Merz en Chine : vers la formation d'un nouvel axe ?
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a effectué une visite de plusieurs jours en Chine, principal partenaire commercial de l'Allemagne. Il a indiqué vouloir approfondir les relations diplomatiques et économiques entre les deux pays. Après une rencontre avec le président Xi Jinping, Merz a signé avec le Premier ministre, Li Qiang, plusieurs accords de coopération, notamment en matière de lutte contre le dérèglement climatique et les épizooties.
Deux grandes économies cherchent des convergences
Vu les faibles attentes, le bilan de Merz n'est pas si famélique, estime taz :
«Un accord concernant 120 avions Airbus que les Chinois désirent acheter. Ou le projet d'entamer des consultations régulières entre les deux gouvernements. Une nouvelle normalité semble se profiler entre la deuxième et la troisième économie mondiale. Quant à un rapprochement sur des conflits clés, la perspective a été écartée d'emblée.»
Européaniser la politique commerciale
La politique économique devrait être menée au niveau européen, préconise Handelsblatt :
«Les Chinois jouent la montre, mais l'Allemagne n'a pas le luxe du temps. La désindustrialisation est déjà là, et appelle une réponse : l'Europe. Les Chinois sont dépendants du pouvoir d'achat des 450 millions d'Européens. Qui d'autre pour acheter leurs produits ? L'Amérique s'isole, à l'instar de pays tels que la Turquie et le Brésil, qui se retranchent derrière des barrières douanières. … Pour que des consultations avec Pékin soient pertinentes, il ne faut pas qu'elles se limitent à certains pays de l'UE. La 'bilatéralisation' des relations est un piège que Berlin doit éviter. Les décisions commerciales majeures sont prises à Bruxelles. Si Merz veut apprendre des erreurs de Merkel, il doit commencer par 'européaniser' la politique vis-à-vis de la Chine.»
De plus en plus de produits chinois sur le marché allemand
Izvestia explique les causes du déficit commercial de près de 90 milliards d'euros que l'Allemagne a enregistré en 2025 avec la Chine :
«Face au protectionnisme commercial agressif pratiqué par les Etats-Unis vis-à-vis des exportations chinoises, Pékin a commencé à les diriger vers d'autres marchés, notamment l'Allemagne. Cette politique a eu pour effet que les exportations chinoises vers l'Allemagne croissent plus vite que les livraisons allemandes en Chine. … De manière générale, l'Allemagne a enregistré un recul de ses exportations sur le marché chinois. Cela s'explique, d'une part, parce que le fléchissement de la demande intérieure tire les importations vers le bas ; d'autre part, parce que la compétitivité des produits chinois, notamment ceux de la tech, est en hausse, réduisant la dépendance chinoise quant aux importations de tels articles.»
Des ambitions mondiales
La Chine veut renforcer son rôle international, analyse le politologue Viktor Chlintchak sur Facebook :
«Lors de la rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz, les Chinois détaillent soigneusement leurs attentes concernant le cadre [du règlement] de la guerre russo-ukrainienne. A la place de la modération américaine, ils proposent une médiation chinoise, avec le concours de l'Europe. Parallèlement, ils font une offre en matière de politique de sécurité : la Chine est prête à servir de garante à l'UE. Pour cette raison, elle propose de lier des garanties de sécurité à des accords commerciaux. Elle affirme de nouveau la formule singulière de la souveraineté ukrainienne tout en admettant une cession temporaire de certains territoires. … Il faut évidemment y voir la tentative d'évincer les Etats-Unis de l'architecture européenne de sécurité.»