Menaces tarifaires de Trump : quelle parade pour l'UE ?
Le président américain, Donald Trump, a annoncé des droits de douane contre huit Etats européens qui s'opposent à ses visées au Groenland. Ces taxes à hauteur de de dix pour cent doivent entrer en vigueur le 1er février et s'appliquer jusqu'à l'acquisition de l'île de l'Arctique. Dans le cadre d'un sommet extraordinaire organisé dans les prochains jours, l'UE doit discuter de sa riposte. Les éditorialistes évoquent plusieurs pistes possibles.
Une action souveraine est de mise
L'Europe a le choix entre la résistance et la soumission, estime Le Figaro :
«Le moment est venu de répondre ou de disparaître. De choisir entre la souveraineté et la vassalisation. L'Europe a des armes, économiques notamment, comme ce bien nommé ' instrument anticoercition' qu'elle n'a jamais osé utiliser, et dont Emmanuel Macron demande l'activation. Droits de douane contre droits de douane, sanctions contre sanctions : il faut prendre acte que l'alliance transatlantique est en ruine et signifier à l'Amérique de Trump qu'elle sera dorénavant traitée pour ce qu'elle est – une puissance hostile. [L'UE] doit se regrouper autour d'un noyau dur de pays souverains animés par les mêmes ambitions existentielles.»
Cesser de courber l'échine
Il est temps que l'UE réponde enfin avec poigne, fait valoir De Telegraaf :
«La Chine et le Canada ont montré que Trump n'écoutait que les réactions virulentes. Les pays de l'UE semblent l'avoir enfin compris. … C'est une bonne chose. Nous avons déjà courbé l'échine bien plus longtemps que nécessaire. Avec 500 millions de consommateurs, l'Europe est un marché auquel les Etats-Unis ne peuvent renoncer, et des entreprises de pointe comme ASML sont primordiales pour le secteur technologique américain. Il faut être conscient de nos propres forces et oser rendre à Trump la monnaie de sa pièce. … Dans le cas contraire, il continuera de nous rudoyer.»
Du bluff
Si elles ne doivent pas être prises au sérieux, les menaces de Trump posent néanmoins un défi à l'Europe, juge La Stampa :
«Pour obtenir le Groenland, Donald Trump met l'Europe à genoux, ou inversement : le Groenland lui offre le prétexte pour mettre l'Europe à genoux. Les droits de douane annoncés contre huit alliés européens sont une gifle brutale. Les justifications avancées sont puériles et historiquement fausses. … S'il s'agit d'une épreuve de force, l'Europe doit avoir la force de s'y opposer et de ne pas s'y soustraire. Il s'avèrera que dans cette affaire, Trump est bien moins fort qu'il le prétend. Le recours aux droits de douane dissimule une mauvaise main. Tel un joueur de poker qui bluffe et tente de relancer pour décrocher la mise.»
L'Europe sort ses griffes
L'UE fait front contre les menaces de Trump, ce que The Guardian juge encourageant :
«Trump n'est pas mu ici par des considérations comme la sécurité économique, le commerce inique ou la protection des travailleurs américains. Ce qui lui importe, c'est d'utiliser les droits de douane comme une arme pour soumettre les autres pays. La réaction de l'Europe a été unanime et rapide. Cela, en soi, envoie un message clair. … Même l'Italie de Giorgia Meloni, considérée comme proche de Trump au plan idéologique, a qualifié la menace tarifaire d''erreur'. … Trump croit que l'influence s'acquiert en recourant aux ultimatums et à la coercition. Mais dans le monde réel, la puissance repose sur la confiance, la prévisibilité et la capacité à persuader les autres.»
Vers un deuxième front en Europe
Seul le Congrès peut stopper Trump, estime le politologue Volodymyr Horbatch sur Facebook :
«En décidant d'imposer de nouveaux droits de douane aux alliés européens du Danemark, Trump ouvre un deuxième front en l'Europe, après le premier formé par Poutine. … Nous n'en sommes plus au stade d'une simple rhétorique qui viendrait appuyer un quelconque jeu politique. … A mon avis, il ne bluffe pas : il aspire vraiment à entrer dans l'histoire des Etats-Unis, à l'instar de Poutine en Russie. ... L'Ukraine s'est mise en travers des visées de Poutine, même si elle n'y parvient pas entièrement. Dans le cas de Trump, seuls les membres du Congrès peuvent bloquer l'engrenage. Il existe encore des citoyens raisonnables et leurs représentants aux Etats-Unis. Et des élections relativement libres auront bientôt lieu.»