L'UE peut-elle se passer du gaz russe ?
L'UE a décidé de mettre fin à l'importation de gaz naturel russe d'ici fin 2027 au plus tard. Lors d'un vote la semaine dernière, 24 pays de l'UE ont voté pour, la Hongrie et la Slovaquie ont voté contre, la Bulgarie s'est abstenue. Alors que Budapest et Bratislava ont l'intention de contester cette décision devant la Cour de justice de l'UE, les commentateurs se demandent à quoi ressemblera le futur approvisionnement en gaz du continent.
Donner un coup d'accélérateur à la transition écologique
Pour Frankfurter Rundschau, la marche à suivre est claire :
«La sortie du gaz naturel, essentielle pour des raisons liées au changement climatique, doit être poursuivie avec détermination. … Le gouvernement peut montrer qu'il a désormais pleinement conscience de la situation. Premièrement, il s'agit de voter une loi de modernisation des bâtiments afin de pouvoir accélérer la rénovation des maisons, le développement des réseaux de chaleur à basse émission, des pompes à chaleur et autres systèmes de chauffage écologiques. Deuxièmement, il faut remettre sur les rails la transition écologique dans les industries. Enfin, ne construire des centrales à gaz pour le réseau électrique que dans la mesure du nécessaire, et de manière à ce qu'elles puissent fonctionner un jour à l'hydrogène.»
Injuste pour la Hongrie et la Slovaquie
Les pays sans accès à la mer vont payer le prix fort, déplore l'économiste Géza Sebestyén dans Mandiner, journal pro-Fidesz :
«Les pays 'enclavés' ne pourront se procurer du gaz liquéfié qu'en ayant recours aux ports et réseaux d'autres pays. … Et alors que la traçabilité du GNL peut être facilement effacée, il est plus facile de contrôler l'origine du gaz transporté par gazoduc. Paradoxalement, l'interdiction a donc un plus grand impact et fait davantage grimper les prix dans les pays déjà plus dépendants. … Si les dirigeants de l'UE se mettent à imposer à la majorité, et sans concession, une décision dont les coûts globaux et à court terme retomberont en premier lieu sur la Hongrie et la Slovaquie, alors que la flexibilité offerte par le nouveau système favorisera les grands pays de transit, les citoyens d'Europe centrale en concluront que le prix qu'ils ont à payer n'est pas une considération pour les autres.»
La politique énergétique n'est pas neutre
L'UE semble enfin avoir tiré les leçons de la guerre russe contre l'Ukraine, se félicite Evropeïska Pravda :
«L'aval formel de l'arrêt des importations de gaz russe dans le cadre de REPowerEU est davantage qu'une nouvelle réforme énergétique pour l'UE. Pour la première fois depuis des décennies, l'UE s'est rendue compte que la politique énergétique ne pouvait rester neutre dans un contexte de guerre, et que la dépendance vis-à-vis d'un fournisseur autoritaire ne représentait non pas un risque de marché, mais une vulnérabilité stratégique. Cette décision ne va pas seulement modifier le volume des importations, elle transformera aussi la logique de l'administration européenne.»
Trop timide
Dzerkalo Tyjnia se dit sceptique :
«Il y aurait d'ores et déjà la possibilité de mettre entièrement fin à l'importation de gaz russe dans l'UE, mais il manque la volonté politique. Si l'on repousse cette échéance à un an et demi, voire deux ans, on envoie un signal politique au lieu de disposer d'un instrument de contrainte économique rapide. Par ailleurs, la signature de ce document a montré que certains dans l'UE étaient encore récalcitrants. La Slovaquie et la Hongrie se sont opposées à l'initiative et ont déclaré qu'elles étaient prêtes à saisir la justice. Il y aura des risques de retards dans la mise en œuvre de la décision ; certains pourraient chercher à se ménager des dérogations et à opérer un 'retrait' politique.»
Mieux vaut produire soi-même
Berlingske remet en cause la nécessité d'une sortie rapide des énergies fossiles :
«Sur le plan économique, le gaz liquéfié est plus cher que le gaz transporté par gazoduc, et d'un point de vue sécuritaire, il serait plus judicieux de produire soi-même son gaz plutôt que de l'importer. Le Danemark et le reste de l'Europe doivent repenser leur manière de sonder et exploiter le gaz. Il est nécessaire que les politiques environnementales n'y fassent pas obstacle. Le gaz européen ne contribue pas davantage au réchauffement climatique que le gaz américain, au contraire. L'Europe continuera à consommer du gaz dans les années qui viennent, et ce quelle que soit l'ambition de sa politique climatique. Il faudra compléter les énergies renouvelables, mais intermittentes, par des énergies fossiles lorsque le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas.»
La Roumanie a un rôle clé à jouer
Avec ses réserves en gaz naturel, la Roumanie peut contribuer à l'approvisionnement en gaz de l'Europe, juge le service roumain de Deutsche Welle :
«Pour l'instant, les engagements de l'UE envers les Etats-Unis ne laissent pas beaucoup de marge de manœuvre : d'ici 2028, l'UE devra avoir importé 750 milliards de dollars de pétrole et de gaz en provenance de ce pays. … Mais la Roumanie dispose d'importantes réserves de gaz en mer Noire, qu'elle ne sait pas encore comment utiliser pour jouer à la roulette du pouvoir en Europe. Pour l'instant, elle reste donc en retrait. ... Pourtant, elle aurait tout intérêt à organiser un sommet sur l'énergie aux côtés des pays d'Europe orientale et inviter les chefs d'Etat de la région à élaborer de grands projets, d'autant plus que c'est précisément dans cette région que les pays ont le plus de mal à se séparer de la Russie.»