Un changement de régime est-il possible en Iran ?

"Je déclare ce soir au peuple iranien, admirable et fier : l'heure de votre liberté est enfin venue". Voilà la promesse faite par le président américain, Donald Trump, lors de son allocution au début de la guerre contre l'Iran. Après l'assassinat du guide suprême Ali Khamenei, le régime a nommé son fils pour lui succéder. De l'avis des éditorialistes, la base de pouvoir des mollahs reste globalement intacte.

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Delfi (LV) /

Les mollahs sont indélogeables

Delfi montre en quoi obtenir un changement de régime est bien plus difficile que ce que prétend Washington :

«La Maison-Blanche se berce-t-elle vraiment d'illusions en pensant que des missiles pourraient détruire une théocratie brutale et dirigeant le pays d'une main de fer, et qu'il suffirait de quelques frappes pour que la population renverse les mollahs ? Malheureusement, si l'on regarde l'Iran, le tableau est plutôt sombre : l'opposition est affaiblie, réprimée et divisée ; le successeur du dernier chah ne dispose pas d'une assise importante et l'emprise idéologique de la structure étatique de facto – les gardiens de la révolution – est inébranlable. La continuité de la chaîne de commandement, les réseaux décentralisés et les liens privilégiés avec les forces armées des régions voisines garantissent une capacité de résistance qui surpasse largement le préjudice causé par l'exécution de quelques commandants.»

Der Spiegel (DE) /

Une consolidation des tenants de la ligne dure

Der Spiegel ne brosse pas un tableau encourageant :

«Soit la guerre occasionnera un véritable changement de régime, soit elle n'aura abouti à rien : les installations nucléaires pourront être reconstruites, les commandants remplacés. Pendant que le régime érige des martyres, ses faucons, désormais renforcés, considèrent toute volonté de compromis comme une attitude naïve. Les offensives aériennes ne pourront pas faire chuter à elles seules le régime. Pour ce faire, il faudrait des forces armées au sol et une opposition capable de combler la vacance du pouvoir. Or rien ne laisse présager ce scénario. Et si on part du principe que les attaques aériennes sont insuffisantes, on risque de faire monter l'escalade d'un cran, avec l'envoi de troupes au sol, soit un bourbier sans nom, duquel il sera encore plus difficile de s'extraire.»

La Repubblica (IT) /

Le régime continue d'intimider le peuple

Dans La Repubblica, l'autrice et militante des droits humains Pegah Moshir Pour souligne que l'oppression se poursuit :

«Téhéran pleure à cause des bombardements, mais aussi de tout ce qu'on lui a volé depuis des années : son souffle, la paix, la dignité, la possibilité de s'imaginer un avenir. … Et alors que la ville tremble, le régime fait ce qu'il a toujours su faire le mieux : menacer, plutôt que protéger. Les citoyens reçoivent sur leur téléphone portable des messages froids, tranchants, conçus pour être inoculés dans les esprits comme une autre forme de terreur. Ce sont des informations qui parlent de surveillance, de contrôle, de sanctions. … Comme si un peuple qui souffre déjà de la guerre, de la répression et de la misère devait être réduit au silence par le langage toxique de l'intimidation.»

Der Standard (AT) /

Ce n'est pas une guerre juste

Rien ne s'est amélioré pour le peuple, déplore à son tour Der Standard :

«Dans la thèse de la "guerre légitime" (bellum iustum), on retrouve le meurtre du tyran. Avec comme parabole, la mort d'Adolf Hitler, qui l'aurait empêché d'infliger plus de souffrances au monde. C'est la logique dans laquelle Etats-Unis et Israël inscrivent leur action : ils ont assassiné le guide suprême Ali Khamenei. … Mais on ne peut pas revendiquer une 'guerre légitime' aussi facilement dans ce cas. Il y a, ici aussi, des conditions fondamentales à remplir. Pour en revenir au meurtre du tyran, celui-ci ne se justifie que s'il met réellement un terme à aux souffrances. C'est loin d'être le cas en Iran. Le régime des mollahs reste opérationnel, rien n'a changé pour les Iraniens.»