Le chef du Kremlin propose Schröder comme médiateur

Le président russe, Vladimir Poutine, a proposé son ami, l'ex-chancelier Gerhard Schröder, comme médiateur dans la guerre entre Russie et Ukraine. Il pourrait très bien imaginer la médiation de l'ex-chef de file du SPD pour ouvrir les négociations avec l'Europe, a-t-il affirmé à l'issue du défilé militaire de samedi, à Moscou. Les éditorialistes s'interrogent : est-ce une bonne idée ?

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Der Freitag (DE) /

Choisir l'expérience

Der Freitag salue la proposition :

«Ce serait un véritable coup diplomatique si les Européens présentaient subitement leur propre médiateur, et justement celui-ci. … Début 2003, il s'était opposé au président George W. Bush, qui appelait les nations à prêter main-forte aux Etats-Unis dans leur guerre en Irak, au sein d'une 'coalition des volontaires'. … Chef de gouvernement d'un pays au cœur de l'Europe, Gerhard Schröder avait alors empêché que le continent dans son ensemble devienne le complice, et par conséquent l'otage, d'un conquérant présomptueux. Accorder ce mandat de faiseur de paix à cet homme reviendrait à lui exprimer une reconnaissance a posteriori, et démontrer cette confiance en soi européenne tant invoquée.»

The Times (GB) /

Un profil inadapté

Gerhard Schröder ne permettra pas d'obtenir une paix équitable pour l'Ukraine, prévient The Times :

«Certains Allemands verraient d'un œil favorable la participation de Berlin aux négociations sur l'Ukraine au lieu de devoir compter sur les envoyés du président Trump. Pour eux, si l'avenir de l'Ukraine en Europe doit être débattu, alors il vaut mieux s'appuyer sur quelqu'un qui comprend à la fois l'Europe et la Russie. Un tel raisonnement témoigne d'une certaine amnésie. … En mars 2022, Gerhard Schröder s'était mis en scène en pacificateur et avait lamentablement échoué. Comme le dit Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne : la nomination de Gerhard Schröder au poste de médiateur permettrait à l'homme du Kremlin d'être assis des deux côtés de la table.»

Weltwoche (CH) /

Les vrais médiateurs ont un pied dans chaque camp

Die Weltwoche contredit Kallas :

«Selon elle, l'Allemand serait 'assis des deux côtés de la table'. Est-ce mal ? Etre assis des deux côtés signifie comprendre les deux côtés. C'est la meilleure condition pour une médiation. A une époque, la Suisse a excellé dans cet exercice. Pour Kallas, c'est négatif. En disant cela, elle indique ses ambitions réelles : une paix dictée par l'Occident qui humilie la Russie. Elle a confirmé une seule chose, à ses dépens : Schröder serait le meilleur choix.»

Népszava (HU) /

Steinmeier serait un bon choix

Népszava approuve l'alternative proposée par Berlin, à savoir nommer le président allemand Frank-Walter Steinmeier médiateur :

«Moscou aurait du mal à couper court à cette proposition. D'une part, parce qu'il s'agit du chef d'Etat réputé de l'Allemagne. D'autre part, parce que Steinmeier, bien qu'il ait condamné plusieurs fois avec véhémence Moscou pour sa guerre d'agression, avait visé de très bonnes relations avec la Russie lorsqu'il était ministre social-démocrate des Affaires étrangères. Une position qui lui avait voulu plus tard des reproches de russophilie. C'est justement pour cette raison que l'idée allemande est astucieuse : si les dirigeants russes la rejetaient, cela reviendrait à prouver qu'ils continuent à s'obstiner à ne vouloir que la guerre et non une réconciliation, même si la Russie semble de moins en moins capable d'atteindre ses objectifs en Ukraine.»

Süddeutsche Zeitung (DE) /

Semer le trouble

Süddeutsche Zeitung détaille les motivations du chef du Kremlin :

«Poutine veut attiser les troubles en Europe en simulant une disposition au dialogue. Ce n'est pas nouveau. De même que le fait d'évoquer que 'cette affaire' (la guerre) 's'achèvera bientôt'. Ces propos, cette proposition, sont le contraire d'une diplomatie sérieuse et efficace. C'est limpide cette fois-ci – on serait même tenté d'y voir une note de désespoir. Poutine a quoi qu'il en soit toutes les raisons de faire des pseudo-propositions. Cela fait longtemps que l'Ukraine n'avait pas été en aussi bonne posture sur le plan militaire.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Tout sauf un médiateur neutre

Frankfurter Allgemeine Zeitung explique pourquoi Gerhard Schröder ne saurait être un médiateur approprié :

«L'ex-chancelier a longtemps été à la solde de la Russie. Il ne serait donc pas un médiateur neutre, ni entre Kyiv et Moscou, ni entre l'Europe et Moscou. Personne ne lui fera confiance en Ukraine, pas plus qu'en Europe. Schröder est l'homme de Poutine ; le fait qu'il ait opté pour l'argent russe à la fin de sa carrière politique le disqualifie aujourd'hui en tant que diplomate.»

La Repubblica (IT) /

Une sincérité mise en doute

La Repubblica explique pourquoi l'UE n'acte pas la disposition au dialogue du président russe :

«Le message [de Poutine] a suscité doutes et perplexité à Bruxelles. … Les dirigeants institutionnels de l'UE sont convaincus que 'ce n'est pas le bon moment pour discuter avec Poutine'. Il est évident que dans les chancelleries du Vieux-Continent, rares sont ceux à compter sur la bonne foi du chef d'Etat russe. L'interprétation la plus répandue, c'est que cette mesure a surtout pour but de gagner du temps, à un moment de difficultés extrêmes, aussi bien sur la scène politique intérieure que sur le terrain militaire en Ukraine.»