Rencontre entre Merkel et Poutine à Moscou

Pour la première fois depuis cinq ans, la chancelière allemande, Angela Merkel, s'est rendue à Moscou pour y rencontre le président russe, Vladimir Poutine. Les deux dirigeants y ont évoqué la situation au Proche-Orient, au vu notamment du récent regain de tensions entre Washington et Téhéran, et discuté d'une issue politique au conflit en Libye. Une rencontre qui s'est déroulée de façon inhabituellement harmonieuse, de l'avis des éditorialistes, qui n'y voient pas forcément un motif de satisfaction.

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Ria Novosti (RU) /

Deux dirigeants qui veulent la paix au Proche-Orient

Les intérêts de l'Allemagne recoupent ceux de la Russie au Proche-Orient, ce qui contribue au rapprochement des deux pays, selon Ria Novosti :

«La Russie dispose de contacts qui ont fait leurs preuves au niveau militaire avec les puissances clés de la région - Iran, Etats-Unis, Israël, Turquie notamment. L'autorité de notre pays y est si importante que l'opinion du Kremlin est écoutée et prise en considération par tous. A la différence des Etats-Unis, qui, de par leur distance géographique, peuvent s'accommoder d'une détérioration de la situation au Proche-Orient, Moscou a tout intérêt à ce que la région soit pacifiée. Sur ce point, les objectifs de la Russie et de l'Allemagne sont les mêmes - et les mêmes que ceux de l'Europe dans son ensemble. On peut donc comprendre que la chancelière se soit hâtée de prendre l'avion pour Moscou. »

Bild (DE) /

De rivale à quémandeuse

En fin de parcours, Merkel n'a plus la force de s'opposer à Poutine, déplore Julian Röpcke, rédacteur du service politique de Bild :

«Ukraine, Syrie, Libye, Iran : Poutine indique la marche à suivre. Merkel accepte tout poliment, elle tolère tranquillement la moindre de ses provocations cyniques. Elle se tait, lorsqu'il justifie le meurtre du Tiergarten. Elle parle de paix en Syrie tandis qu'il fait pleuvoir des bombes sur les civils syriens. Rivaux jadis, Merkel est désormais quémandeuse et Poutine chef d'orchestre. Pas parce que Poutine a renoncé à sa politique étrangère agressive, mais parce que Merkel refuse de le braver. L'Europe a de toute urgence besoin d'un leader qui fasse obstacle à Poutine ; cela fait longtemps qu'Angela Merkel a renoncé à ce rôle.»

Večernji list (HR) /

Trump a de quoi bouillonner

La rencontre entre Poutine et Merkel n'a pas dû plaire à Trump, estime Večernji list :

«En soutenant la finalisation de Nord Stream 2 et le partenariat énergétique avec Poutine, Merkel brave ouvertement Trump, auquel il n'a pas dû échapper que Berlin a condamné l'exécution du général Soleimani, comme l'a fait le Kremlin. L'Allemagne prend ainsi de nouveau ses distances de Washington et se rapproche de Poutine, lequel, à son tour, a soutenu la proposition de la chancelière d'organiser la conférence internationale sur la Libye à Berlin. ... Le message que Berlin et Moscou veulent envoyer est assez clair : tandis que Trump sème le chaos, les deux Etats œuvrent, patiemment et de concert, à un apaisement de la situation au Proche-Orient et en Libye. Trump, le vaniteux, ne le pardonnera pas aussi facilement à Merkel.»