Italie : les électeurs rejettent la réforme de la justice de Meloni
En Italie, une réforme de la magistrature a été rejetée par référendum. Le vote, nécessaire pour pouvoir engager la révision constitutionnelle correspondante, s'est soldé par une victoire du 'non' avec 54 pour cent des suffrages. La Première ministre, Giorgia Meloni, était en première ligne pour défendre le 'oui'. Elle avait néanmoins préalablement exclu de démissionner en cas de défaite.
Le vote n'a pas porté sur la réforme
La forte politisation du référendum a favorisé le non, juge Corriere del Ticino :
«Ce rejet s'explique par des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec la question complexe de la séparation des carrières des magistrats et sur la réforme de leur instance de contrôle. Cette campagne si âpre, si dure, avec des accents parfois violents, a fini par transformer un référendum sur un processus constitutionnel en test pour le gouvernement en place. … La Première ministre italienne ne démissionnera pas, mais le gouvernement est affaibli, après quatre années d'indéniable stabilité. Au-delà des meilleures intentions affichées par ses promoteurs, la réforme est finalement apparue comme un règlement de compte entre la classe politique et la magistrature.»
Un rejet pour plusieurs raisons
Le Temps explique la défaite de Meloni :
«L'intitulé particulièrement complexe de la réforme ne parlait pas aux Italiens. … Chez nos voisins, on peut critiquer un certain corporatisme des juges et procureurs, mais on se méfie bien davantage de l'ingérence politique dans le système judiciaire. … Un dernier facteur est à prendre en compte pour expliquer l'échec de Giorgia Meloni : Bruxelles. L'UE voyait d'un très mauvais œil cette réforme de la justice qui menaçait, selon elle, de faire de l'Italie un régime 'à la Orbán' et de compliquer la lutte contre la corruption. … Une majorité d'Italiens ont vu dans la réforme un cheval de Troie pour accroître l'emprise toujours plus autoritaire du camp Meloni sur l'Italie.»
Au devant de difficultés
Les Italiens ont donné une leçon à Meloni, commente Frankfurter Allgemeine Zeitung :
«Meloni avait certes affirmé dans la campagne du référendum qu'il ne s'agissait pas d'un référendum sur son avenir politique, mais d'une réforme de la justice. Mais elle s'est engagée à tel point dans la campagne que le vote s'est bel et bien transformé en un référendum sur sa propre personne. … Il faudra voir si Meloni et sa coalition auront désormais la force de mener les deux autres grands projets de réforme – la réforme électorale visant à consolider le poste de chef du gouvernement, ainsi que le renforcement de l'autonomie des régions. Après l'échec du référendum sur la justice, on peut penser que l'apogée du pouvoir de Meloni est derrière elle.»
L'heure est à la démocratie
Corriere della Sera voit la forte participation comme un appel au dialogue :
«Elle signale une revitalisation de la démocratie directe, qui semblait menacée par l'abstention. La participation massive légitime la victoire du 'non' au référendum, et marque la défaite du 'oui' promu par le gouvernement. C'est la nation italienne qui a voté, et non une minorité. … Se dessine cependant l'image d'un pays divisé. Une image qui devrait inciter les perdants, mais aussi les gagnants, à respecter le camp opposé et à engager ensemble un nouveau cycle. Il sera nécessaire de reprendre le dialogue au Parlement.»