L'UE taxe les petits colis : quel effet sur l'économie ?

A partir du 1er juillet, les colis de moins de 150 euros envoyés depuis des pays hors de l'UE seront soumis à une taxe forfaitaire de trois euros par catégorie de produits commandée. Jusque-là, les paquets de moins de 150 euros en étaient exempts. Ces droits de douane pourraient affecter les enseignes d'e-commerce vendant des produits à prix cassé, comme Temu et Shein. Les commentateurs se demandent si cette initiative permettra de consolider l'économie européenne et de contrer les vendeurs low cost.

Ouvrir/fermer tous les articles
Népszava (HU) /

Des parades existent déjà

La Chine a tout à fait les moyens de contourner ce dispositif, prévient Népszava :

«La Chine sait s'adapter. L'entreprise [Temu] dispose d'entrepôts en Allemagne, en Pologne, en Tchéquie, en Espagne et en France. En effet, après l'annonce de l'introduction par l'UE de droits de douane sur les produits d'une valeur inférieure à 150 euros, Temu a considérablement développé son réseau logistique en Europe. Dès lors, la question n'est pas de savoir si trois euros [par catégorie de produits], c'est trop ou pas assez. La vraie question est de savoir si l'Europe est capable d'offrir à nouveau une alternative attrayante à ses consommateurs.»

De Volkskrant (NL) /

Redynamiser les rues marchandes

Dans De Volkskrant, le chroniqueur Peter de Waard aimerait que des droits de douane prévalent aussi au sein de l'UE, afin de donner du fil à retordre aux vendeurs de fast-fashion :

«Ceux-ci mettent à mal le modèle commercial des petits magasins locaux. … Si tous ces articles étaient vendues dans une boutique en dur, cela permettrait de revitaliser les rues marchandes. ... Les colis issus de pays de l'Union comme ceux de Bol.com ont les mêmes effets négatifs. Certes, l'acheminement est plus court, mais le contenu est tout aussi néfaste pour l'environnement et superflu. Les Français entendent freiner davantage les flux de colis en interdisant la publicité pour les sites Internet chinois de fast-fashion. Mais cette interdiction ne s'applique pas aux boutiques en ligne de fast-fashion telles que Zara ou H&M.»

Ilta-Sanomat (FI) /

Taxer les produits low cost ne suffit pas

Ilta-Sanomat appelle l'Europe à faire davantage pour la R&D :

«Il n'est pas seulement question ici de produits bon marché. … Dans de nombreux domaines, la technologie chinoise a rattrapé voire dépassé celle de l'Europe. … Bruxelles reproche à Pékin ses subventions publiques, des marchés fermés et une concurrence déloyale. Les appels de l'UE à ouvrir les marchés sont justifiés, mais ils n'éliminent pas le cœur du problème. Si l'Europe veut pouvoir concurrencer la Chine et d'autres économies émergentes, les droits de douane ne suffiront pas. Les problèmes en matière de R&D et de production en Europe ne doivent pas devenir des entraves créées de toutes pièces. … Imposer des droits de douane sur les produits Temu peut être une mesure d'urgence judicieuse, mais elles ne rendent pas l'Europe plus puissante.»

La Stampa (IT) /

Le porte-monnaie prend le dessus

Dans La Stampa, la chroniqueuse Assia Neumann Dayan doute de l'efficacité de cette taxe :

«Trois euros peuvent-ils vraiment dissuader quelqu'un d'acheter un T-shirt chinois qui coûté trois fois moins cher que le même produit dans le commerce du coin ? ... Je ne pense pas, pour la bonne raison que les gens n'ont plus d'argent. Et quand on n'a pas d'argent, on ne songe plus au travail des enfants, à la pollution mondiale ou aux petits artisans, on achète des T-shirts pour trois euros et on s'en accommode. Quand on n'a pas d'argent, on a moins tendance à écouter les grands discours d'orientation générale des institutions, qui ont souvent pour but de faire culpabiliser les citoyens. J'ai l'impression que le sentiment de culpabilité a disparu en même temps que l'argent.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Vers un plus grand décrochage industriel

Le correspondant de Frankfurter Allgemeine Zeitung en Chine, Gustav Theile, déconseille à l'UE de s'engager dans une guerre commerciale :

«On entend des appels de plus en plus insistants à adopter des instruments protectionnistes plus stricts. … La première erreur, c'est de ne pas expliquer ce qui se produirait en cas de surenchère. … Car si l'Europe est un débouché important pour la Chine, elle n'a représenté, sur la période de janvier-mai 2026, que 15 pour cent des exportations du pays, selon les douanes chinoises. … Le levier de Bruxelles est donc plus limité que ce qu'elle croit. … Deuxième erreur : il n'y a pas de consensus sur les objectifs réels de cette politique commerciale. … Si l'on isole le marché européen de la concurrence chinoise, on ne fera qu'amplifier le décrochage industriel. Voilà ce que révèlent les études économiques.»

Delo (SI) /

Judicieux si limité dans le temps

Delo commente :

«L'objectif principal des droits de douane consiste à protéger l'économie locale. Or quand on impose des droits de douane sur les colis, on fait payer au final les consommateurs de son pays. Lors l'UE applique des taxes sur les chaussures, habits, tablettes ou véhicules produits en Chine, elle cherche à inciter les consommateurs européens à acheter des produits locaux. … En règle générale, ceci permet de sauvegarder les emplois, les salaires et la demande intérieure. Dans le même temps, Bruxelles est tout à fait consciente, pour le moment du moins, que de telles mesures protectionnistes ne peuvent être judicieuses qu'en étant limitées dans le temps, et en donnant aux entreprises de l'UE la possibilité de s'adapter et d'améliorer leur compétitivité.»