Que contiennent les nouveaux dossiers Epstein ?
La divulgation de nouveaux dossiers relatifs au pédocriminel Jeffrey Epstein ne cesse de soulever de nouvelles questions. Dans les trois millions de pages de documents, les milliers de vidéos et les 100 000 photos publiées récemment par le ministère de la Justice, apparaissent les noms de nouvelles personnalités. Les chroniqueurs tentent de savoir dans quelle mesure celles-ci étaient vraiment en lien avec Epstein, et quelles peuvent être les conséquences.
Des institutions au bord du précipice
Les dossiers Epstein entraînent un nouveau plus-bas dans la confiance témoignée à l'administration américaine, juge Boris Busslinger, correspondant du journal Le Temps aux Etats-Unis :
«Les documents publiés sont incomplets, les noms et photos de jeunes anonymes ont été divulgués sans précaution au monde entier, tandis que la figure du président était soigneusement censurée. … La déception est immense, mais elle était prévisible, dans une administration où le Département de la justice semble désormais avant tout exister pour concrétiser des buts politiques. … L'idée qu'une véritable transparence puisse être établie sur une affaire dans laquelle le nom du 'Commander in chief' apparaît plusieurs milliers de fois n'était qu'une chimère. L'implication d'un ancien président démocrate, Bill Clinton, … parachève une formidable désillusion vis-à-vis des élites dirigeantes, dans un pays dont les institutions semblent plus que jamais osciller au bord du précipice.»
Les limites de l'indépendance de la justice
Certains sont plus égaux que d'autres devant la loi, constate le portail Tvxs :
«Le vice-ministre américain de la Justice affirme, quasi soulagé, qu'il est 'probable que personne ne soit poursuivi au pénal'. … Comme s'il était évident que l'un des plus gros scandales d'exploitation sexuelle de mineures, aux ramifications internationales, soit clos sans répercussions politiques et pénales pour les plus puissants. L'affaire souligne les limites de l'indépendance de la justice – limites tracées par l'élite. Lorsque les malfaiteurs portent des costumes, qu'ils ont accès aux palais présidentiels et à des îles privées, alors le système cède. Ce même système qui demande aux victimes d'être patientes et de se taire, donne son feu vert à la bourgeoisie pour qu'elle poursuive ses agissements en toute impunité.»
L'UE ne peut éluder les dossiers
Augustin Palokaj, correspond de Jutarnji list à Bruxelles, déplore que l'UE se désintéresse des révélations :
«Si les institutions européennes maintenaient leurs déclarations officielles sur les dossiers Epstein, ce serait choquant. Aux questions des journalistes, leurs représentants répondent : 'Nous en savons autant que vous' ou 'Nous savons seulement ce qui est publié dans les médias'. J'espère que c'est faux, et qu'ils étudient sérieusement les documents, car il y a le risque que des intérêts stratégiques et sécuritaires de l'UE soient compromis. … L'Europe, et surtout l'UE, doivent se confronter sérieusement aux conséquences possibles des dossiers Epstein ; car sont impliqués des politiques qui assumaient des postes clés dans les Etats membres.»
La Norvège tombe les masques
La nouvelle série de révélations touche un pays de plein fouet, analyse Evropeïska Pravda :
«Les dossiers Epstein en lien avec la Norvège sont une douche froide pour tous ceux qui considéraient les démocraties scandinaves comme un modèle de transparence et d'immunité face à la corruption. Les documents mettent en évidence une infiltration profonde du réseau Epstein dans les cercles de pouvoir les plus influents d'Oslo, dont la figure centrale n'est autre que la princesse Mette-Marit. Sa correspondance épistolaire et ses rencontres (il pourrait même s'agir d'une liaison) avec le tristement célèbre 'banquier d'investissement' ont perduré après sa première arrestation, ce qui témoigne de l'aveuglement institutionnel du service de sécurité royal et de la négligence des risques encourus en termes d'image.»
