Attribution des postes clés de l'UE : le bras de fer se poursuit

Lors du sommet de l'UE ce jeudi, les chefs d'Etats et de gouvernements n'ont pas su s'entendre sur le successeur au président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Ils se donnent jusqu'au 30 juin pour désigner un nom, à l'issue d'une rencontre exceptionnelle. Tandis que Merkel soutient la candidature du "spitzenkandidat" du PPE, Manfred Weber, Macron, de son côté, est plus favorable à la nomination de la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, ou encore du négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier.

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Neatkarīgā (LV) /

Les projets de retraite d'Angela Merkel

Neatkarīgā relaie les supputations relatives à l'attribution des postes clés de l'UE :

«Dans la presse allemande et parmi les faiseurs d'opinion, on entend sur Merkel une rumeur récurrente : quand elle partira à la retraite, elle aura tout de même mieux à faire que de tricoter des chaussettes au coin du feu : qu'elle fasse donc présidente de la Commission ! Soit il s'agit d'un jeu politique de l'Allemagne visant à intimider Macron, pour lui faire comprendre que s'il est contre la candidature de Manfred Weber, on lui collera Angela Merkel, et personne ne pourra vraiment s'y opposer. Soit c'est la volonté de Merkel elle-même de rester tout en haut de la pyramide de la politique.»

Lidové noviny (CZ) /

C'était plus simple avant

Les joutes pour décrocher les postes clés de l'UE dureront plus longtemps qu'à l'accoutumée en raison de l'affaiblissement de Berlin, constate Lidové noviny :

«Angela Merkel avait le contrôle de la CDU et du Parti populaire européen, Martin Schulz celui du SPD et des sociaux-démocrates européens. D'aucuns dénonçaient là une hégémonie allemande. D'autres en revanche pointaient aussi les vertus d'une situation qui permettait de prendre des décisions même quand la situation semblait bloquée. ... Or la situation actuelle est différente. C'est pourquoi la discussion sur les postes de pouvoir risque de durer longtemps. Ces tractations ont aussi le mérite d'avoir une valeur de test. C'est en effet l'occasion de voir comment l'UE parvient à trouver un terrain d'entente dans les nouvelles conditions qui prévalent : un affaiblissement des conservateurs et des socialistes et un renforcement des nationalistes et des écologistes.»

Kauppalehti (FI) /

Distribuer les rôles et se mettre rapidement au travail

Kauppalehti appelle à ne pas retarder inutilement les nominations aux postes clés de l'UE :

«Il serait souhaitable que les postes de pouvoir soient pourvus avant le début de la présidence finlandaise de l'Union, au moins de juillet. Si les bisbilles devaient continuer jusqu'à l'automne, on ne pourra faire aucun progrès sur d'autres questions importantes comme la lutte contre le changement climatique ou l'accord sur les règles financières ces prochaines années. Le plus simple, ce serait que les chefs d'Etat et de gouvernement nomment président de la Commission le 'spitzenkandidat' de la formation arrivée en tête aux européennes, à savoir le PPE Manfred Weber. Ceci limiterait également les conflits avec le Parlement, lequel a déjà annoncé qu'il n'accepterait d'avaliser que le 'spitzenkandidat' de l'un des partis.»

Jyllands-Posten (DK) /

La fin du monopole des postes de pouvoir dans l'UE

Mette Frederiksen, présidente des sociaux-démocrates danois, victorieuse des législatives, soutient la candidature de la libérale Margarete Vestager. Jyllands-Posten y voit une évolution :

«Les européennes ont montré que les électeurs continuaient de soutenir les grands partis proeuropéens, mais aussi que les conservateurs et les socialistes n'avaient pas le monopole des postes de pouvoir. Il faut se réjouir du renforcement des libéraux, aussi bien au Parlement que dans le cercle des dirigeants qui doivent se répartir les postes clés. Dans ce petit jeu qui vient juste de commencer, le Danemark a donc une bonne carte en main.»

Denik (CZ) /

Margrethe Vestager, la présidente idéale

L'ex-ministre danoise des Affaires étrangères et actuelle commissaire à la Concurrence constituerait une parfaite candidate, estime Denik :

«Elle a participé à la campagne électorale en tant que 'spitzenkandidatin'. Les libéraux ressortent par ailleurs nettement renforcés des élections. Danoise naturellement soucieuse des questions environnementales, elle ne serait pas opposée à la participation des Verts au 'quadrige' européen. Sa nomination pourrait être un bon compromis pour couper court aux atermoiements entre le Parlement et le Conseil, afin que les deux camps puissent enterrer la hache de guerre jusqu'aux prochaines élections européennes. Et, pour finir, une femme dynamique serait à la tête d'hommes âgés, ce dont l'Union se réjouirait indéniablement.»

