Elections bulgares : comment interpréter la victoire de Radev ?

Pour la huitième fois en cinq ans, des législatives se sont tenues en Bulgarie dimanche. Cette fois-ci, le résultat est sans équivoque : la coalition Bulgarie progressiste, nouvelle alliance de centre-gauche fondée par l'ex-président Roumen Radev, a remporté la majorité absolue en obtenant près de 45 pour cent des voix. Le parti conservateur GERB de l'ex-Premier ministre Boïko Borissov a seulement atteint 13 % des suffrages. Quelles seront les conséquences sur l'attitude de la Bulgarie face à Bruxelles ?

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e-vestnik (BG) /

Borissov est tombé, mais pas son système

Pour e-vestnik, les électeurs ont vu en Radev l'unique moyen de se débarrasser de Borissov :

«La majorité pro-russe [de Radev] au Parlement ne reflète pas le véritable rapport de force au sein de la société. Jusqu'à présent, les défenseurs de l'agresseur russe disposaient d'un tiers des sièges environ. Mais à présent, les électeurs souhaitant évincer Borissov, en majorité, ont donné leurs voix à Radev. ... Beaucoup de ceux qui ont voté pour lui seront vite déçus et il n'y aura pas de nouvelles élections de sitôt. Tout porte à croire que Radev marchera dans les pas d'Orbán et rejoindra les rangs de Fico au sein de la famille européenne. Et qu'il se contentera de remplacer Borissov, au lieu de démanteler le système que ce dernier a mis en place.»

La Repubblica (IT) /

Le nouveau suppléant du véto en UE

La Repubblica exprime son inquiétude :

«La Bulgarie risque de devenir la nouvelle Hongrie. Du moins dans son rôle d'épine dans le pied de l'Europe et de 'cinquième colonne' de Poutine. Car celui qui a remporté les législatives n'est autre que Roumen Radev, président du nouveau parti 'Bulgarie progressiste', ouvertement souverainiste et pro-russe. Depuis le début de sa campagne, il a défendu une position anti-ukrainienne. Si Radev réussit à former un gouvernement, le plus grand danger qui doit alerter l'Union est qu'il devienne 'l'homme du véto', à l'instar d'Orbán.»

Rzeczpospolita (PL) /

Un Orbán inoffensif

L'éditeur de Rzeczpospolita, Bogusław Chrabota, se veut rassurant :

«La plupart des observateurs européens voient en Roumen Radev un nouveau Viktor Orbán. Surtout parce qu'il critique ouvertement Bruxelles et flirte avec les Russes. Curieusement, Radev se présente lui-même comme un Péter Magyar bulgare. Mais il s'agit possiblement d'une simple image de com' censée le démarquer d'un homme politique associé depuis un certain temps aux échecs politiques. ... Dans sa fonction de Premier ministre, Radev pourra certes être modérément eurosceptique, mais il ne fera pas chavirer le bateau européen. Au fond, c'est un 'Orbán sans dents'.»

Corriere della Sera (IT) /

Un profil de rebelle gagnant

Corriere della Sera décrypte la clé du succès du grand vainqueur :

«La montée de Radev a été marquée par la promesse de lutter contre la corruption et 'l'Etat mafieux' qui minent le pays le plus pauvre de l'UE. Bien qu'ayant occupé les plus hauts postes de la politique depuis plus d'une décennie, il a réussi à se repositionner en tant que rebelle en surfant sur la vague des protestations anti-corruption qui a fait chuter le gouvernement en décembre, pour la septième fois en cinq ans. Une mobilisation initiée en réalité par le parti libéral pro-européen, un parti qui avait perdu des soutiens : Radev leur a attribué la responsabilité du coût de la vie élevé, car ils avaient approuvé l'introduction de l'euro.»