Tchéquie : querelle de pouvoir entre le président et un ministre

Le président tchèque, Petr Pavel, avait refusé de nommer Filip Turek, le président d'honneur du Parti des automobilistes, à un poste de ministre. Suite à ce veto, Petr Macinka, dirigeant du parti et ministre des Affaires étrangères, a choisi la surenchère. Si Pavel ne revient pas sur sa décision, Macinka menace d'informer le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, que Pavel ne pourra représenter le pays lors du prochain sommet de l'alliance en Turquie, arguant qu'il a outrepassé la Constitution.

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Hospodářské noviny (CZ) /

Le dilemme de Pavel

Hospodářské noviny y voit un conflit de principes entre le gouvernement et le président :

«Le gouvernement d'Andrej Babiš, qui comprend le Parti des automobilistes et le [parti extrême droite] SPD, a une tout autre vision du monde que le président. L'entre-soi s'oppose à l'ouverture, le défaitisme à une défense résolue, l'indifférence à la droiture, le nationalisme à la coopération européenne. Face à la faiblesse des partis démocratiques, le président doit endosser le rôle de principal adversaire de la politique gouvernementale. Il s'est transformé, du moins aux yeux des électeurs, en chef de l'opposition. C'est un problème pour lui, car lors de la présidentielle dans deux ans, il ne pourra plus jouer la carte du 'candidat sans étiquette'.»

Lidové noviny (CZ) /

Un chantage d'amateur

Lidové noviny évoque la menace lancée par le ministre des Affaires étrangères :

«On s'est vite rendu compte que Macinka n'avait pas de réel moyen de pression. Son chantage, c'était que le président ne puisse conduire la délégation tchèque au prochain sommet de l'OTAN. Une menace plus grotesque qu'alarmante. Il s'avère non seulement que le ministre des Affaires étrangères a employé un registre inapproprié, mais de surcroît qu'il ne maîtrise pas les règles de base de l'extorsion : proférer une menace sans avoir les moyens de la mettre en œuvre, c'est tout simplement pathétique.»

Reflex (CZ) /

La scène politique en pleine trumpisation

Reflex compare la situation aux affrontements politiques aux Etats-Unis :

«Le litige autour de la (non) nomination de Filip Turek au poste de ministre s'est transformé en guerre ouverte entre le président, Petr Pavel, et l'un des partis de la coalition, le Parti des automobilistes, représenté ici par son président Petr Macinka. Ce dernier avait déclaré avant Noël vouloir se battre contre Pavel si le chef de l'Etat ne cédait pas dans l'affaire Turek. C'est ce qui est arrivé. Mais les règlements de compte par le biais de SMS ou des réseaux sociaux ne font que dévaster la politique tchèque. Les affrontements politiques dégénèrent en exhibition de bêtise qui témoigne d'une trumpisation de notre scène politique.»