France : vers un vote de confiance sur le budget

Dans le litige relatif au prochain budget d'austérité, le Premier ministre français, François Bayrou, entend se soumettre à un vote de confiance. L'Assemblée nationale doit se prononcer le 8 septembre sur la question, selon Bayrou, qui a indiqué s'être concerté avec le président Emmanuel Macron. Un échec du vote signifierait la fin du gouvernement minoritaire de François Bayrou. La presse européenne fait part de son inquiétude.

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Liberal (GR) /

Le danger d'un effet domino

Le portail Liberal compare la situation de la France à la crise de la dette grecque des années 2010 :

«La France avance à grands pas sur la voie qui avait mené la Grèce à l'insolvabilité en 2010. ... Imaginez un instant que la même chose se passe avec la France : une dette publique de plus de 300 milliards d'euros, un PIB nettement plus élevé que celui de l'Espagne ou de l'Italie. L'euro tanguerait comme un esquif sur un océan déjà agité. Si la Grèce avait déclenché un effet domino, la France pourrait provoquer une réaction en chaîne similaire, assortie d'un véritable désastre.»

El Mundo (ES) /

Un déni des réalités

Dans El Mundo, le politologue Arias Maldonado défend le plan d'austérité de Bayrou :

«En France, on assiste actuellement à un nouvel exemple du déni de réalité des masses, caractéristique d'une Europe vieillissante. ... On ne défend jamais les politiques courageux : François Bayrou veut réduire les dépenses publiques. ... L'extrême droite comme l'extrême gauche rejettent le projet de Bayrou, sans pour autant proposer d'alternatives réalistes. Sa mesure la plus impopulaire est la suppression de deux jours fériés, ce qui en dit long sur le déni de réalité.»

Le Point (FR) /

Les Français ont profité de la politique de la dette

Le Point critique RN et LFI, qui dénoncent l'injustice qu'il y aurait selon eux à faire porter aux citoyens la conséquence de la gabegie du gouvernement :

«Oubliant un peu vite que les mêmes Français ont largement profité depuis des décennies du recours effréné à la dette, qui a soutenu artificiellement à crédit leur pouvoir d'achat, leur a permis d'être rémunérés à ne rien faire pendant l'épidémie de Covid-19 et de payer moins cher leur essence pendant la crise énergétique. Plus que le probable départ de François Bayrou, plus que l'instabilité politique et la colère sociale, l'irresponsabilité budgétaire et le populisme économique des oppositions ont aujourd'hui de quoi légitimement effrayer nos créanciers.»

Le Figaro (FR) /

Faire preuve de davantage de clarté

Bayrou devrait appeler les choses par leurs noms, fait valoir Paul Cébille, analyste d'opinion à l'observatoire Hexagone, dans Le Figaro :

«La décision de François Bayrou de se sacrifier pour tenter de clarifier ce débat autour de la dépense publique risque donc de manquer sa cible, d'autant que le Premier ministre n'a pas explicitement désigné le principal poste de dépenses publiques, les retraites et la santé. ... En recourant à des termes génériques comme 'la dépense sociale', il affaiblit son discours de vérité et entretient le flou sur les véritables marges de manœuvre. Sa proposition de supprimer deux jours fériés en est une illustration : voici donc une économie dérisoire et une mesure fortement impopulaire, perçue par beaucoup de Français comme un impôt déguisé.»

La Stampa (IT) /

Un test de stabilité pour un pays clé de l'UE

Cette crise affecte toute l'Europe, prévient Eric Jozsef, correspondant de longue date du quotidien Libération à Rome, dans La Stampa :

«L'Hexagone se permet des crises à répétition, changeant de chef de gouvernement (quatre en trois ans) au rythme de la Ie république italienne [1948-1994], et surtout en mettant en péril son propre rôle de protagoniste dans une phase critique pour l'avenir de l'Europe. ... Le vote de confiance à l'Assemblée nationale le 8 septembre ne sera pas seulement un test pour la capacité de Paris à prendre enfin conscience du danger de sa propre dette sur les marchés, et pour la disposition des partis à accepter l'idée de compromis parlementaires. Il s'agira aussi et surtout d'un test pour la stabilité politique d'un pays clé de l'UE - une épreuve que Bruxelles, Kyiv, Washington et Moscou suivront de près, les uns avec effroi, les autres avec satisfaction.»