Magyar Hírlap (HU) /

'Spitzenkandidat', un concept trop allemand

Mariann Öry, responsable du service international de Magyar Hírlap, croit savoir pourquoi Macron cherche à empêcher la candidature de Weber d'aboutir :

«Il est certain qu'Emmanuel Macron ne contribuera pas à entretenir l'illusion que le système des 'spitzenkandidaten' est viable. Ce concept, à commencer par son nom, bien trop allemand, répugne au président français. Cette procédure, imposée par le Parlement européen aux gouvernements des Etats membres, est nécessairement avantageuse pour les grands partis européens. Mais vu de Paris, il ne s'agit pas là de démocratie, mais de 'partocratie'. Autre hic pour Paris : dans les groupes socialiste et conservateur, les Français sont minoritaires face aux Allemands.»

Handelsblatt (DE) /

Commission recherche personnalité charismatique

Il ne faut pas que la quête d'un successeur à Juncker traîne en longueur, prévient Handelsblatt :

«L'UE est confrontée à d'immenses attentes : il lui faut rivaliser avec les puissances mondiales que sont les Etats-Unis et la Chine, juguler le changement climatique et se préparer aux futures vagues migratoires, pour ne citer que certains défis parmi d'autres. C'est pourquoi la communauté européenne a besoin de dirigeants viables et capables d'agir. Il faudra avoir désigné le successeur de Jean-Claude Juncker lors du sommet européen du 22 juin au plus tard. Ce faisant, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ne doivent pas succomber à la tentation de nommer un président de Commission faible, qui ne soit que leur marionnette. L'Union a besoin d'avoir à sa tête un leader charismatique, en mesure de parler d'égal à égal avec ses homologues américain et chinois, mais aussi de convaincre les citoyens européens.»

Le Monde (FR) /

Barnier a de bonnes cartes en main

Le modèle du "spitzenkandidat" a fait son temps, estime la politologue Cornelia Woll dans Le Monde :

«La faible légitimité du spitzenkandidat et l'opposition des Etats risquent de faire pencher la balance en faveur d'une personnalité plus consensuelle, comme Michel Barnier, qui a dû laisser la place à Jean-Claude Juncker en 2014 mais est devenu le visage de l'Europe unie dans les négociations du Brexit. Il est fortement soutenu par le président français et ses chances sont presque au même niveau que le spitzenkandidat officiel. Il est imaginable aussi de voir des noms plus surprenants, comme Christine Lagarde ou Angela Merkel, dont la fin du mandat en tant que chancelière a été annoncée en 2018.»

Radio Europa Liberă (RO) /

Macron et la nouvelle force du centre

Radio Europa Liberă explique comment Macron compte s'y prendre pour faire barrage au spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber :

«Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont déjà pris de premières mesures dans la course aux postes clés des institutions européennes, d'autant plus qu'il ne sera pas simple, compte tenu des résultats du scrutin, de trouver un équilibre des pouvoirs au sein d'un Parlement européen extrêmement fragmenté. Derrière Macron le libéral, le centre politique se découvre une nouvelle force - avec 109 sièges, il sera en effet le troisième groupe au Parlement européen. Macron a déjà rencontré, lundi soir, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, l'un des représentants des socialistes européens les plus en vue aujourd'hui, pour évoquer la possibilité d'une alliance - un pacte qui pourrait empêcher que le spitzenkandidat du PPE ne décroche la timbale, à savoir la présidence de la Commission.»

Gazeta Wyborcza (PL) /

Des obstacles sur la route de Weber

Manfred Weber pourrait revenir bredouille, explique Gazeta Wyborcza :

«Si Merkel s'obstine à vouloir défendre la candidature de Weber, une longue dispute risque d'enfler entre Paris et Berlin. ... Par ailleurs, il se peut qu'il ressorte du sommet que l'un des deux postes clés - présidence de la Commission ou présidence du Conseil européen - doive être occupé par une femme. L'équilibre Est/Ouest jouera également un rôle dans ces nominations. Dans les discussions relatives à la succession de Juncker à la Commission sont également évoquées les candidatures de la commissaire danoise à la Concurrence, Margrethe Vestager, du négociateur en chef du Brexit, le Français Michel Barnier, ainsi que celle de Kristalina Georgieva, ex-commissaire bulgare et actuelle directrice générale de la Banque mondiale.»

hvg (HU) /

Le Fidesz, ligne rouge pour l'ADLE

Weber aura bien du mal à obtenir le soutien du groupe libéral au Parlement, croit savoir hvg :

«Tant que le PPE n'aura pas exclu de ses rangs le Fidesz au pouvoir en Hongrie, il n'y aura pas de coopération possible avec l'ADLE, estime Pascal Chafin, numéro 2 de la liste LREM. ... Difficile de comprendre, de prime abord, de quelle coopération Chafin peut bien vouloir parler. A s'y pencher de plus près, on comprend que le PPE, s'il reste le premier groupe au Parlement européen, a régressé de sept points par rapport à 2014. Si Weber veut devenir le président de la Commission, il a donc besoin de soutiens. Son allié le plus probable est le groupe libéral ADLE, qui a décroché 109 sièges d'eurodéputés - un record - et auquel appartient également le parti de Macron.»