décennies, dans le cadre du 'triangle de Weimar', la Pologne, l'Allemagne et la France discutent des décisions européennes. La Pologne est l'Etat le plus significatif du monde postcommuniste, et un pays trop important pour être abandonné aux griffes des ultranationalistes, aux yeux desquels Bruxelles et l'Europe n'ont fait que prendre le relais de Moscou."

The Irish Times (IE) /

Etats membres / candidats à l'UE : deux poids deux mesures

L'impunité dont jouissent la Pologne et la Hongrie, qui malmènent l'Etat de droit, frustre des pays comme la Serbie qui se donnent beaucoup de mal à remplir le cahier des charges pour rejoindre l'UE, remarque le quotidien de centre gauche The Irish Times : "En dépit des discussions que la Commission européenne a menées cette semaine sur les conséquences des nouvelles lois polonaises, il reste peu probable de voir l'adoption de mesures substantielles. … En fermant les yeux sur la détérioration de la situation de l'Etat de droit dans ses propres pays membres, l'UE galvaude sa crédibilité. Aujourd'hui déjà, des pays candidats à l'adhésion, notamment la Serbie, font part de leur frustration de devoir se conformer à des normes élevées en matière d'Etat de droit, alors que des pays comme la Hongrie ou la Pologne les enfreignent ouvertement."

Gość Niedzielny (PL) /

Les autres pays membres menacent aussi l'Etat de droit

La procédure engagée par la Commission européenne est une farce, car les cours constitutionnelles d'autres pays ne sont pas mieux loties, écrit le portail catholique Gość Niedzielny : "Commençons par la Grande-Bretagne. Le pays ne dispose même pas d'une Constitution dans le sens d'un acte juridique qui primerait sur tous les autres. C'est la raison pour laquelle il n'existe pas d'instance vérifiant la constitutionnalité des lois. Pourquoi ? Parce que les insulaires estiment que le Parlement est souverain. … Le deuxième exemple, ce sont les Pays-Bas. Un exemple d'autant plus intéressant qu'il existe dans cet Etat une Constitution qui prévoit l'interdiction du contrôle des lois sur leur constitutionnalité. Le Luxembourg enfin : le Grand-Duché dispose d'une Cour constitutionnelle, mais celle-ci est très faible. Car les citoyens ou les parlementaires ne peuvent la solliciter, seuls les tribunaux en ont le droit. … On peut donc se poser la question aujourd'hui : la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Luxembourg seront-ils également surveillés par l'UE dorénavant ?"