Conférence de Munich : quid de la sécurité ?

Cette année, la 62e édition de la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC) est placée sous le signe d'incertitudes croissantes. Le Munich Security Report 2026, le rapport préliminaire fourni aux participants, porte l'intitulé alarmant "under destruction". La presse européenne revient sur des moments pivots de conférences passées, analyse la situation actuelle et appelle à définir des visions courageuses pour l'avenir.

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Diena (LV) /

Vers une multiplication des puissance nucléaires

Diena se rappelle l'édition 2011 de la conférence de sécurité, où Hillary Clinton, alors ministre américaine des Affaires étrangères, et son homologue russe Sergueï Lavrov avaient ratifié le traité de réduction des armes stratégiques :

«L'échec de prolonger le traité New Start ou de conclure un nouveau traité marque non seulement la fin abrupte de l'ordre mondial tel que nous le connaissions, mais présente aussi un risque réel de multiplication du nombre des puissances nucléaires. ... La tendance générale à vider de sa substance le droit international, le montée de la peur et de la méfiance entre les Etats sont autant de facteurs qui poussent au réarmement et incitent à songer à se doter de ses propres arsenaux d'armes nucléaires. Ce n'est nullement un gage de sécurité pour le monde.»

La Stampa (IT) /

Même les nations pacifistes fourbissent leurs armes

La Stampa observe une tendance générale au réarmement :

«On distingue trois facteurs principaux : l'usage éhonté de la violence que font les grandes puissances, l'effondrement des derniers restes du système de contrôle des armes nucléaires et l'intensification des attaques russes contre l'Ukraine. ... Ce concours de circonstance a déclenché une course aux dépenses de défense, y compris dans les pays qui se disent pacifistes et pour lesquels le pacifisme est ancré dans la constitution, comme l'Allemagne ou le Japon. Ou les pays qui étaient jusqu'à présent non alignés, tels que la Suède. Ou encore les pays neutres comme la Suisse. Faute d'architecture de sécurité multilatérale, de confiance dans la pax americana dans l'espace transatlantique et l'espace pacifique, il ne nous reste plus qu'à réfléchir aux moyens d'assurer notre défense par nos propres moyens.»

Volodymyr Fessenko (UA) /

Le droit international relégué au second plan

Dans un post Facebook, le politologue Wolodymyr Fessenko analyse la lecture de la guerre russo-ukrainienne dans le rapport de sécurité de la conférence de Munich :

«La thèse centrale semble être la suivante : la guerre russo-ukrainienne risque de plus en plus d'être envisagée non pas comme un enjeu de souveraineté et de respect du droit international, mais comme un conflit opposant deux leaders influents, auxquels il reviendra de négocier et de résoudre le conflit. C'est l'approche de Trump. Une approche qui plaît à Poutine à de nombreux égards. Mais qui présente un risque important tant pour l'Ukraine que pour l'Europe. Comment neutraliser ce risque ? La question reste entière, notamment dans les débats à Munich.»

Český rozhlas (CZ) /

Un nouvel engouement pour les conquêtes territoriales

Český rozhlas n'attend pas grand-chose de la conférence :

«On sait déjà parfaitement quelles seront les conclusions de la conférence de Munich, dans quelques jours : ces dernières années, le monde moderne fait de moins en moins de cas des usages, conventions et recommandations des organisations mondiales comme les Nations Unies visant à policer les relations internationales. De plus en plus souvent, nous sommes confrontés à la volonté impérieuse de dirigeants autoritaires et aux conséquences de leurs velléités hégémoniques. Poutine nous en fournit la preuve en Ukraine, Trump quand il lorgne sur le Groenland ou l'Iran ou encore Xi Jinping, qui a obstinément Taïwan dans le collimateur. La conférence de Munich sur la sécurité a beau avoir des intentions honorables, elle ne changera pas, à courte échéance, les tendances à la mode parmi les grandes puissances et les ambitions qu'elles affichent ouvertement.»

L'Opinion (FR) /

L'Europe a besoin d'une vision partagée

L'Opinion revient sur les propos tenus l'an dernier à Munich par le vice-président américain J. D. Vance, qui avait dénoncé des déficits de l'Europe en termes de démocratie et de liberté d'expression :

«Depuis, l'esprit munichois n'est pas retombé. Perdure ce sentiment de panique devant un nouvel ordre mondial imposé par des prédateurs. ... Dans ce clair-obscur géopolitique, les Vingt-Sept ne peuvent plus se laisser bercer par la douce tergiversation. Ils doivent se donner les moyens d'accélérer leur autonomie. Sur la sécurité. Sur l'énergie. Sur la technologie. Sur la finance. Après les désaccords de Munich, un anti-américanisme primaire ne saurait servir de ciment. C'est autour du couple franco-allemand, soumis à un dangereux délitement, qu'il faut réarmer l'Europe. Avec un souffle et une vision partagés.»