Turquie : le président du CHP destitué par décision judiciaire
En Turquie, le CHP, principal parti d'opposition, est sous pression. Fin mai, une juridiction avait ordonné la destitution de son président, Özgür Özel, invoquant des irrégularités lors de son élection en 2023. Elle a en outre ordonné le remplacement d'Özel par l'ancien président Kemal Kılıçdaroğlu. Le verdict a déclenché une véritable lutte de pouvoir à la tête du parti, entre Özel et Kılıçdaroğlu.
La fin de la République
Birgün lance un avertissement :
«La perquisition du siège du CHP et la reprise en main de fait de sa gouvernance est l'apogée d'un processus putschiste qui a débuté le 19 mars [2025, avec l'arrestation du maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu]. Le CHP est la seule institution survivante de la République. Dès lors, l'éviction d'un parti qui se mobilise dans l'opposition signifie la fin de la République elle-même. … En désespoir de cause, le gouvernement fait tout pour pousser le pays vers une dictature islamo-fasciste. Aucun gouvernement ne tombe de lui-même s'il n'y a pas de mouvement organisé prêt à le renverser.»
Mauvaise juridiction, mauvaise application de la loi
La Cour d'appel n'était pas compétente pour rendre cette décision, critique Karar :
«L'arrêt constatant la 'nullité absolue' du CHP relève d'une mauvaise interprétation de la loi. Selon l'article 21 de la loi sur les partis, l'YSK [Conseil électoral supérieur] est la seule institution judicaire compétente pour statuer sur la validité des congrès de partis. A contrario, la Cour d'appel a jugé en appliquant le Code civil. … Même Bülent Arınç, l'un des leaders fondateurs de l'AKP, a qualifié cette décision mauvaise 'en termes de compétence, de mission et de droit procédural'.»
L'Europe démontre son impuissance
Dans Falter, le journaliste Ruşen Timur Aksak craint que personne ne puisse freiner Erdoğan :
«L'homme fort de Turquie n'a pas (ou plus) d'autres objectifs que celui de se maintenir au pouvoir, coûte que coûte. … Erdoğan demande alors à cette justice – qu'il a muselée depuis longtemps – de lui fabriquer une opposition sur mesure. … Mais c'est ce qui me met le plus en colère dans la destitution du chef de l'opposition, ce sont les réactions européennes. … Autrement dit : ces petits cris de protestation pour la forme, dont Erdoğan comprendra bien vite leur vraie nature : des paroles d'impuissance. Et comme l'actuel président américain, Donald Trump, semble avoir une appétence particulière pour les autocrates de ce monde, Erdoğan ne s'arrêtera pas.»