The Times (GB) /

Une détermination qui fait défaut à Londres

Bayrou se montre fidèle à ses principes, une qualité qui fait défaut au gouvernement britannique, juge The Times :

«Il est peu probable que Bayrou obtienne le soutien qu'il sollicite. ... Mais sa décision force l'admiration. Il est de loin préférable qu'il sacrifie sa propre personne pour tirer ses compatriotes de leur léthargie. La situation financière du Royaume-Uni est à peine moins désastreuse que celle de la France, mais bien que la position politique de Starmer soit nettement plus solide et favorable que celle de Bayrou, il a rapidement renoncé à ses projets de coupes budgétaires face à la résistance annoncée. S'il avait fait preuve de la même détermination que Bayrou, Starmer aurait réussi.»

Libération (FR) /

Une tentative de sauvetage périlleuse

Bayrou a seulement deux semaines pour redresser la barre, analyse Libération :

«Suicidaire ou courageux, il y a sans doute un peu des deux dans cette annonce qui, après un bref moment de sidération, a été prise au mot par tous les partis d'opposition qui ont assuré qu'ils ne voteraient pas la confiance. Alors François Bayrou a-t-il encore la moindre chance de sauver son poste ? En politique, tout est possible. Il lui reste deux semaines pour surfer sur l'effet de dramatisation employé lundi et pour convaincre que 'tout le monde participera à l'effort, y compris les plus favorisés', comme il l'a précisé, conscient qu'il s'agit là du gros point faible de son programme. Le compte à rebours est enclenché.»

L'Opinion (FR) /

Scénario catastrophe en perspective

Les chances de réussite de Bayrou sont minces, croit savoir L'Opinion :

«Son pari de créer un électrochoc et de faire du vote de confiance un simple quitus sur la nécessité du désendettement du pays, semble d’ores et déjà perdu. Mollement soutenu par un 'socle commun' d’une affligeante discrétion, rejeté par la gauche et le RN qui ont immédiatement annoncé refuser la confiance, François Bayrou est désormais en sursis. Voilà la France revenue un an en arrière, sans Premier ministre ou presque. Et cette fois-ci, placée sous la menace de la journée 'Bloquons tout', prévue deux jours seulement après le vote de confiance. Instabilité politique majeure, agitation sociale, pression des marchés financiers, la situation est catastrophique pour le pays.»

La Repubblica (IT) /

Des écueils multiples

Seuls les socialistes pourraient servir d'appui au gouvernement, écrit La Repubblica :

«Il s'agit d'une entreprise risquée, surtout après la chute du gouvernement de Michel Barnier en décembre dernier, qui portait précisément sur la validation du budget. LFI, le PC et les Verts ont aussitôt annoncé vouloir bloquer l'exécutif. Et cette fois-ci, même Marine Le Pen a refusé le soutien qu'elle avait accordé ces derniers mois, du moins sous la forme de l'abstention. C'est le PS qui peut désormais faire pencher la balance dans un sens ou dans un autre, et qui décidera du sort du gouvernement.»

Les Echos (FR) /

La tactique risquée de Bayrou

Si l'approche de Bayrou est judicieuse, elle risque néanmoins d'ébranler l'économie française, selon Les Echos :

«[S]ur le papier, le calcul n'est pas idiot. Il s'agit de diviser la question budgétaire en deux pour la faire mieux passer à l'automne. Dans un premier temps, le chef du gouvernement tente d'obtenir un quitus sur le diagnostic concernant les finances publiques (ça va mal, qui peut soutenir le contraire ?) avant seulement dans un second temps de discuter des mesures (les jours fériés, l'année blanche, etc.). ... LFI et le RN se sont déjà précipités pour annoncer qu'ils ne font 'pas confiance' à Bayrou. ... Il ne faut pas imaginer qu'une chute du Premier ministre le 8 septembre suivie d'un pays agité le 10 ... serait sans conséquence. Juste après sa prise de parole, la Bourse affichait un recul de 1,6 pour cent. ... Tout ceci est vraiment inquiétant.»