JO : la disqualification d'un athlète ukrainien est-elle justifiée ?
Un casque arborant les images sérigraphiées de 20 athlètes tués lors de la guerre en Ukraine suscite l'émoi. Le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevych, qui entendait rendre hommage à ses coéquipiers, s'est vu retirer son accréditation pour les JO 2026 pour non-conformité à la réglementation. Les commentateurs européens mettent en cause le bien-fondé de la décision du CIO.
Le sport peut se mêler d'éthique
Via son compte Facebook, la militante des droits humains Oleksandra Matviïtchouk lance un appel au CIO :
«Je voudrais rappeler au Comité olympique international que si le sport doit se tenir à l'écart des questions politiques, il peut se prononcer sur des questions d'éthique. Le casque de Heraskevych honorant ses coéquipiers qui ont fait partie du mouvement olympique contrariera peut-être le Kremlin, mais les représentants du Comité international olympique ne devraient pas s'en émouvoir. Je persiste et signe : rendre hommage n'est pas un manquement aux règles.»
Plus de discernement aurait été salutaire
Le CIO a adopté une interprétation trop étroite de son règlement, critique Tagesspiegel :
«'Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique', stipule la charte olympique. Mais peut-on qualifier de 'propagande politique' un hommage rendu à des sportifs tués ? Lors des Jeux de Pékin en 2022, Heraskevych avait brandi un panneau portant l‘inscription 'Pas de guerre en Ukraine'. Quelques jours plus tard, la Russie envahissait son pays. A l'époque, le CIO avait jugé que l'athlète lançait un 'appel général pour la paix' et ne l'avait pas disqualifié au titre de l'article 50. Cette fois-ci aussi, le CIO aurait pu faire preuve de plus de discernement.»
Des portraits de victimes, pas des slogans
Dans Ekho, le rédacteur en chef de la chaîne de télévision Dojd, Tichon Dsiako, voit dans la disqualification de l'athlète une preuve de l'indifférence croissante à la souffrance des Ukrainiens :
«On pourrait comprendre le CIO si son casque avait affiché un slogan ou des propos injurieux, le logo d'un parti politique ou un appel à la violence. Mais rien de tel n'a été le cas : il arborait des portraits de personnes qui auraient pu participer aux Jeux olympiques, mais qui ne le feront jamais, parce qu'elles ont été tuées dans cette guerre absurde et cruelle. Cette guerre est devenue une normalité pour le monde entier. La décision du CIO le confirme une nouvelle fois.»
Une exclusion pleine de contradictions
En insistant sur des Jeux apolitiques, le CIO fait preuve d'une attitude incohérente, rappelle Irish Independent :
«Le CIO a-t-il oublié qu'en 2022, il a exclu la Russie et le Belarus de l'ensemble des compétitions olympiques ? Et qu'il avait ainsi fait la plus grande déclaration politique d'une fédération sportive depuis la fin de l'apartheid ? L'ironie de l'histoire, c'est qu'il y a quatre ans, le CIO avait pris la bonne décision. Il avait fait preuve d'une plus grande fermeté que bien d'autres instances dirigeantes, notamment les tournois mondiaux de tennis, qui ont lâchement sanctionné Wimbledon d'avoir pris position contre Vladimir Poutine. En excluant Heraskevych, le CIO se retrouve maintenant lui-même dans le rôle du méchant.»