La Hongrie accorde l'asile à un ancien ministre polonais
La Hongrie a décidé d'accorder l'asile à l'ancien ministre polonais de la Justice, Zbigniew Ziobro. En Pologne, le Parquet lui reproche de nombreux faits, notamment d'avoir détourné des fonds publics et été aux commandes d'une association de malfaiteurs. Ziobro a occupé le poste de ministre de la Justice au sein du gouvernement PiS de 2015 à 2023 et est considéré comme l'architecte de la réforme controversée de la justice. Comment interpréter ce cas de figure inhabituel entre deux Etats de l'UE ?
Grotesque
Pour Frankfurter Allgemeine Zeitung, nous avons affaire à une farce :
«Ziobro risque une longue peine de prison en Pologne, en raison de ses activités au sein du gouvernement ultraconservateur qui a été battu aux élections d'octobre 2023. Mais il est notamment accusé de détournement de fonds à grande échelle et d'achat illégal d'un logiciel espion utilisé contre les opposants. On tombe ainsi des nues lorsque Ziobro vient reprocher à la justice son manque d'indépendance. Car c'est lui qui, sous le gouvernement du PiS, a fait de la justice polonaise un instrument politique au service des dirigeants. Contrairement à ses adversaires de l'époque, il peut aujourd'hui s'attendre à un procès équitable.»
Un lâche plutôt qu'un martyre
Ziobro a commis une erreur fatale pour sa personne, mais également pour le PiS, affirme Gazeta Wyborcza :
«Ziobro aurait pu s'ériger au rang de martyre du PiS. Il aurait pu se laisser arrêter, comparaître devant le procureur et écouter les accusations qu'on lui porte. Il aurait pu répondre à la convocation pour première comparution. Le résultat n'aurait pas été joué d'avance, puisqu'un juge avait refusé de délivrer un mandat d'arrêt à son encontre en décembre. … Ziobro aurait donc eu droit à un procès équitable, et il n'est pas exclu qu'il aurait réussi à se défendre. ... Cet acte de lâcheté aura des conséquences pour son parti qui, comme l'admettent ouvertement les politiques du PiS, court à sa perte.»
C'est un comble
Zbigniew Ziobro craint d'être la victime de la politique qu'il a lui même mise en place, ironise András Kaisinger, juriste chez Amnesty International, sur le portail 444 :
«Lorsqu'on fait tabula rasa, plus personne n'est en sécurité. Ironie su sort, Zbigniew Ziobro, qui a tout fait pour ne placer que des juges acquis à sa cause, reproche aujourd'hui à la justice polonaise son manque de partialité et refuse de prendre ses responsabilités. Sa fuite vers Bruxelles et Budapest est l'aveu le plus convainquant qu'un politicien ayant torpillé l'Etat de droit puisse faire : un tribunal compétent ne devrait pas être composé d'ouailles mais au contraire se trouver hors de portée de la classe politique.»
Les Polonais se laissent diviser
Sur le portail Interia, le politiste Jarosław Kuisz évoque les motivations du gouvernement hongrois dans l'affaire Ziobro :
«Le Premier ministre hongrois s'amuse visiblement aux dépens des politiques polonais - ceux-ci se mettent à genou. Orbán leur accorde l'asile dans son infinie mansuétude ; il s'immisce dans la politique polonaise, car il escompte bien entendu une forme de gratitude en retour. Le manque de retenue des politiques et l'absence de capacité de discernement élémentaire des citoyens que nous sommes, permet au dirigeant hongrois de monter les Polonais les uns contre les autres. C'est douloureux, à une époque où chacun affirme sa volonté de défendre la souveraineté.»