Italie : les électeurs bloquent la réforme judiciaire de Meloni

En Italie, une réforme de la magistrature a été rejetée par référendum. Le vote, nécessaire pour pouvoir engager la révision constitutionnelle correspondante, s'est soldé par une victoire du 'non' avec 54 pour cent des suffrages. La Première ministre, Giorgia Meloni, était en première ligne pour défendre le 'oui'. Si elle avait préalablement exclu de démissionner en cas de défaite, deux hauts responsables du ministère de la Justice ont néanmoins quitté leur poste.

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Contributors (RO) /

Eviter les erreurs roumaines

La séparation stricte entre les carrières de juges et de procureurs ne sera finalement pas appliquée. C'est une bonne chose, car cela n'a pas fonctionné en Roumanie, fait valoir l'ancien juge Cristian Danileț sur le portail de blogs Contributors :

«La véritable question est de savoir si le procureur fera toujours partie de la magistrature, muni d'un statut constitutionnel et légal suffisamment robuste pour résister aux pressions politiques. … Le résultat, on le voit aujourd'hui en Roumanie : les procureurs sont quasi inexistants, des dossiers clos depuis longtemps sont rouverts, les juges disposent d'un pouvoir arbitraire et les délais de prescription sont absents. La Roumanie, jadis décriée comme une 'république des procureurs', est devenue le 'paradis des coupables', qui affichent un sourire complice.»

La Repubblica (IT) /

Des boucs émissaires tout trouvés

La cheffe du gouvernement se soustrait à toute autocritique, dénonce La Repubblica:

«Le tsunami référendaire a déferlé sur sa majorité et a de facto remis en cause son leadership. Pour autant, Meloni ne se sent pas tenue de rendre des comptes politiques devant le Parlement et le pays. A la place, elle mise sur un grand ménage de printemps interne. Celui-ci lui permet de faire porter par un groupe de boucs émissaires la responsabilité et les coûts de la défaite politique de l'aventure référendaire, qu'elle a menée avec la conviction de l'emporter.»

The Irish Times (IE) /

Une érosion de la stabilité politique

Le référendum traduit un mécontentement général, selon The Irish Times :

«Il constitue le premier échec significatif pour la coalition de Meloni, qui a présidé à une rare phase de stabilité politique. Il encouragera les partis d'opposition, alors que débute la campagne au long cours en vue des élections de 2027. Si Meloni rejette l'affirmation selon laquelle cet échec serait un 'avis d'expulsion', elle est contrainte de reconnaître que l'électorat est dans l'incertitude et préoccupé par la hausse du coût de la vie et des perspectives économiques moroses.»

taz, die tageszeitung (DE) /

La gauche peut reprendre espoir

Après la défaite de Meloni, la gauche a le vent en poupe, constate Michael Braun, correspondant du quotidien taz à Rome :

«Meloni doit maintenant apposer un gros point d'interrogation au 'triomphe' aux législatives de 2027, qu'elle croyait acquis en cas de victoire au référendum ; ainsi qu'à son projet d'installer en 2029 un président aux ordres de la droite, voire de candidater elle-même à cette fonction. Pour la première fois depuis des décennies, la gauche enregistre une réelle victoire. … Le centre-gauche peut maintenant tirer profit du capital politique amassé lors de la campagne du référendum, clairement remportée, et tabler sur des chances solides pour les législatives de 2027.»

Corriere del Ticino (CH) /

Le vote n'a pas porté sur la réforme

La forte politisation du référendum a favorisé le non, juge Corriere del Ticino :

«Ce rejet s'explique par des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec la question complexe de la séparation des carrières des magistrats et sur la réforme de leur instance de contrôle. Cette campagne si âpre, si dure, avec des accents parfois violents, a fini par transformer un référendum sur un processus constitutionnel en test pour le gouvernement en place. … La Première ministre italienne ne démissionnera pas, mais le gouvernement est affaibli, après quatre années d'indéniable stabilité. Au-delà des meilleures intentions affichées par ses promoteurs, la réforme est finalement apparue comme un règlement de compte entre la classe politique et la magistrature.»

Le Temps (CH) /

Un rejet pour plusieurs raisons

Le Temps explique la défaite de Meloni :

«L'intitulé particulièrement complexe de la réforme ne parlait pas aux Italiens. … Chez nos voisins, on peut critiquer un certain corporatisme des juges et procureurs, mais on se méfie bien davantage de l'ingérence politique dans le système judiciaire. … Un dernier facteur est à prendre en compte pour expliquer l'échec de Giorgia Meloni : Bruxelles. L'UE voyait d'un très mauvais œil cette réforme de la justice qui menaçait, selon elle, de faire de l'Italie un régime 'à la Orbán' et de compliquer la lutte contre la corruption. … Une majorité d'Italiens ont vu dans la réforme un cheval de Troie pour accroître l'emprise toujours plus autoritaire du camp Meloni sur l'Italie.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Au devant de difficultés

Les Italiens ont donné une leçon à Meloni, commente Frankfurter Allgemeine Zeitung :

«Meloni avait certes affirmé dans la campagne du référendum qu'il ne s'agissait pas d'un référendum sur son avenir politique, mais d'une réforme de la justice. Mais elle s'est engagée à tel point dans la campagne que le vote s'est bel et bien transformé en un référendum sur sa propre personne. … Il faudra voir si Meloni et sa coalition auront désormais la force de mener les deux autres grands projets de réforme – la réforme électorale visant à consolider le poste de chef du gouvernement, ainsi que le renforcement de l'autonomie des régions. Après l'échec du référendum sur la justice, on peut penser que l'apogée du pouvoir de Meloni est derrière elle.»

Corriere della Sera (IT) /

L'heure est à la démocratie

Corriere della Sera voit la forte participation comme un appel au dialogue :

«Elle signale une revitalisation de la démocratie directe, qui semblait menacée par l'abstention. La participation massive légitime la victoire du 'non' au référendum, et marque la défaite du 'oui' promu par le gouvernement. C'est la nation italienne qui a voté, et non une minorité. … Se dessine cependant l'image d'un pays divisé. Une image qui devrait inciter les perdants, mais aussi les gagnants, à respecter le camp opposé et à engager ensemble un nouveau cycle. Il sera nécessaire de reprendre le dialogue au Parlement.»