Ultimatum américain à l'Iran : quelles conséquences ?
Donald Trump a accru la pression sur l'Iran, enjoignant au régime d'accepter un accord sur le programme nucléaire. Faute d'entente d'ici 15 jours, le président américain a prévenu de "graves conséquences". Téhéran a évoqué une riposte "déterminée et appropriée" en cas d'attaque. Les chroniqueurs sondent les répercussions qu'une offensive étatsunienne aurait sur la région.
Téhéran espère une guerre à l'issue favorable
Dans le quotidien Financial Times, le politologue Vali Nasr analyse la situation :
«L'impression se renforce à Téhéran que l'Iran n'obtiendra rien à la table des négociations ; que le pays devrait plutôt accepter l'inévitabilité de la guerre, se préparer à la conduite de celle-ci, et espérer que le conflit amène le changement espéré par Téhéran : qu'il éreinte les Etats-Unis, au point que ceux-ci fassent une croix sur de futures agressions et approuvent un accord nucléaire plus avantageux du point de vue iranien. … Les Etats-Unis attendent que le peuple se soulève à nouveau et renverse ses dirigeants. Ceux-ci, pour leur part, espèrent le contraire : que la guerre décuple l'enthousiasme patriotique et que le nationalisme prenne le dessus.»
Précipiter le déclin du régime
Il y a côté américain différents points susceptibles de justifier un assaut, juge pour sa part Corriere della Sera, reprenant une analyse de Michael Rozenblat, du think-tank américain Atlantic Council :
«Les faiblesses systémiques internes du régime – hyperinflation, pénurie d'eau, corruption galopante –, conjuguées aux récentes protestations, témoignent d'un inexorable déclin. Mais attendre passivement l'effondrement du régime n'est pas une stratégie durable en mesure de préserver les intérêts régionaux des Etats-Unis. Une approche active, y compris militaire, permettrait à Washington de piloter la transition, garantissant un scénario d'après-régime favorable et empêchant la Russie et la Chine d'exploiter un vide de pouvoir en Iran.»
Visiblement pas de plan pour le jour d'après
Der Standard évoque les arguments en défaveur d'une attaque :
«Se débarrasser enfin du régime des mollahs serait une bénédiction pour les habitants du pays, un soulagement pour de nombreux Etats voisins et la fin d'une menace existentielle pour Israël. Mais pour qu'un tel scénario se concrétise, il faudrait une attaque rapide et ciblée, qui ne semble pas vraiment envisageable pour le moment ; ainsi qu'une feuille de route viable pour le jour d'après. Or si un tel plan existe, il est difficile d'en deviner les contours aujourd'hui. Ceci doit figurer parmi les arguments en défaveur d'une attaque.»
Vers un conflit de longue haleine
La situation est très sérieuse, prévient Phileleftheros :
«S'il devait y avoir une offensive, il est certain que celle-ci ne se limitera pas à une seule frappe ou à une série de frappes. De l'avis des experts en Israël, une possible attaque pourrait même durer des semaines, ce qui expliquerait l'énorme contingent de forces armées que les Américains ont amassées dans la région. L'espoir que le régime iranien soit raisonnable et qu'on puisse éviter le pire est élevé, en Israël comme ailleurs. Mais on peut difficilement se fier aveuglément à cette perspective.»