Allemagne : la social-démocratie en crise ?

Les lourdes pertes subies par le SPD lors de deux élections régionales mettent aussi à l'épreuve la coalition 'noir-rouge' à Berlin. Le chancelier, Friedrich Merz (CDU), a déclaré que le 'rythme de travail' serait maintenu, tout en annonçant des réformes. De son côté, la présidente du SPD, Bärbel Bas, souhaite engager une discussion de fond sur le cap suivi par le parti. Les chroniqueurs s'interrogent sur les enseignements à tirer et les stratégies à adopter.

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Der Standard (AT) /

Une grande refonte est nécessaire

Le SPD doit allier compétence économique et capacité de réformes s'il souhaite redevenir crédible auprès des électeurs, estime Der Standard :

«Le parti est délaissé par les urnes, car nombreux sont les citoyens à ne plus se sentir représentés par lui. Autrefois, mêmes ceux qui ne s'intéressaient pas à la politique en étaient convaincus : le SPD veille à ce que les 'petites gens' ne soient pas laissés pour compte. ... Mais il y a longtemps que sont réduites à peau de chagrin les richesses à redistribuer. … Le SPD se retrouve donc face à un défi de taille : il doit prouver non seulement qu'il est aux côtés des plus démunis, mais aussi qu'il maîtrise la situation économique dans son ensemble. Et pour améliorer celle-ci, des réformes sont nécessaires, qu'il s'agisse des retraites, de l'assurance maladie, des soins ou du marché du travail.»

Die Welt (DE) /

Prendre exemple sur le Danemark

Die Welt recommande au SPD de s'inspirer de son voisin scandinave :

«Au Danemark, le parti de la Première ministre, Mette Frederiksen, a rectifié le tir en faisant preuve de pragmatisme sur le plan migratoire et économique, et en s'adressant à la classe moyenne qui travaille. Avec pour résultat l'effondrement de l'extrême droite. Cette équation vaut pour l'Allemagne : sans changement de cap, pas de retour en force du SPD. Or un changement de cap demande du temps et la coalition ne dispose que d'une 'fenêtre' restreinte : cet été. C'est à ce moment-là qu'une série de réformes doit être mise en place : réduction des impôts, des cotisations, de la bureaucratie et hausse de la compétitivité pour les prix de l'énergie. Bref, un pays où travailler vaut à nouveau le coup.»

Mediapart (FR) /

Une politique pas assez sociale

Le modèle réformiste du parti a pris l'eau, fait valoir Mediapart :

«Longtemps, le SPD a été présenté en France comme un exemple de réformisme réussi, qui tranchait avec une gauche socialiste française encore trop 'dogmatique'. Outre que la comparaison était contestable, elle oubliait que la logique réformiste du SPD, dominante depuis près d'un siècle, est devenue un piège lorsque le système ne s'est plus laissé réformer. Lorsque, pour sauver le capitalisme allemand, il a fallu abandonner les chômeurs, puis les précaires, puis les retraités et enfin les ouvriers, le SPD a toujours répondu présent en s'appuyant sur le fond de la doctrine réformiste : la bonne santé du capital garantit l'amélioration de la condition des classes populaires. Mais puisque cette doctrine prend désormais l'eau et que le SPD n'en a pas d'autre, sa cohérence s'effondre et son utilité politique avec elle.»

Český rozhlas (CZ) /

La coalition en difficulté

Český rozhlas juge la gouvernance fédérale mise à mal :

«Malgré la victoire de son parti, la CDU, en Rhénanie-Palatinat, Friedrich Merz ne peut crier victoire. Car la défaite du SPD pourrait lui donner bien du fil à retordre en matière de gouvernance. Après sa défaite aux régionales, on peut s'attendre à ce que le SPD cherche à se profiler et à se démarquer de son partenaire de coalition. Il est donc possible que le cheval de bataille de Merz et de sa chancellerie – les réformes visant à relancer l'économie – se trouve menacé. … Si le gouvernement Merz se retrouvait prisonnier de querelles au sein de la coalition et que les promesses faites aux électeurs s'avéraient irréalisables, la frustration envers les partis traditionnels ne fera qu'augmenter.»

Kurier (AT) /

Pas d'autre solution pour la CDU

Selon Kurier, le chancelier Friedrich Merz n'a pas d'autre choix d'allié gouvernemental:

«En réalité, la CDU ferait bien de se poser des questions face aux récentes défaites du SPD. C'est de concert que les deux partis dirigent le pays à Berlin, et l'engagement a été pris de redynamiser l'économie et d'engager un ensemble de réformes pour offrir un système social viable. Certes, cette coalition est un mariage de raison depuis ses débuts. Mais étant donné sa diabolisation excessive des Verts (dont la popularité n'est actuellement pas excellente) et l'existence d'un 'cordon sanitaire' indiscuté contre l'extrême droite, la CDU n'a pas pas d'autre choix. … Elle ferait bien de ne pas exploiter la faiblesse du SPD. Seule l'AfD tire profit de la conjoncture actuelle.»