Portugal : un projet contesté de révision constitutionnelle
Ce 2 avril, le Portugal commémorait le 50e anniversaire de sa Constitution, qui instaura la démocratie dans le pays en 1976 suite à la révolution des Œillets, dont l'orientation à gauche marqua le texte. Cependant, pour la première fois au Parlement, une majorité des deux tiers a été obtenue à droite de l'échiquier politique avec le PSD, IL et Chega, qui ambitionne de réviser cette "loi fondamentale".
Le sanctuaire idéologique des vieux socialistes
Une Constitution doit pouvoir être réformée, notamment lorsqu'elle n'est pas neutre idéologiquement, écrit Observador :
«Toute Constitution démocratique doit garantir que les électeurs puissent, à tout moment, choisir des orientations différentes pour la société. Il est même naturel qu'au fil des ans et des décennies, ce qui semblait autrefois le meilleur consensus de nos choix de société devienne caduc, car l'avenir ne saurait être prédéterminé par la Constitution. Pourtant, la Constitution de 1976 définissait précisément le modèle de société visé, une société 'juste et solidaire', c'est-à-dire socialiste. … La Constitution de la République est devenue le sanctuaire de ceux qui ont toujours voulu que le Portugal reste figé en 1976.»
Ne pas faire de la Constitution un bouc émissaire
Jornal de Notícias salue l'attitude du président socialiste :
«En rejetant la révision constitutionnelle comme solution automatique aux mécontentements de la société, António José Seguro ramène le débat à l'essentiel : ce n'est pas le texte fondateur de la démocratie portugaise qui échoue, mais le fait que ses objectifs et promesses soient encore en construction. Il s'agit d'un pacte vivant se transmettant d'une génération à l'autre et qui continue d'offrir les leviers nécessaires pour répondre aux inégalités, à la crise du logement ou aux carences de l'Etat-providence. Il faut à tout prix éviter de transformer la Constitution en bouc émissaire de l'impuissance publique.»
De possibles dégâts collatéraux durables
Expresso met en garde contre une révision constitutionnelle qui risquerait d'accentuer encore davantage la fracture au sein de la société :
«La majorité des deux tiers formée par le PSD, IL et Chega ouvre la voie à une possible révision de la Constitution. Mais se servir de cette opportunité juste parce qu'on en a les moyens serait une énorme erreur. Si la droite usait de cet exercice démocratique pour se venger, en quelque sorte, de la gauche, elle commettrait un grand impair. Bien que démocratiquement légitime, une telle démarche pourrait remettre en cause 50 années d'acquis durement obtenus, et créer des brèches profondes au sein du système politique actuel, dans lesquelles ceux qui cherchent secrètement un changement de régime pourraient facilement s'engouffrer.»