Iran et Etats-Unis : des négociations pour éviter la guerre ?
Une première session de pourparlers indirects a eu lieu à Oman vendredi entre des négociateurs américains et iraniens. Les deux camps ont salué le début des discussions, tout en augmentant la pression : le président américain, Donald Trump, a menacé d'augmenter les droits de douane sur les pays qui commercent avec l'Iran ; le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a quant à lui prévenu qu'en cas d'attaque sur son sol, il n'hésiterait pas à viser les bases américaines dans la région.
Un environnement toxique
Compte-tenu des intérêts en présence, Politiken juge compromises les conditions d'un accord :
«Le gouvernement Nétanyahou en Israël fait pression sur Trump pour obtenir que Washington entre en confrontation directe avec l'Iran, ne serait-ce que pour éviter des revendications américaines en faveur d'un arrêt de l'occupation israélienne intenable de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. L'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe jouent un double jeu similaire, en mettant officiellement en garde contre une guerre contre l'Iran pour éviter d'être entrainés dans le tourbillon de la guerre. En réalité, ils tablent sur le fait que les Etats-Unis et Israël invalident toute tentative de l'Iran de miner le monde arabe, bien que les gouvernements arabes devraient régler le problème eux-mêmes.»
Juste un slogan
Dans Cyprus Mail, Evripidis L. Evriviadis, ancien émissaire de Chypre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, lance un avertissement :
«La question prioritaire, qui reste sans réponse, concerne 'l'après' d'une attaque contre l'Iran. Quelles seront les conséquences d'une frappe ? Par quoi sera remplacé l'ordre actuel en cas d'effondrement ? Un changement de régime est un slogan, pas un projet. Il est impossible d'annihiler par les bombes un savoir-faire nucléaire. Les réseaux ne disparaissent pas avec les postes de commandement. Toute fragmentation crée des vides qui, comme l'a montré l'histoire, sont rapidement comblés, et ce rarement de manière inoffensive. Le danger réside dans une escalade, mais aussi dans l'absence de responsabilité. Si l'objet final politique n'est pas défini, la violence risque de devenir une démonstration de force plutôt qu'un instrument stratégique.»
Faire basculer le régime avec humanité
Sur Facebook, Abbas Galliamov recommande à Washington d'utiliser politiquement le malaise économique prévalant en Iran :
«A la place de Trump, j'annoncerais maintenant que face à la situation catastrophique à laquelle sont confrontés des millions de citoyens iraniens, les Américains s'engagent à débuter une livraison massive d'aide humanitaire dès la signature d'un traité nucléaire et de missiles. … Comme le régime tente à tout prix de présenter l'Occident comme un ennemi, une initiative humanitaire ostensiblement pacifique porterait un coup dur à ce discours. … La pression par le bas sur le système augmenterait. … En ce moment, la moindre goutte d'eau peut faire déborder le vase. Mais il faut y ajouter ces gouttes.»
Le sort des Iraniens, pas une priorité pour Trump
Le Soir analyse les motivations de Trump :
«Certains experts … jugent que le président américain pourrait lorgner les actifs gaziers et pétroliers en Iran, comme il l'a fait avec le Venezuela il y a quelques semaines à peine. Les parallèles entre les deux situations sont nombreux. Mais il est pour l'heure impossible de prédire l'issue de ces discussions qui ne font que commencer. … Une chose est sûre, n'en déplaise au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, le sort des Iraniens est retombé tout en bas de la pile. Car le président américain n'a aucun problème à s'accommoder de régimes répressifs, dès lors qu'ils servent ses intérêts.»
L'émergence d'un nouveau Proche-Orient
Expresso observe une évolution de la dynamique politique au Proche-Orient :
«Il paraît évident que la bipolarité régionale qui prédominait depuis 1979, avec Washington et ses alliés régionaux d'un côté, et le bloc iranien de l'autre, touche à sa fin. Dans les années à venir, on verra comment les intérêts de la Turquie, de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et du Qatar divergeront dans un environnement marqué par une multipolarité et une concurrence régionale accrues, car Washington jouera un autre rôle que lors des dernières décennies.»