Prague : les citoyens au soutien du président
En République tchèque, un âpre conflit politique oppose le président, Petr Pavel, à la coalition gouvernementale de droite d'Andrej Babiš : le ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, a exhorté le président à accepter la nomination de Filip Turek, président d'honneur du Parti des automobilistes, au poste de ministre de l'Environnement. Dimanche, plus de 80 000 personnes se sont rassemblées à Prague pour soutenir Pavel.
Les citoyens rejettent le populisme
La République tchèque ne veut pas emprunter la voie de la Slovaquie, écrit Gazeta Wyborcza :
«Pour de nombreuses personnes en Tchéquie, ce qui se passe en Slovaquie est un avertissement sérieux. Sous l'égide du cabinet prorusse de Robert Fico, le pays a accompli une véritable volteface en termes de politique étrangère. … Le rassemblement à Prague devait seulement avoir lieu sur la place de la Vieille-Ville, mais les participants ont aussi rempli la place Wenceslas, bien plus vaste, et les rues reliant les deux places. Le mouvement 'Un million de moments pour la démocratie' a appelé les citoyens à organiser des protestations dans tout le pays. La société civile tchèque tente de se défendre contre le populisme.»
Babis doit maîtriser ses partenaires
Un vote de défiance initié par l'opposition contre le gouvernement Babiš a lieu ce mardi au Parlement. Reflex s'en réjouit :
«L'attitude inédite de Macinka et Turek nuit à l'ensemble du gouvernement, et ce également en dehors de la République tchèque. Pour le plus grand déplaisir de Babiš, qui, par crainte de l'effondrement de sa coalition, tolère tous les excès du Parti des automobilistes et du SPD. Ce n'est pas le président qui peut résoudre la crise générée, mais le Premier ministre, qui est responsable de ses membres de coalition.»
Le dilemme de Pavel
Hospodářské noviny y voit un conflit de principes entre le gouvernement et le président :
«Le gouvernement d'Andrej Babiš, qui comprend le Parti des automobilistes et le [parti extrême droite] SPD, a une tout autre vision du monde que le président. L'entre-soi s'oppose à l'ouverture, le défaitisme à une défense résolue, l'indifférence à la droiture, le nationalisme à la coopération européenne. Face à la faiblesse des partis démocratiques, le président doit endosser le rôle de principal adversaire de la politique gouvernementale. Il s'est transformé, du moins aux yeux des électeurs, en chef de l'opposition. C'est un problème pour lui, car lors de la présidentielle dans deux ans, il ne pourra plus jouer la carte du 'candidat sans étiquette'.»
Un chantage d'amateur
Lidové noviny évoque la menace lancée par le ministre des Affaires étrangères :
«On s'est vite rendu compte que Macinka n'avait pas de réel moyen de pression. Son chantage, c'était que le président ne puisse conduire la délégation tchèque au prochain sommet de l'OTAN. Une menace plus grotesque qu'alarmante. Il s'avère non seulement que le ministre des Affaires étrangères a employé un registre inapproprié, mais de surcroît qu'il ne maîtrise pas les règles de base de l'extorsion : proférer une menace sans avoir les moyens de la mettre en œuvre, c'est tout simplement pathétique.»
La scène politique en pleine trumpisation
Reflex compare la situation aux affrontements politiques aux Etats-Unis :
«Le litige autour de la (non) nomination de Filip Turek au poste de ministre s'est transformé en guerre ouverte entre le président, Petr Pavel, et l'un des partis de la coalition, le Parti des automobilistes, représenté ici par son président Petr Macinka. Ce dernier avait déclaré avant Noël vouloir se battre contre Pavel si le chef de l'Etat ne cédait pas dans l'affaire Turek. C'est ce qui est arrivé. Mais les règlements de compte par le biais de SMS ou des réseaux sociaux ne font que dévaster la politique tchèque. Les affrontements politiques dégénèrent en exhibition de bêtise qui témoigne d'une trumpisation de notre scène politique.»