Scandales de corruption en Espagne : Sánchez sous pression

En dépit de scandales de corruption, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, entend rester en poste : lors du congrès de l'organisation de jeunesse de son parti, dimanche, il a exclu la tenue d'élections anticipées. La semaine dernière, la police avait perquisitionné le siège du parti socialiste (PSOE) à Madrid. Une enquête a également été ouverte contre l'ancien Premier ministre José Luis Zapatero.

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El Periódico de Catalunya (ES) /

Plus vraiment viable

Dans El Periódico de Catalunya, la politologue Astrid Barrio évoque une impasse politique :

«Pedro Sánchez a de plus en plus de mal à maintenir une majorité viable, tandis que [le chef de file du PP] Alberto Núñez Feijóo ne trouve pas les soutiens nécessaires pour former une alternative sérieuse. Le plus grand défi de Sánchez, ce n'est pas la corruption, mais la viabilité gouvernementale. Un Parlement morcelé et la dépendance vis-à-vis d'une majorité hétérogène limitent sa marge de manœuvre, comme le montre l'absence d'accord sur le budget. … C'est tout sauf anodin : cela prolonge la paralysie institutionnelle, attise la polarisation et érode la confiance des citoyens.»

El País (ES) /

Rendre des comptes aux citoyens

El País appelle Sánchez à joindre les actes à la parole :

«Les enjeux sont considérables. Le spectre du déclin, qui décharne les socialistes français et allemands, plane désormais au-dessus du PSOE. … Pour la première fois dans l'histoire démocratique de l'Espagne, un parti xénophobe et ultra-réactionnaire [Vox] est aux portes du pouvoir. L'heure n'est pas aux frivolités et à la démagogie. … Sánchez avait raison, dans son discours lors de la motion de censure qui avait renversé son prédécesseur Mariano Rajoy [en 2018] : 'La corruption, lorsqu'elle n'entraîne pas de réaction ferme et d'action exemplaire, sape la confiance dans les institutions'. … A lui désormais de joindre les actes à la parole.»

ABC (ES) /

Cuit à l'étouffé

ABC juge qu'une motion de censure serait une méthode erronée :

«Il y a pléthore de raisons qui justifieraient une motion de censure contre ce gouvernement, qui s'est enfoncé dans un bourbier de corruption politique et institutionnelle. … Mais il n'y a pas un réservoir de voix suffisant pour la remporter. … Dans le contexte actuel, ce vote détournerait seulement l'attention et ferait oublier la situation désastreuse du gouvernement. Ce ne sont pas les reproches de l'opposition, mais les dossiers judiciaires qui acculent le gouvernement Sánchez. … La situation devrait perdurer jusqu'à l'automne, ou du moins jusqu'à la fin des vacances estivales, de telle sorte que Sánchez devra mijoter dans la marmite des procédures en cours.»

La Stampa (IT) /

Un Premier ministre attaqué de toutes parts

Le Premier ministre espagnol est en pleine tempête, écrit La Stampa :

«Ses opposants du PP [conservateur] réclament des élections anticipées, [le parti d'extrême droite] Vox fustige un 'système mafieux' et le partenaire de coalition [de gauche] Sumar l'appelle à ne pas franchir de 'lignes rouges'. Les sept députés catalans de Junts, de même que les six séparatistes basques du PNV, pourraient faire défection à tout moment. … Le dernier chef de gouvernement socialiste d'Europe traverse sa période la plus difficile. Or la réaction du Premier ministre témoigne d'un flegme enviable : pleine coopération avec la justice, soutien sans réserve à son ami et mentor José Luis Zapatero, et aucune intention de convoquer des élections anticipées – pour le moment du moins.»

El País (ES) /

Les citoyens en ont assez

Dans El País, l'autrice Azahara Palomeque écrit :

«L'inculpation de José Luis Rodríguez Zapatero est une gifle. Petit à petit, nous sommes à cours de dirigeants. … La démocratie représentative ne semble plus produire de politiques qui tiennent leurs promesses, et les citoyens en ont assez d'attendre. … Le temps nous dira si Zapatero est coupable ou non ; le problème, c'est que tandis que les procédures judiciaires s'éternisent, le mécontentement grandit. … Le déclin des idoles coïncide avec l'essor du technofascisme, une crise climatique hors de contrôle, l'affaiblissement de l'Etat providence, et une déliquescence cognitive d'une ampleur inédite, amplifiée par le temps excessif passé devant les écrans.»

eldiario.es (ES) /

Un coup d'Etat insidieux

Sur Eldiario.es, l'auteur Javier Valenzuela critique la justice et les médias du pays :

«Mieux vaut ne pas prendre parti. Si cela peut arriver à Zapatero, à la femme et au frère de Sánchez, au procureur général, et peut-être bientôt au Premier ministre lui-même, imaginez-vous un peu quel sort ils nous réserveraient. … Ils sont capables de vous traîner dans la boue pendant des années jusqu'à ce qu'un jour, alors que vous serez déjà mort, un tribunal européen vous acquitte. Certains y voient un putsch insidieux. … Dans l'Occident soi-disant démocratique, il est proscrit de renverser des gouvernements légitimes par les armes, mais cela peut tout à fait advenir par le biais de procédures judiciaires et de campagnes médiatiques.»