Du pain bénit pour les opposants à la démocratie ?
Les pourfendeurs de l'Etat de droit se croient légitimés, observe Karar :
«Demandez-leur, et ils vous répondron que le scandale Epstein a non seulement mis à nu une poignée d'élites perverties, mais aussi démasqué l'hypocrisie des démocraties occidentales. Selon eux, la défense des droits humains et de l'Etat de droit ne servirait qu'à légitimer les perversions des ultrariches. La preuve viendrait de leur être donnée. Comme si les démocraties occidentales et l'éloge des droits de l'Homme et de l'Etat de droit pouvaient être tenus responsables du réseau pervers tissé par Epstein. Comme si les institutions occidentales - avec leur démocratie, leur liberté et leur système juridique - n'avaient pas justement mis fin aux agissements de ces élites perverses en les démasquant.»
Un "piège à miel" du renseignement russe ?
Corriere della Sera évoque la piste de Moscou :
«Le réseau de relations tissé par Epstein met en évidence l'une des opérations d'espionnage les plus sophistiquées de ces dernières décennies, une machination qui porte à un niveau inédit la méthode russe éprouvée du 'kompromat', qui consiste à mettre des personnalités de premier plan dans des situations compromettantes pour pouvoir les manipuler. Comme l'ont souligné des sources du renseignement au journal Mail on Sunday, il apparaît de plus en plus clairement que le magnat-pédocriminel américain a orchestré pour le compte du KGB 'la plus grande opération de piège à miel du monde'. Pour le compte des services secrets russes, voire israéliens, Epstein aurait fourni des jeunes filles aux puissants de ce monde afin de pouvoir les faire chanter.»
Le frère du roi Charles III doit rompre le silence
The Sunday Times exhorte le prince Andrew à faire toute la lumière sur cette affaire :
«De nouveaux documents divulgués, qui attestent de sa proximité avec le pédocriminel condamné Jeffrey Epstein, raviveront les questions quant à son comportement et à celui de nombreux autres hommes riches. … Elles raviveront aussi les appels pour qu'il divulgue les informations dont il a connaissance. … Il faut qu'Andrew renonce enfin à sa stratégie d'évitement. Depuis l'entretien qu'il avait accordé à l'émission 'Newsnight' en 2019, il a gardé le silence. … Andrew nie tout comportement inapproprié ; il devrait donc être prêt à prendre la parole, si ce n'est devant une commission du Congrès, du moins devant une autre instance d'enquête.»
Un échec de l'Etat de droit
Le portail TVXS parle d'une vaste défaillance du système judiciaire :
«La question cruciale qui ressort de la publication des dossiers n'est pas de savoir si tout ce qui y figure est vrai, mais pourquoi nous ignorons quels éléments ont fait l'objet d'une enquête, lesquels ont été rejetés et en fonction de quels critères. Quand des accusations d'une telle gravité affectent le sommet du pouvoir politique et économique, alors l'absence d'enquête indépendante, transparente et exhaustive constitue un échec institutionnel, mais aussi et surtout une rupture au cœur de l'Etat de droit, et de ce que l'on définit comme la 'civilisation'.»
Les choses se gâtent pour Trump
El Mundo commente :
«La récente publication de trois millions de documents déclassifiés montre qu'un climat de 'sauve-qui-peut' se propage parmi les puissants de ce monde. … Il est évident qu'une stratégie politico-judiciaire est suivie aux Etats-Unis depuis deux mois pour mettre en difficulté l'actuel locataire de la Maison-Blanche. … Il y a près d'un an, les Américains ont élu un individu condamné à deux reprises pour comportement sexuel inapproprié. … Trump se targue que 'sa morale' est la seule limite à l'action de son administration. Mais peut-être que l'affaire Epstein permettra de déterminer où se place le curseur de l'exigence éthique en 2026, et ce pour les plus hautes sphères de pouvoir.»